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11/22/2019

Le contrôle des finances de l’Etat


Le contrôle des finances de l’Etat
Sommaire














Introduction


Le système de contrôle supérieur des finances publiques au Maroc a connu une évolution importante, passant d’un simple mécanisme administratif de contrôle des comptes des comptables publics à un vrai dispositif de contrôle, porté par la Cour des comptes et orienté de plus en plus vers la performance et la bonne gouvernance publique.
La performance et la confiance dans la gestion des finances publiques se trouvent parfois entachées par les erreurs, les fraudes, les gaspillages qui sont imputables non seulement aux comportements des gestionnaires publics, mais également aux choix politiques de ceux qui agissent au nom de l’Etat.
L’existence d’un dispositif efficace de contrôle des finances publiques est à même de permettre de rétablir la confiance des citoyens dans à la fois l’Etat ainsi que les autres entités publiques (collectivités territoriales, établissements publics).[1]
le contrôle de l’utilisation des fonds publics est une préoccupation permanente dans tous les pays et à toutes les époques, quel que soit le régime en place. Bien que constituant un élément commun de toutes les sociétés. le contrôle des finances publiques a longtemps été considérée comme une question technique relevant des seuls spécialistes. or, aujourd’hui, on estime au contraire qu’il s’agit d’un élément fondamental de la bonne gouvernance de nos sociétés : seul un contrôle effectif et performant des finances publiques permet d’en assurer la maîtrise, de remédier aux dysfonctionnements, de lutter contre les gaspillages et la corruption qui frappent, plus ou moins lourdement, pratiquement tous les pays. Les détournements de fonds publics freinent le développement économique et ralentissent la lutte contre la pauvreté. Aucun Etat dans le monde d’aujourd’hui n’échappe à cette préoccupation de bonne gouvernance financière.
Ainsi, le contrôle des finances publiques est défini comme étant un élément
indispensable d’un système régulateur qui a pour but de signaler en temps utile les écarts par rapport à la norme ou les atteintes aux principes de la conformité aux lois, de l’efficience, de l’efficacité et de l’économie de la gestion financière de manière à ce que l’on puisse, dans chaque cas, prendre des mesures correctives, préciser la responsabilité des parties en cause, obtenir réparation ou prendre des mesures pour empêcher, ou du moins rendre plus difficile, la perpétration d’actes de cette nature.
Cette surveillance peut être interne, lorsqu’elle est mise en œuvre par des acteurs internes de l’administration, ou externe, lorsqu’elle relève d’un organisme opérationnellement séparé et indépendant de l’administration. Elle peut être également a priori lorsqu’elle est effectuée avant la réalisation des activités administratives ou financières, ou a posteriori lorsqu’elle a lieu après le fait.
Le contrôle a priori a pour objectif de prévenir les actes préjudiciables avant qu’ils ne surviennent. Cependant, il a l’inconvénient de créer un volume de travail excessif, de retarder la réalisation des activités et créer une certaine confusion quant aux responsabilités des différents acteurs.
 Le contrôle a posteriori a pour objectif d’identifier les responsabilités des parties en cause. Il permet de réparer les préjudices subis et d’empêcher la répétition des infractions commises.
Ce changement de regard sur les actions de l’Etat se traduit par la mise en œuvre d’une nouvelle gestion publique répondant à cet objectif à travers l’octroi d’une plus grande liberté pour les gestionnaires en contrepartie de leur engagement sur la performance. De nouvelles exigences, qui sont des prolongements de cette logique de gestion et de la recherche de la performance, font leur apparition dans ce monde du contrôle longtemps dominé par la seule préoccupation du respect de l’autorisation parlementaire. Par le passé, le secteur public s’est enfermé dans le souci de la régularité. Le respect des règles de droit primait sur les autres exigences telles que l’efficacité, l’efficience ou l’économie. Or, aujourd’hui, l’Etat moderne ne conservera sa prééminence que dans la mesure où il est performant.
Ceci ne se passe pas sans effet sur les modalités du contrôle financier public. Pour répondre à la nouvelle préoccupation des finances publiques et aux nouveaux impératifs, les contrôles se sont diversifiés dans leurs formes et leurs objets, en adoptant des techniques issues du secteur privé considéré souvent comme un modèle d’efficacité. Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue que toutes ces mutations ont lieu dans le cadre de nos sociétés fondées sur des principes démocratiques, avec le Parlement comme émanation de la souveraineté du peuple. Il doit toujours donner son consentement à l’utilisation des deniers publics et assurer le contrôle de l’usage qui en est fait.
Ainsi, on assiste au sein des systèmes financiers publics contemporains à la coexistence, voire à la confrontation entre deux conceptions dont la nature est à première vue diamétralement différente ; d’un côté une logique politique ancienne, qui procède de la tradition démocratique et qui privilégie dans l’organisation et le fonctionnement du pouvoir financier la capacité politique, c’est à dire celle des élus ; lui fait désormais face une logique de gestion, plus récente, qui répond quant à elle à des impératifs économiques et qui privilégie la capacité d’expertise technique des décideurs.
Avec la mise en œuvre de la réforme budgétaire, la gestion de l’Etat repose désormais sur la logique des résultats.
Au regard des évolutions du système de contrôle à l’intérieur de l’administration, bien qu’elles restent inachevées, il faut constater que le Maroc  milite pour réussi ce défi.
Les institutions classiques de contrôle ont su évoluer par rapport aux exigences du nouveau système budgétaire afin de remédier a l’inefficacité des dispositifs du contrôle existants (partie I).
L’instauration d’une nouvelle philosophie de la gestion publique et de la logique des résultats  a suscité une mutation du système de contrôle une remise en cause des formes classiques de contrôle, qui ne mettaient l’accent que sur la régularité et ignoraient la notion d’efficacité et de performance (partie II).

Partie I : L’inefficacité des dispositifs du contrôle existants :


Les agents de contrôle se plaignent souvent de l’absence notoire de suivi des recommandations et du manque d’indépendance du fait que la tutelle politique est souvent très forte. C’est en général sur ordre de l’autorité politique que les institutions de contrôle interne, en cas de détection de fraude, saisissent le Ministère public pour préparer les dossiers d’accusation et les transmettre au juge.
Au-delà de ces difficultés d’ordre juridique et organisationnel, ces structures confrontent également des problèmes liés aux motivations et aux capacités très réduites : insuffisance des effectifs en poste, valorisation tout aussi insuffisante des fonctions en termes de rémunération et du déroulement des carrières.
La multiplicité des intervenants en matière de contrôle des finances publiques, couplée aux carences constatées au niveau de la coordination et la complémentarité à ce niveau génère parfois des redondances et des coûts importants; ainsi que la Prédominance du contrôle de régularité et de conformité, due en partie pour la non harmonisation du cadre juridique favorisant le contrôle axé sur la performance. De telles situations ne sont pas en faveur d’un contrôle efficace par le système intégré de gestion budgétaire et constituent les principales insuffisances entachant le système de contrôle.
Afin de bien comprendre ces carences, il convient de traiter tout d’abord la multiplicité des intervenants (chapitre I), la prédominance du contrôle de régularité par rapport au contrôle de performance(chapitre II), ainsi que les carences du contrôle externe (chapitre III).

Chapitre I : La multiplicité des intervenants 


Le contrôle des finances publiques au Maroc se caractérise par une multiplicité des intervenants, la variété des modes d’application ainsi que la diversification des objectifs.
Le contrôle administratif a posteriori des finances publiques peut  se partager entre plusieurs institutions ou ministères en dehors du ministère des finances qui agit d’une manière disparate sans aucune harmonisation. Les attributions de ces structures sont moins claires ou trop larges, ce qui induit des chevauchements coûteux en termes de moyens ou une déperdition en termes d’efficacité des mécanismes de contrôle et de pilotage de l’exécution.
 Partant d’un tel constat, la Cour des comptes au Maroc a suivi, au cours de la dernière décennie, une démarche progressive pour améliorer les attributions et l’organisation de cette institution.
En guise de rappel, la Cour des comptes a été instituée en 1979 en tant qu’organe juridictionnel chargé d’assurer l’exécution des lois de finances et de s’assurer de la régularité des opérations de recettes et de dépenses des organismes soumis au contrôle.
En 1996, elle a été élevée au rang d’institution constitutionnelle à l’instar des institutions similaires dans les pays les plus avancés. Le but est de voir cette Cour participer activement à la rationalisation de la gestion publique et de jouer pleinement son rôle en tant qu’institution supérieure.
Le 13 juin 2002, la loi n° 62-99 formant code des juridictions financières a été promulguée. Elle a marqué une étape importante dans le processus d’évolution de la Cour des comptes, du fait qu’elle a explicitement fixé les attributions, l’organisation et le fonctionnement. Les principales missions de la Cour sont désormais de deux ordres : juridictionnelles et extra juridictionnelles.
Dans ses premières attributions, la Cour des comptes vérifie les comptes des organismes publics. Les comptables de ces organismes sont tenus de produire annuellement à la Cour, les comptes et les situations comptables dans les formes prévues par la réglementation en vigueur. Outre sa compétence en matière d’apurement et de jugement des comptes, la Cour des comptes exerce une fonction juridictionnelle à l’égard de toute personne qui s’immisce, sans avoir la qualité de comptable public, dans la gestion des deniers publics soit par fraude ou par ignorance et qui devient ainsi comptable de fait. A côté de ces attributions juridictionnelles, celles financières s’exercent d’autres formes de contrôle de nature extra juridictionnelle, à savoir le contrôle de la gestion et le contrôle de l’emploi des fonds publics. Elles apportent aussi leur assistance au Parlement et au Gouvernement.
Les nouveaux enjeux apportés par la Constitution de 1996 et le code des juridictions financières promulgué en 2002, concernent principalement : la constitutionnalité des juridictions financières, la création des Cours régionales des comptes, la consolidation de l’indépendance des juridictions financières ainsi que le statut des magistrats.
Les juridictions financières exercent désormais leur contrôle sur l’ensemble des intervenants dans la gestion des finances publiques, à savoir les ordonnateurs, les contrôleurs, les comptables ainsi que tout autre fonctionnaire ou agent qui intervient dans le processus d’exécution des opérations financières publiques.
à ce sujet, les dispositions du code des juridictions financières ont délimité clairement les champs de responsabilité de chacun d’eux en précisant explicitement les infractions par nature de responsabilité (ordonnateurs, contrôleurs et comptables publics). 

Chapitre II : primauté du contrôle de régularité par rapport au contrôle de performance 


L’ampleur des moyens financiers actuellement mis en œuvre par l'Etat marocain rend de plus en plus nécessaire la mise en œuvre d'une véritable procédure de contrôle de gestion, couplée avec la préparation des arbitrages budgétaires.
Cette technique managériale permettrait à l'Etat de s'assurer que la productivité est satisfaisante et que les programmes sont bien gérés dans les départements dépensiers. Seule la revalorisation de la fonction budgétaire et des tâches de gestion peut, en effet, favoriser une utilisation plus efficace des ressources de l'Etat. D'où le contrôle de gestion est une source de légitimité du changement: sans mesure des résultats, sans actions atteintes, le discours sur le renouveau du service public ne serait que bavardage.
En fait, l'état des lieux de la pratique administrative nous à conduit à conclure que la minutie, la précision, la rigueur du dispositif du contrôle inscrits, dans les procédures et principes budgétaires, ainsi que dans les règles de la comptabilité publique ne sont malheureusement pas dépourvus d'inconvénients pour parvenir à une véritable maîtrise des dépenses publiques. Ces inconvénients tiennent essentiellement à l'archaïsme des fondements théoriques et pratiques du contrôle de régularité et la problématique de la rationalisation des dépenses publiques.
Plusieurs faiblesses du système actuel de gestion des dépenses publiques et de contrôle semblent résulter d'une orientation générale du Ministère des Finances vers le contrôle formel de la régularité plutôt que vers le contrôle de gestion. Ceci conduit pratiquement à un conformisme de la régularité, à une lenteur dans l'exécution des dépenses publiques sans éroder la multiplicité des irrégularités.
Certes, le contrôle de l'exécution des dépenses publiques peut être considéré comme une nécessité à la fois technique et juridique. Du point de vue technique, le contrôle revêt un intérêt d'ordre financier; il permet, d'une part, de savoir si les dépenses publiques sont convenablement gérées et d'apprécier d'autre part, si les résultats de l'exécution de la Loi de Finances répondent aux prévisions initialement établies. Par ailleurs, du point de vue juridique, le contrôle présente un intérêt d'ordre politique.
Le Parlement par la Loi de Finances autorise pour chaque année budgétaire l'ensemble des ressources et des charges de l'Etat. Il est donc important d'apprécier, par un contrôle, dans quelles conditions des départements dépensiers ont respecté l'autorisation législative et comment ils ont assuré le bon fonctionnement des services publics.
En ce qui concerne la cour des comptes, même constitutionnalisée et assumant la mission d'exercer un contrôle "a posteriori" sur les gestions des organismes publics définis par la loi, elle est un système traditionnel du contrôle des services publics, à vision contentieuse. En fait, depuis sa création en 1979, faute d'une volonté politique réelle et de moyens conjugués à une pénurie de personnel ayant reçu une formation professionnelle appropriée, la cour des comptes a perdu toute crédibilité.
Pour ce qui est de l'inspection administrative, elle est à peine mieux lotie, faute également de moyens, voire d'une volonté réelle d'audit et de contrôle.
Parallèlement, l'Inspection Générale des Finances (IGF) malgré qu'elle est très respectée pour sa compétence et la qualité de ses hommes, ses moyens humains sont généralement détournés vers des activités opérationnelles ou d'étude que vers un travail continu d'audit et de contrôle de gestion des organismes publics. En plus, ses avis après inspection ne sont d'ailleurs pas toujours suivis.
A propos du contrôle parlementaire, il est prévu, à ce titre que la cour des comptes adresse au Parlement une déclaration générale de conformité entre les comptes individuels des comptables et les comptes généraux de l'Etat; laquelle sera annexée au projet de la loi de règlement. Toutefois, sur le plan pratique, il semble que la cour des comptes, étant donné le retard qu'elle accumule en matière de vérification et du jugement des comptes publics n'est pas en mesure d'exploiter la teneur de ce document conformément à la volonté du législateur. De surcroît, la nomenclature budgétaire en Ministères, retenue pour la présentation du budget de l'Etat, est peut être adaptée aux besoins de la discussion budgétaire au Parlement, mais répond mal aux nécessités d'analyse de l'effet économique des dépenses publiques.
En somme, le contrôle de régularité qui est la conséquence naturelle d'une procédure écrite ou d'une réglementation complexe et abondante et dont l'application peut entraîner des déviations volontaires, vise à contraindre préventivement les fonctionnaires et les agents à se conformer aux règles budgétaires et financières. C'est pour cela qu'on le qualifie de "contrôle conformiste" et qui alourdit davantage l'exécution des dépenses publiques.
En définitive, il faut souligner également que la "régularité", telle qu'elle ressort aujourd'hui des règlements et des habitues, est souvent mal définie et inadaptée et ne pourrait pas éradiquer catégoriquement les irrégularités. Cependant, avec la présence d'un système de contrôle de performance, quand la contrepartie des sommes décaissées (les prestations de services au public) est sans commune mesure avec le montant des sommes engagées, la dépense sera jugée peu utile ou si l'avantage est nul ou presque nul, on parlera de gaspillage. 

Chapitre III : Prédominance du contrôle a posteriori par rapport au contrôle a priori 


Les contrôles a priori, comme nous les avons présentés plus haut sont exercés notamment par les services du ministère chargé des finances, en exigeant de revêtir préalablement les visas règlementaires sur les itératives de dépenser avant leur l’exécution proprement dite : visa du contrôleur financier (CED) sur la majorité des dépenses de l’état et, le cas échéant, le visa de la direction du budget sur certaines dépenses particulières (subvention, opération d’ordre,...)
Ce monde de contrôle présente, certes, un caractère de nécessité d’automaticité qui constitue, aux yeux du législateur, un garant de protection des deniers publics. Prévenir les irrégularités est tout à un des objectifs qui prend, d’ailleurs, une dimension tout à fait  particulière dans le système global de contrôle dans tout Organisation. Il en est de même pour l’état. D’une part, toute irrégularité est en soi une contradiction avec l’essence de l’action publique et elle ne peut exister que comme résultante d’une faute individuelle ou d’une ignorance et doit être immédiatement corrigé. D’autre part, la gestion des finances de l’état, notamment les dépenses, mobilisent la quasi-totalité des modes d’action publique, dans la mesure ou toute action administrative a, d’une manière directe ou indirecte, une incidence financière. Ainsi le contrôle a priori se veut un moyen parmi d’autre visant d’intégrer préalablement dans la décision financière l’application régulière de la légalité générale. 
En revanche, ce contrôle demeure pourvu de certaines limites qui en réduisent l’efficacité, par rapport au contrôle a posteriori. D’abord, le contrôle a priori est un contrôle sur dossier, à partir de pièces justificatives prévus par les nomenclatures en vigueur.
Une évolution pour rendre le contrôle a priori trop sélectif (contrôle de substance) risque cependant de lui enlever ce qui son essence et, dans ce cas, sa valeur ajoutée par rapport au contrôle a posteriori serait réduite. Ensuite, le contrôle a priori est limité dans ses objectifs à la régularité externe, alors que le contrôle a posteriori s’étend sur tous les aspects de la régularité, et surtout s’intéresser à l’appréciation de l’opportunité, voire la légitimité de la décision relative à l’opération financière. Enfin, le contrôle a priori est limité dans son domaine et ne porte que sur la dépense directe, tandis que le contrôle a posteriori permet de prendre un point de vue plus large et plus complet du fonctionnement des administrations et implique notamment de s’intéresser au coût des procédures et aux possibilités d’économie ou de meilleur service par une meilleure organisation.
Mais en tous cas, le contrôle a posteriori reste substantiel en vue d’assurer le bon fonctionnement du contrôle a priori

Partie II : Les mutations du système de contrôle 


L’instauration d’une nouvelle philosophie de la gestion publique et de la logique des résultats a suscité une remise en cause des formes classiques de contrôle, qui ne mettaient l’accent que sur la régularité et ignoraient la notion d’efficacité et de performance. Ce décalage entre la nouvelle conception budgétaire et la structure de contrôle ne pouvait persister favorisant ainsi une modernisation  du contrôle interne  (Chapitre I) ; ce qui a nécessité une  complémentarité  et coordination visant un contrôle de performance (Chapitre II) tout on mettant l’accent de plus en plus sur la performance de l’administration que sur la régularité en responsabilisant davantage les ordonnateurs quant au respect des procédures (Chapitre III).

Chapitre I : modernisation  du contrôle interne


Comme toutes les réformes de la gestion publique, la modernisation du contrôle budgétaire interne ne doit pas être considérée comme un objectif séparé de la réforme de la Gestion des Finances Publiques. Pour assurer sa réussite, elle doit être intégrée dans la stratégie globale de réforme du système de la gestion des finances publiques.
Le contrôle interne budgétaire est l’ensemble des dispositifs formalisés et permanents décidés par chaque ministère et mis en œuvre par les responsables de tous les niveaux pour maîtriser le fonctionnement de leurs activités en vue de fournir une assurance raisonnable sur la qualité des informations de comptabilité budgétaire et sur la soutenabilité budgétaire.
La comptabilité budgétaire retrace les autorisations votées par le Parlement et leur exécution. En particulier, elle permet le suivi des plafonds de crédits, qui comprennent les autorisations d’engagement et les crédits de paiement, et d’emplois ouverts ainsi que leur consommation en gestion.
La soutenabilité budgétaire traduit la capacité d’un ministère à mettre en œuvre les politiques qu’il conduit dans le respect des autorisations budgétaires, tant dans leur dimension annuelle (budget de l’année) que dans leur cadre pluriannuel (loi de programmation des finances publiques). Elle repose sur la qualité de la programmation initiale (mise en adéquation de l’activité prévisionnelle des services avec les moyens alloués ou prévus) ainsi que sur la qualité de son suivi et de son actualisation en lien
En organisant le pilotage de la gestion, avec une effectivité renforcée grâce à la fiabilisation des informations budgétaires, le contrôle interne budgétaire permet tout d’abord aux responsables ministériels d’avoir une meilleure vision d’ensemble des enjeux et des risques ayant un impact budgétaire et d’optimiser les choix de gestion en fonction des priorités ministérielles, pour in fine améliorer la performance des politiques publiques.
En travaillant à fluidifier et sécuriser les processus de gestion, le contrôle interne budgétaire permet de réduire les délais de réalisation des activités, donc les coûts, de clarifier et sécuriser les opérations assignées aux agents, de définir des organisations et des calendriers de travail connus et respectés, d’alléger les tâches par la mutualisation des bonnes pratiques et le partage d’un socle commun de méthodes prédéfinies.[2]
La définition, la mise en place et le suivi du contrôle interne budgétaire relèvent, sous l’autorité du secrétaire général, du directeur en charge des affaires financières du ministère.
Le dispositif de contrôle interne budgétaire doit rechercher la meilleure adéquation possible aux risques et aux enjeux associés. Pour cela, il s’appuie sur une cartographie des risques budgétaires, recensant les principaux risques auxquels le ministère est réellement exposé compte tenu des processus et des contrôles qu’il met en œuvre.
Concrètement, à partir d’une revue des processus budgétaires, des types de dépenses et des outils, les travaux permettent d’identifier les risques dans la réalisation des activités pouvant affecter l’atteinte des objectifs de qualité de la tenue de la comptabilité budgétaire ou de soutenabilité budgétaire.
Il peut, par exemple, s’agir de modalités de gestion qui conduisent à ce que des responsables administratifs engagent l’État sans que ces actes soient pris en compte dans la programmation des dépenses.
Les risques identifiés sont ensuite hiérarchisés en fonction de leur probabilité d’occurrence et de leur criticité. Ce travail de recensement des risques débouche sur l’élaboration d’une politique de contrôle interne budgétaire qui se traduit par la mise en œuvre d’un plan d’actions permettant de compléter les dispositifs de contrôle existants en vue de réduire les risques les plus importants.
Le contrôle interne budgétaire, qui est de la responsabilité de chaque ministère, poursuit deux objectifs principaux :
- la qualité de la comptabilité budgétaire, qui permet de rendre compte de l’autorisation parlementaire et de son exécution,
- et la soutenabilité budgétaire qui vise à assurer le respect en gestion des autorisations budgétaires grâce, en particulier, à la qualité de la programmation des activités.

Chapitre II : vers un contrôle de performance 


Le contrôle de régularité consiste à mesurer les écarts de l’action publique par rapport aux normes formelles qui l’encadrent dans un Etat de droit (textes juridiques, règles budgétaires, instructions d’exécution internes…). Dans certains cas, il relève des corps d’inspection et de la Cour des comptes qui assimilent souvent ce contrôle à l’évaluation (ce qui ne l’est pas en réalité).
Le contrôle de gestion est l’ensemble des dispositifs (outils et processus) visant à mieux connaître et à mieux maîtriser les activités, les coûts, les résultats et leurs liens mutules permettant d’apprécier l’efficacité et l’efficience. Contrairement à ce que laisse penser ce mot, il ne s’agit pas d’un contrôle mais plutôt d’un élément du pilotage d’une institution ou d’un programme .
 Dans le cadre de la gestion budgétaire basée sur les résultats, le contrôle de gestion permet d’alimenter en données objectives le dialogue de gestion nourri entre les différents niveaux de responsabilité au sein de l’administration, en éclairant les enjeux de la performance. Il se concrétise par des échanges de directives, de tableaux de bord et de comptes rendus entre les différents niveaux de responsabilités, à partir des unités de terrain ou spécialisées, jusqu’à celles de commandement.
En pratique, les Etats ayant adopté le système francophone de gestion des finances publiques ont institué sur ce fondement des Inspections Générales d’Etat qui ont compétence en matière financière et sont rattachées à la Présidence de l’Etat ou au Chef du Gouvernement, des Inspections Générales des Finances directement rattachées au ministre des finances, et  des corps d’inspection interne aux administrations financières (Impôts, Douanes, Trésor). Mais également, de nombreux pays ont créé des inspections ministérielles.
Pour une évaluation de la politique publique, il faux  déterminer si les moyens juridiques, administratifs ou financiers mis en œuvre permettent de produire les effets attendus de la politique et d’atteindre les objectifs qui lui sont fixés. Il importe notamment de bien différencier l’évaluation du suivi de la performance, du contrôle de régularité et du contrôle de gestion.
Le suivi de la performance consiste à suivre la qualité de la gestion de l’organisation concernée, à analyser les réalisations (à l’aide d’indicateurs de performance) et à orienter les décisions des gestionnaires dans le but d’atteindre les objectifs préalablement fixés. Il est mis en œuvre par les services d’études et de statistiques des administrations opérationnelles qui souvent l’identifient à l’évaluation.
A cet effet, deux rapports clés sont souvent préparés :
- un projet annuel de performance qui énonce par programme les objectifs et les résultats attendus.
Ce rapport fait souvent partie des documents budgétaires soumis au parlement avec le projet de budget.
- un rapport annuel de performance, qui montre le niveau de réalisation des résultats. Ce rapport est aussi transmis au Parlement avec le projet de loi de règlement.

Chapitre III : responsabilité des ordonnateurs face au respect des procédures 


L'exécution de la loi de finances s'effectue suivant un ensemble de procédures et d'opérations. La phase administrative et comptable de cette exécution se traduit par des opérations de recettes (encaissements) et des opérations de dépenses (décaissements). Cette phase fait appel aux services de deux catégories d'agents de l'ordre administratif : les administrateurs de crédits et les ordonnateurs d'un côté et les comptables de l'autre. Le droit a ainsi entendu procéder à une division rationnelle des tâches dans le cadre de cette phase, mieux il consacrera une incompatibilité même des fonctions confiées à ces deux agents, donnant ainsi naissance à ce que l'on connaît sous l'appellation de principe de la séparation des ordonnateurs et des comptables.
Les procédures de conception et de vote des lois de finances sont gérées par des dispositions de valeur constitutionnelle (Constitution et loi organique). Les opérations d’exécutions du budget sont essentiellement organisées par un texte réglementaire, à savoir, le décret du 29 décembre 1962 portant règlement général sur la comptabilité publique. L’exécution juridique du budget se décompose en plusieurs temps, il a donc paru préférable, pour éviter les confusions et les fraudes et faciliter les contrôles, que ce soit deux types d’agents qui effectuent les différents types d’opérations.
L'ordonnancement ou le mandatement répond à des exigences qui sont au nombre de trois :
- intervention de l'ordonnateur dans la limite des crédits budgétaires autorisés (il doit énoncer l'exercice, le chapitre et s'il y a lieu, l'article auquel se rapporte la dépense) ;
- soumission avant signature au visa du contrôleur financier ;
- respect des dispositions légales et réglementaires et transfert au comptable des pièces lui permettant de vérifier la régularité de la dépense lors du paiement.
Il faut cependant noter que pour certaines dépenses, cette troisième phase ne représente pas une étape obligatoire. Ceci est la plupart du temps dû au caractère répétitif de ces dépenses.
L'ordonnancement est donc une étape très importante qui marque la fin de la phase administrative et la transition vers la phase comptable de l'exécution des dépenses.
En définitive, on peut affirmer que les compétences de l'ordonnateur dans le cadre de l'exécution des dépenses sont réductibles à ces trois opérations. Il convient maintenant de s'intéresser à ses attributions en matière de recettes.
Dans un souci d'efficacité et de transparence de l'exécution du budget, il est compréhensible que toutes les tâches ne se retrouvent pas entre les mains d'une même personne. D'autre part, la non soumission des uns à la hiérarchie des autres favorise une indépendance, mais aussi un étalage des niveaux de responsabilité et donc une efficience eu égard au contrôle effectué sur l'exécution du budget.[3]

Conclusion



La réforme constitutionnelle de 2011, dans sa partie consacrée à la gestion publique, a constitué le point d’orgue de l’évolution de la Cour des comptes en la réconfortant dans son positionnement d’institution supérieure de contrôle des finances publiques, garante des principes et valeurs de la bonne gouvernance, de la transparence et de reddition des comptes. Elle a été consacrée également comme l’expert en matière d’assistance à tous les pouvoirs de l’Etat. Enfin, ses attributions en matière d’audit des comptes des partis politiques et de suivi des déclarations de patrimoines, qui étaient jadis du domaine législatif, ont été élevées au rang constitutionnel, témoignant ainsi du rôle que l’institution devrait jouer dans le domaine de la moralisation de la vie publique.
Une bonne gouvernance financière signifie que les fonds sont utilisés :
- aux seules fins prévues, et axés sur les résultats
- dans le respect des bonnes pratiques administratives, techniques, financières, environnementales et de développement, ainsi que de la bonne gouvernance
- avec un bon rapport qualité-prix
- avec le souci de l’efficience et de l’efficacité.[4]



Une bonne gouvernance financière met en œuvre deux approches :
a) L’assurance que les fonds sont utilisés pour les fins auxquelles ils sont destinés (grâce à la supervision directe et à des systèmes fiables de contrôle interne)
b) L’assistance aux gouvernements/ projets afin d’améliorer les capacités de la gouvernance financière.
Malgré toutes les réformes entreprises, tout le monde s’accorde aujourd’hui de dire que nombreuses, sont les actions qui sont en souffrance et que des fragilités pèsent encore sur notre système de finances publiques (dette publique, équilibre budgétaire, maitrise des dépenses, gestion des recettes,…) et la gestion publique de manière générale (performance, gouvernance, impact…).
Aujourd’hui, il est nécessaire d’accélérer la mise en œuvre des réformes touchant la gestion et le contrôle des finances publiques, une étape cruciale et plus complexe, où chaque acteur institutionnel aura un rôle précis de pilotage à assurer selon un plan de travail conçu autour d’un engagement collégial privilégiant la logique de l’Etat.
Cette évolution impose à la Cour des comptes des modifications multiples dans son approche de contrôle pour renforcer son positionnement en tant que force de proposition au service de l’Etat dans les meilleures conditions de coût, de qualité et d’optimisation des systèmes institutionnels existants.[5]
Dans de nombreux pays en développement, les organes et les mécanismes de contrôle budgétaire existent, mais ne sont pas suffisamment efficaces pour permettre un contrôle adéquat des dépenses publiques. Ils constituent l’un des points faibles de la chaîne de la dépense.
Aujourd’hui, le contrôle des finances publiques est appelé à se renouveler en raison des mutations profondes enclenchées par la réforme budgétaire qui vise à introduire la logique de la gestion dans cette sphère traditionnellement politique. Ceci est loin d’être un phénomène isolé ou marginal, mais bien un mouvement de fond qui traverse de nombreux pays dans le monde. Ce phénomène international d’ampleur est véhiculé par la recherche d’une meilleure performance et de l’efficacité de l’action publique. En effet, aujourd’hui, l’autorisation parlementaire ne suffit plus pour légitimer les dépenses publiques, ces dernières doivent être performantes et efficaces.






















Bibliographie

MOHAMED HARAKAT, Les finances publiques à l’épreuve de la transparence et de la performance


·         OUVRAGE :
·         Pierre DELVOLVE, Le contrôle parlementaire sur la politique économique et budgétaire  
R. GHEZ, Introduction au contrôle budgétaire  
J. DABIN, Actualité du contrôle juridictionnel des lois  
ABDELGHANI BENDRIOUCH, Système budgétaire pour le contrôle de gestion  
MOHAMED HARAKAT, Les finances publiques à l’épreuve de la transparence et de la performance  
MICHEL BOUVIER, MARIE CRISTINE ESCLASSAN et JEAN PIERRE LASSALE, Finances publiques
Guide : La nouvelle approche budgétaire axée sur les résultats et intégrant la dimension genre de la réforme budgétaire
·         TEXTES :
La constitution de 2011
La loi de finances 2013
Décret n° 2-07-1235 du 5 kaada 1429 (4 novembre 2008) relatif au contrôle des dépenses de l'Etat. Bulletin Officiel n° 5684 du Jeudi 20 Novembre 2008
·         ARTICLES :
Guide : La nouvelle approche budgétaire axée sur les résultats et intégrant la dimension genre de la réforme budgétaire
Le suivi budgétaire
Les Finances de l'État au Maroc Approche en finances publiques comparées par Jilali Chabih
Dispositif de contrôle des finances publiques rôles et palces des acteurs et évolution des interventions Lahcen Kers, Président section /Première Chambre Cour des comptes





·         MEMOIRES :
La problématique du contrôle de l'Etat sur les collectivités territoriales décentralisées au regard de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 par John Richard KEUDJEU DE KEUDJEU Université de Douala Cameroun - DEA 2008
Contrôle des marches de l’Etat au Maroc par Lhahi nezha Aghzere yassine  Ecole Nationale d'Administration Maroc - diplôme du cycle normal en gestion administrative 2005
La problematique du contrôle de l'Etat sur les collectivites territoriales decentralisees au regard de la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996 par John Richard KEUDJEU DE KEUDJEU  Université de Douala Cameroun - DEA 2008
·         SITES INTERNET :




[1] KERS Lahcen, Magistrat Président de section à la Cour des comptes, Le contrôle supérieur des finances publiques au Maroc : Quel nouveau rôle de la Cour des comptes, page 1, Colloque FONDAFIP, sous le thème «La réforme des finances publiques au Maroc» - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Mercredi 19 février 2014.
[2] http://www.performance-publique.budget.gouv.fr/cadre-gestion-publique/controle-interne-budgetaire/essentiel/s-informer/controle-interne-budgetaire#.VWsqeFItw_A
[3] http://www.memoireonline.com/12/09/3066/Le-principe-de-la-separation-des-ordonnateurs-et-des-comptables.html
[4] ABOUDRAR Abdesselam, Président de l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption, Gouvernance financière au Maroc, Etat des lieux et perspectives, Institut Supérieur de l’Administration, Programme « Agora de la gouvernance », 22 Mars 2012.


[5]KERS Lahcen, Magistrat Président de section à la Cour des comptes, Le contrôle supérieur des finances publiques au Maroc : Quel nouveau rôle de la Cour des comptes, pages 7 et 8, Colloque FONDAFIP, sous le thème «La réforme des finances publiques au Maroc» - Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Mercredi 19 février 2014.

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