__________________________________________________________________________________
Les sciences sociales regroupent toutes les disciplines qui
s’intéressent aux relations que les hommes établissent entre eux, que ce soit
d’une manière directe ou indirecte.
Les sciences sociales ont pour objet les sociétés humaines
dont ils analysent les manifestations aussi bien matérielles que symboliques.
Chapitre
1 : Généralités sur les méthodes des sciences sociales
La recherche en sciences sociales nécessite l’utilisation de
méthodes scientifiques et de techniques appropriées aux différentes disciplines
des sciences sociales et aussi le choix entre plusieurs approches.
I.
Généralités sur les méthodes et les
techniques :
En sciences sociales, une recherche comporte l’utilisation
de d’instruments pratiques nommés techniques. La technique est choisie en
fonction de l’objectif poursuivi, lequel est lui-même lié à la méthode de
travail.
1.
La méthode :
« Ensemble de procédés raisonnées pour parvenir à un but,
que ce soit une argumentation quelconque, une démonstration mathématique, une
expérimentation scientifique, ou encore l’enseignement d’une discipline.
Procéder avec méthode est respecter l’ordre des difficultés croissantes.
Méthodique est souvent synonyme de rationnel » (L -M. MORFAUX, J. LEFRANC,
Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines, Armand Colin, Paris,
2007, p.343).
2.
Les
techniques :
La technique doit répondre à la question du ‘’comment ‘’.
Elle est le moyen pour atteindre un but. Elle peut marquer des étapes
intellectuelles, comme c’est le cas dans la pratique de l’interview.
Ainsi perçue, la technique représente les étapes
d’opérations limitées, liées à des éléments pratiques, adaptées à un but défini
alors que la méthode est une conception intellectuelle, coordonnant un ensemble
d’opérations, en général plusieurs techniques.
II.
Exemples des disciplines des sciences
sociales :
Les principales sciences sociales sont la sociologie,
l’anthropologie, l’ethnologie, la psychologie sociale, l’histoire, la
géographie, la démographie, l’économie politique, la science politique.
Toutefois, cette liste n’est qu’indicative car dans leur développement
respectif, ces sciences en arrivent à des subdivisions particulières.
1.
La sociologie :
La première démarche de la sociologie contemporaine est
l’étude en profondeur de la réalité sociale ; cette étude est avant tout
pluridimensionnelle. A en croire Gurvitch, la mission du sociologue « se
reconnaît d’abord à sa capacité de dévoiler les antinomies et les tensions
latentes propres à une réalité sociale donnée, envisagée comme phénomène social
».
2.
L’anthropologie :
Anthropologie culturelle : expression d’origine
anglo-saxonne ; discipline englobant l’ethnologie et l’ethnographie et ayant
pour objet l’étude des différentes cultures ;
Anthropologie structurale : application du
structuralisme et de ses méthodes à l’anthropologie culturelle, introduite en
France par Cl. Levi- Strauss après 1945.
3.
L’Histoire :
L’Histoire est à la fois l’étude et l'écriture des faits et
des événements passés quelles que soient leur variété et leur complexité ; on
désigne aussi couramment sous le terme d’histoire (par synecdoque) le passé
lui-même, comme dans les leçons de l'histoire. L'histoire est un récit écrit
par lequel des hommes et des femmes (les historiens et historiennes)
s'efforcent de faire connaître les temps révolus.
4.
La science
politique :
La science politique consiste à étudier les processus
politiques mettant en jeu des rapports de pouvoir entre les individus, les
groupes, et au sein de l'État
III.
Les différentes approches en sciences
sociales :
Plusieurs approches sont utilisées en sciences sociales, on
distinguera dans cette perspective les approches de type diachronique,
fonctionnaliste, structural, systémique, dialectique empirique et comparative.
1.
L’approche
diachronique ou génétique :
Approche qui s’inscrit dans le temps et dans la durée. Elle
vise la reconstitution de la genèse des situations étudiées, en découvrant les
antécédents qui permettent d’expliquer des situations.
2.
L’approche
fonctionnaliste :
L’analyse fonctionnaliste des phénomènes sociaux vise à les
explique par le rôle, la fonction qu’ils assurent dans l’ensemble social
auxquels ils appartiennent. Les théories explicatives de type fonctionnaliste
expliquent les phénomènes étudiés à partir des fonctions qui sont les leurs.
3.
L’approche
structurelle :
La notion fondamentale est la structure. Avec Jean Piaget on
peut dire qu’il y a structure « quand les éléments sont réunis en une totalité
présentant certaines propriétés en tant que totalité, et quand les propriétés
des éléments dépendent entièrement ou partiellement de ces caractères de la
totalité ».
4.
L’approche
systémique :
L’analyse systémique consiste à distinguer dans la réalité
deux parties, le système et son environnement, l’environnement étant constitué
par l’ensemble des objets dont un changement affecte le système et qui sont
eux-mêmes affectés par les variations de celui-ci. Telle est par exemple
l’approche proposée par David Easton : « Une analyse systémique repose
sur la notion d’un système immergé dans son environnement et sujet de la part
de celui-ci à des influences ».
5.
L’approche
dialectique :
Au sens le plus général, la dialectique est un enchainement
de notions qui rendent compte d’une réalité complexe avec des aspects qui
peuvent paraitre opposés. Elle se distingue ainsi de l’abstraction d’un
raisonnement de type logico-mathématiques, et elle peut même être prise au sens
péjoratif d’une argumentation illusoire et inutilement compliquée.
Un développement dialectique ne procède pas seulement par
contradictions surmontées selon le modèle hégélien devenu le plus célèbre. Il
faut prendre en considération les dialectiques de l’altérité ou de la
complémentarité des contraires.
6.
L’approche
empirique :
A l’origine, l’empirisme est une doctrine philosophique qui
voit dans l’expérience la source unique de toute connaissance humaine.
L’empirisme apparait comme un antidogmatisme, une critique
du monde intelligible des platoniciens, de l’innéisme des cartésiens.
7.
L’approche
comparative :
L’approche comparative consiste tout simplement à comparer
les phénomènes à étudier. C’est une approche que l’on retrouve très utilisée
dans les sciences sociales comme instrument de « mesure ». M Grawitz
estime que cette méthode vaut sur le plan scientifique ce que valent les types
qu’elle compare ; la comparaison n’aura de l’intérêt que si elle correspond à
ce que la réalité a de plus significatif.
Chapitre
2 : La démarche de recherche en sciences sociales
Une démarche est une manière de procéder pour parvenir à un
objectif déterminé.
La démarche scientifique est basée sur trois actes
essentiels et devrait être menée en plusieurs étapes.
I.
Les trois axes de la démarche :
Les auteurs de l'ouvrage Le Métier de sociologue (P.
Bourdieu, J.-C. Chamboderon et J.C. Passeron) évoque la hiérarchie
épistémologique dont l'ordre doit être respecté. Cette hiérarchie subordonne le
constat à la construction et la construction à la rupture.
Pour comprendre l'articulation des étapes d'un travail de
recherche aux trois actes de la démarche, il faut donc procéder à une brève
description des principes que renferment les trois actes.
1.
La rupture :
Aborder un travail de recherche scientifique c'est, tout
d'abord, lutter contre l'illusion du savoir immédiat et du sens commun. La
démarche scientifique réclame une forme d'objectivité que
Max Weber appelle "La neutralité axiologique".
Il s'agit d'être neutre par rapport aux valeurs, c'est-à-dire ne pas laisser
ses jugements de valeur imprégner la recherche scientifique. Pour une quête de
plus d'objectivité, certains chercheurs ont insisté sur la nécessité de
procéder à une rupture dans l'acte de connaissance.
2.
La construction
de l’objet :
La rupture épistémologique se matérialise dans le deuxième
acte de la recherche en sciences sociales, celui de la construction.
Celle-ci porte sur la reconsidération du phénomène étudié à
partir de catégories de pensée qui relèvent des sciences sociales. C'est grâce
à ce cadre théorique que le chercheur peut concrétiser le dépassement des
prénotions et le passage à l'explication scientifique : « Ce ne sont pas,
dit Max Weber, les rapports réels entre les choses » qui constituent le
principe de la délimitation des différents domaines scientifiques, mais les
rapports conceptuels entre problèmes.
3.
La
constatation :
Une proposition ne peut être considérée comme le cheminement
d'un travail scientifique que dans la mesure où elle est susceptible d'être
vérifiée par des informations sur la réalité concrète. Cette mise à l'épreuve
des faits est appelée constatation ou expérimentation.
II.
Les étapes de la démarche :
Selon Luc Van Campenhoudt et Raymond Quivy , la
concrétisation des trois actes de la démarche scientifique se fait au cours
d'une succession d'opérations qui sont regroupées en sept étapes (Manuel de
recherche en sciences sociales, Dunod, Paris, 2011).
1.
La question de
départ :
Le chercheur doit s'obliger à choisir un fil conducteur
aussi clair que possible, afin que son travail puisse commencer de manière
cohérente et sans retard.
Pour que la question de départ puisse remplir ses fonctions,
les auteurs de l'ouvrage "Manuel de recherches en sciences sociales"
précisent que cette question n'est utile que si elle remplit trois critères qui
sont :
2.
Un critère de clarté :
la question de départ doit être précise et ne doit prêter à confusion, chaque
terme devant être clairement défini. En outre, elle doit être concise et
univoque.
Un critère de faisabilité : la question de départ
doit être réaliste, tant d'un point de vue personnel, matériel et technique. Il
vaut mieux soulever une question moins ambitieuse avec des moyens solides,
qu'une question passionnante avec des possibilités limitées.
Un critère de pertinence : la question doit
s'interroger sur un vrai problème et doit viser la compréhension des phénomènes
étudiés.
3.
L’exploration :
La question de départ guide l'étape exploratoire qui vise
l'atteinte d'une certaine qualité d'informations sur l'objet étudié. Le travail
exploratoire se compose de deux parties qui sont souvent menées parallèlement :
d'une part un travail de lecture et d'autre part des entretiens ou d'autres
méthodes appropriées.
4.
La
problématique :
La problématique est la " façon d'articuler un ensemble
de questions ou de problèmes en les référant à des concepts précisément
déterminés" (Dictionnaire de philosophie, Baraquin et al, Paris, A.
Colin, 3e éd. 2007).
La problématique peut aussi être défini comme un ensemble
construit autour d'une question principale, des hypothèses de recherche et
lignes d'analyse qui permettront de traiter le sujet choisi.
Elaborer une problématique revient à définir trois éléments
: ce qu’on cherche à expliquer, ce avec quoi on le mettra en relation et le
type de relation qu’on envisage entre les deux premiers éléments.
5.
La construction
du modèle d’analyse :
Le modèle d’analyse constitue le prolongement naturel de la
problématique en articulant sous une forme opérationnelle les repères et les
pistes qui seront finalement retenus pour présider au travail d’observation et
d’analyse. Il est composé de concepts et d’hypothèses qui sont étroitement
articulés entre eux pour former, ensemble, un cadre d’analyse cohérent.
6.
L’observation :
L’observation comprend l’ensemble des opérations par
lesquelles le modèle d’analyse est soumis à l’épreuve des faits, confrontés à
des données observables.
L'observation comporte en effet trois opérations :
ü
Concevoir l'instrument
capable de fournir les informations adéquates et nécessaires pour tester les
hypothèses, par exemple un questionnaire d'enquête, un guide d'interview ou une
grille d'observation directe ;
ü
Tester l'instrument
d'observation avant de l'utiliser systématiquement, de manière à s'assurer que
son degré d'adéquation et de précision est suffisant ;
ü
Le mettre systématiquement
en œuvre et procéder ainsi à la collecte des données pertinentes.
7.
L’analyse des
informations :
Cette étape porte sur le traitement de l’information obtenue
par l’observation pour la présenter de manière à pouvoir comparer les résultats
observés aux résultats attendus. Elle se déroule en trois phases :
ü
Préparation et agrégation
des données ;
ü
Analyser les relations
entre les variables ;
ü
Comparer les résultats
observés avec les résultats attendus et interpréter les écarts.
8.
Les
conclusions :
Les conclusions constituent le moment pour rappeler les
principaux résultats de la recherche
ü
Les nouvelles connaissances
relatives à l’objet d’analyse ;
ü
Les nouvelles connaissances
théoriques ;
ü
La discussion de la portée
des résultats à plusieurs niveaux ;
ü
S’interroger sur la
généralisation des résultats, voire même formuler une loi qui nécessiterait
d’autres travaux pour la tester et/ou développer ;
ü
Comparez vos résultats à
ceux d’autres études ;
ü
Formuler de nouvelles questions.
Chapitre
3 : Les principales techniques de recherche en sciences sociales
La recherche nécessite l'utilisation non seulement de
méthodes mais aussi de techniques pour collecter les données, les interpréter
et les analyser. Les techniques sont en fait des outils permettant
d'investiguer autour d'un objet et de répondre adéquatement à une question de
recherche.
I.
L’observation :
On définit généralement l'observation comme l'investigation
autour d'un phénomène naturel ou social pour découvrir tous les facteurs qui le
composent ou qui l’influencent sans que le chercheur intervienne dans le
déroulement du phénomène pour agir sur certains facteurs comme il en est le cas
pour l'expérimentation.
II.
Les techniques de recherche
documentaire :
Les techniques de recherche documentaire portent sur
l'exploitation de documents pour obtenir les informations nécessaires au
travail de recherche. La technique documentaire s'occupe de l'étude des preuves
muettes qui sont des textes écrits ou des œuvres produites par des hommes, en
un mot des documents.
Pour pouvoir mieux exploiter ces techniques, il faut au
préalable connaitre les différents types de documents, savoir comment les lire
et ensuite apprendre à prendre des notes.
III.
Les techniques d’entretien :
L’entretien ou interview : Cette technique de recherche
directe peut être utilisée pour interroger des individus isolément ou dans
certains cas, des groupes ;
Le questionnaire ou sondage : Le
questionnaire, sous sa forme la plus connue, le sondage, est une technique
directe pour interroger des individus de façon directive, puisque la forme des
réponses est prédéterminée.
IV.
L’expérimentation :
L’expérimentation est une technique directe, généralement
utilisée auprès d’individus dans le cadre d’une expérience. Elle permet d’examiner
l’effet d’une variable indépendante sur la variable dépendante.
Définitions
importantes :
La recherche scientifique est, en premier
lieu, l'ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer
les connaissances scientifiques.
Le sujet est ce qui constitue la matière, le
thème ou bien le motif d'un état ou d'une activité intellectuelle ou
artistique, indépendamment de l'interprétation qui en est faite ou du résultat
obtenu.
L'épistémologie est l'étude critique des
sciences et de la connaissance scientifique.
Une hypothèse est une proposition ou une
explication que l'on se contente d'énoncer sans prendre position sur son
caractère véridique, c'est-à-dire sans l'affirmer ou la nier. Il s'agit donc
d'une simple supposition, appartenant au domaine du possible ou du probable.
Une fois énoncée, une hypothèse peut être étudiée, confrontée, utilisée,
discutée ou traitée de toute autre façon jugée nécessaire, par exemple dans le
cadre d'une démarche expérimentale.
Une théorie est un ensemble cohérent
d'explications, de notions ou d'idées sur un sujet précis, pouvant inclure des
lois et des hypothèses, induites par l'accumulation de faits provenant de
l'observation, l'expérimentation ou, dans le cas des mathématiques, déduites
d'une base axiomatique donnée.
Le postulat est un principe non démontré
utilisé dans la construction d'une théorie.
La réfutabilité (également désignée par le
recours à l'anglicisme falsifiabilité) a été introduite par Karl Popper
et est considérée un concept important de l'épistémologie permettant d'établir
une démarcation entre les théories scientifiques et celles qui ne le sont pas.
Une affirmation, une hypothèse, est dite réfutable (falsifiable) si sa forme
logique est telle qu'il est possible de l'infirmer par une expérimentation. D'un
point de vue général, réfuter (contredire, ou démentir,...) une thèse, une
opinion, un préjugé, une théorie, etc., consiste à démontrer qu'elle est
fausse, parce qu'elle contient des erreurs, (par exemple, certaines de ses
affirmations ne correspondent pas aux faits), ou parce qu'elle est moins apte
qu'une autre théorie concurrente à décrire certains faits (incomplétude) : une
théorie peut dire plus de choses sur les faits qu'une théorie concurrente sur
un objet de recherche commun par l'intermédiaire de mises à l'épreuve plus
sévères qu'elle aura subies avec succès.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire