Sommaire
Chapitre
I : Naissance et développement de l’analyse des politiques publiques
Chapitre
2. Définitions des politiques publiques/Chapitre 6. Le technique et le
politique
Chapitre
3. Caractéristiques des politiques publiques
Chapitre
4. De la typologie des politiques publiques
Chapitre
6. L'évaluation des politiques publiques
Chapitre
7. La capitalisation dans les politiques publiques
Annexe
Chapitre
I : Naissance et développement de l’analyse des politiques publiques
1. Délimitation introductive
du domaine
Le
domaine des politiques publiques est celui de l’action des autorités dans une
société donnée. Leur analyse se centre sur les conditions dans lesquelles les
gouvernants produisent des représentations, des pratiques, des approches pour
traiter les diverses affaires publiques.Lorsque l’analyse des politiques
publiques émerge dans une société, cela témoigne d’une certaine maturation de
l’Etat concerné.
On
tentera ici une première définition de « l’analyse des politiques
publiques ». Il s’agit de cerner la position, le contenu, les dimensions
théoriques et les aspects pratiquesde cette préoccupation devenue académique de
manière relativement récente, une branche de la science politique, une spécialité
en son sein. Malgré la consistance imposante des études réalisées sous l’expression « Analyse
des politiques publiques », le terme « préoccupation » peut
paraitre encore mieux convenir que ceux
de « discipline » ou de « spécialité ».
L’analyse
des politiques publiques peut être définie comme l’étude de l’action publique
au sein de la société,du comportement des gouvernantsdans l’action de
gouverner, des conditions dans lesquelles s’exercent les activités des
autorités publiques, des réponses et des pratiques qu’appellent la résolution des problèmes politiques de nature diverse. L’analyse
des politiques publiques peut être également présentée comme l’ensemble des
représentations et des conditions de production et de reproduction de l’action
publique dans des domaines particuliers.
La
délimitation de l’analyse des politiques publiques varie, du fait qu’elle
touche tout ce qu’est conçu en relation avec l’Etat, par rapport à l’Etat, pour
l’Etat, les catégories d’actions censées satisfaire les affaires communes. La
gestion des intérêts communs est au centre de l’analyse des politiques
publiques.
Quelque
soit le contenu donné à la politique, la définir revient à la relier à l’Etat, aux
institutions étatiques, leurs différentes agences, les prolongements de l’Etat (les
instances de gouvernance, de régulation, de délégation). Plus précisément, il
s’agit de relation avec le pouvoir qui doit être compris dans le sens de
l’exercice d’une certaine influence liée à l’utilisation de la force matérielle
(revoir les fameuses définitions de Max Weber).
Mais
il est une acception plus large reliant le politique à la notion de pouvoir depuis
son acception la plus large désignant par exemple les rapports de commandement
qui se développentau sein de différentes structures sociales (société,
organisation, association, couple, famille, etc.) jusqu’aux relations de
commandement qui relient les acteurs proprement politique dans le champs
politique.
Dans
le politique, il n y’a pas uniquement la chose publique. Ce domaine couvre à la
fois la gestion de ce qui est politique et ce qui ne l’est pas. Et le politique
répond à tous les besoins de la société, ne remplit pas tous les espaces de la
cité.
Ainsi,
deux postulats opposés animent les débats :
Ø
Tout serait politique,
Ø
Tout ne serait pas politique.
Aristote
disait qu’il y a deux façons de faire la politique : en la méditant, en la
pensant, en la réfléchissant, et/ou en agissant
On
ne pourrait parler de politiques publiques que dans le premier cas.Il s’agit
ici, de poser un ensemble de questions déterminantes du genre : pourquoi il
existe des politiques publiques ? Comment fait-on une politique
publique ? Comment la pratique-t-on ? Qui décide ou qui gouverne
effectivement (FMI, Groupes de pression…) ? Quel est la portée, le sens,
l’intérêt d’une politique publique déterminée ?
2. Problématiquede l’analyse des
politiques publiques
Jusqu’au XXème siècle, la
science politique s’intéressait aux questions de l’Etat, de la souveraineté, de
la légitimité… aux gouvernants et gouvernés, mais l’accent est sur le contenu
du gouvernement, ou de la gouvernementalité, sur la manière dont les
gouvernants conçoivent, structurent, mettent en œuvre,évaluent, peuvent
rectifier le cas échéant leurs actions de gouvernement dans un domaine
particulier.
Historiquement, de grands auteurs de la
pensée politique, comme Platon, Aristote, Machiavel, J. Locke, T. Hobbes,
A.Tocqueville, et bien d’autres auteurs ont développé des idées sur des aspects
qui peuvent s’apparenter à des regards savants sur les politiques publiques. L’analyse
des politiques publiques a donc toujours existé d’une certaine manière. Ce
souci de rentabilité et de rationalisation du travail de gouvernement semble
exister depuis toujours dans la pensée politique.
La gestion des affaires communes, dans
le sens où on l’entend aujourd’hui, était cependant absente de la science politique dans sa dimension « action »
Elle omettait de soulever la question de savoir comment « des
acteurs » agissaient, gouvernaient, géraient. L’avènement de l’analyse des
politiques publiques est récent, il est l’aboutissement de l’intérêt affichéface
aux actions du gouvernement en suscitant leur étude et leur analyse.
Mais on peut citer deux raisons qui ont
été derrière le développement des analyses des politiques publiques :
Ø
L’étude des politiques publiques cherche à donner aux
acteurs les meilleurs moyens d’améliorer leur travail et leur façon de
faire ; la recherche d’un meilleur rendement n’a fait que s’affirmer.
Ø
L’objectif de développement a fait que les gens voulaient
s’éloigner des questions théoriques et s’intéresser aux modes opératoires et à
la façon de faire.
En conséquence plusieurs facteurs expliquent
cette mutation :
Premièrement, donnant aux gouvernants
les moyens de les gérer, dont une meilleure connaissance le souci d’améliorer la
gestion de la chose publique, en. Deuxièmement, le souci pragmatique de
l’action concréte dans l’action de développement.
Il s’agit là d’un changement majeur dans
la science politique des dernières décennies.
Cette préoccupation permet aux
politologues d’analyser les instruments du gouvernement, de produire une plus
grande information pour la politologie, d’une autre nature que celle classique
sur l’Etat abstrait, métaphysique, les questions de souveraineté...
La littérature social-scientifique
d’origine anglo-saxonne est plutôt en avance par rapport à la littérature francophone
dans ce domaine. S’éloigner des questions théoriques, suivre le pragmatisme et
la rationalisation de l’action étaient derrière le développement des études
d’analyse des politiques publiques. Il y a des différences entre les pays. Dans
certains pays, comme le Maroc, cette préoccupation a été pendant longtemps
absente. L’approche juridique et institutionnelle a pendant longtemps dominé le
champ des sciences sociales et fait obstacle au développement de cette
discipline.
L’analyse des politiques publiques a eu
des répercussions sur le politique d’une manière générale, et a permis de
dégager plusieurs informations concernant le social, l’économique (les
ressources et leur utilisation par les acteurs et les populations).
Ces termes làsuscitent des objections
épistémologiques et méthodologiques que l’on peut résumerainsi :
1. D’un autre côté, pour qu’il y ait
épanouissement de cette discipline, il semple que le champ politique et la vie
politique doivent être ouverts et libéralisés. Le développement des politiques
publiques parait lié aux périodes de
démocratisation.
Le secret fait partie des outils de
maitrise du pouvoir. La décision recèle quelque chose de secret, le prince a le
dernier mot dans toute décision et ce problème est universel. La décision peut
être prise sous influence politique, économique, morale, religieuse… il est
difficile d’imaginer une décision sous une influence purement politique. Dans
ces conditions, la décision ne peut intéresser les chercheurs. Il y a toujours
dans le processus de prise de décision quelque chose de confidentiel, de mystérieux.
La question est rendue encore plus
complexe par la nature du politique : les objectifs initiaux peuvent être
changés, ils sont soumis à une transformation continue. Même dans les pays
démocratiques, le processus décisionnel n’échappe pas à la discrétion : la
démocratie ne suffit pas pour rendre la prise de décision plus transparente.
Pourtant, dans de nombreux pays (les
Etats Unis, la France..), ceci n’a pas empêché le développement de l’analyse
des politiques publiques. Il n’y a pas eu besoin de connaitre le milieu du
décideur. La décision une fois produite peut être analysée.
La
culture dominante autour de l’action publique est restée généralement fermée.
La décision du prince individuel ou collectif est restée traditionnellement un
lieu de souveraineté, dépendant de lui seul. Ce qui rend son espace et son contenu
d’accès difficile. Les chercheurs répugnent même à s’y immiscer. Ce n’est pas
un hasard s’il s’agit là de domaines peu approchés par les chercheurs.
2. Qui
décide ?La source de la décision publique a des effets importants
sur la vie politique. Celle-ci est variable selon les constitutions, mais la
décision n’est jamais concentrée dans une seule instance, il faut chaque fois
chercher qui a décidé.
Il faut aussi identifier la logique de
la décision (décision de souveraineté, décision administrative,
« petite » décision…), les décisions publiques sont des processus
complexes (décision-marchandage, décision-compromis, décision-sanction,
décision stratégique, décision tactique…).
Les décisions sont souvent le produit
de plusieurs négociant entre sur un objet. On parle à ce niveau du problème de
la synthèse pour aboutir à un compromis.
Ce qu’on appelle dans certains secteurs « les chartes », par
exemple, sont moins homogènes qu’on ne le dit, elles sont le résultat de
marchandage et non pas un produit d’un seul pôle.
3.Tout ce qui est en rapport avec
l’autorité est évité, contourné, années de plomb ou pas.
Le
contenu de la décision est-il déterminable? Qu’est-ce qui est décidé dans une affaire donnéesur une question
particulière ? Ce que dit le décideur est-il ce qu’il a vraiment
décidé ? Ce qu’il fait est-il vraiment ce qu’il a décidé ?
A.
Qu’est-ce que la décision ? Elle est par excellence
l’action de l’Etat ou du pouvoir. Au Maroc comme ailleurs, le domaine de la
décision politique est peu exploré, ce
n’est pas le souci majeur des chercheurs. Le lieu où s’élabore la décision reste un mystère. Elle constitue
un processus complexe. Elle représente un condensé d’éléments difficile à
cerner...En plus la pluralité des acteurs rend difficile la connaissance, voire
la saisie de la logique d’une décision. La décision est quelque chose qui
échappetoujours à l’observateur extérieur, domaine propre au souverain, espace qu’il
préserve jalousement.
B.
Qui décide réellement? Sont-ils un ou
plusieurs à décider? Faut-il distinguer entre des décideurs apparents
visibles et des décideurs réels qui restent dans l’ombre?
Cependant,
même les structures où l’on croit déceler du monopole, de la centralité, du
pouvoir concentré, sont parcourues de flux pluriels, de l’influence de plusieurs
acteurs. Même un dictateur ne peut décider seul, même s’il y a l’illusion qu’il
décide seul. Même dans les structures de monopole, il y a quand même du
polycentrique. Il est difficile de cerner la décision en raison de cette
pluralité, vue la multiplicité des acteurs qui sont de plus généralement
antagonistes. Le plus souvent, se livrent à une lutte pour s’emparer des
pouvoirs même dans les sociétés autoritaires. Autrement dit, que le pouvoir
autoritaire ait la maitrise sur tout et sur tous est un mythe. De plus, on
décide dans le feu de l’action, en
mouvement,un problème de régulation se
pose, des immixtions, des ingérences, des rapports de force ont cours à tous
les échelons de la production de la décision. Dans les situations ordinaires, seule
la grande direction, orientation importe.L’objectif déclaré par l’auteur au
moment de la décision politique peut changer dans le temps.
4. La question de la
justification est centrale dans l’analyse des politiques publiques. Quand on
prospecte la question de la justification d’une politique publique, dans
quelle mesure dans un contexte comme celui prévalant au Maroc, où l’ouverture à
la culture politique moderne reste relativement récente, un acteur politique
accepte-t-il de se justifier, de fonder en quelque sorte sa
politique ?Quelle différence établit-il dans les représentations et
l’action entre justification et couverture idéologique? La
question de la couverture idéologique, de la justification… Autrement dit, ce que dit le décideur est-il
en rapport avec ce qu’il fait ? La décision n’est pas une promenade tranquille,
l’action n’est pas aussi aisée, on oscille entre la sincérité de l’acteur et la
démarche politique, c’est-à-dire que ce n’est pas dans le discours justificatif
qu’on va trouver la vérité de la politique publique. Force est de constater que
prévaut encore la prédominance de la politique politicienne
La question qui se pose à
ce niveau est de savoir quel est le véritable rapport entre la justification et
la décision. Dans n’importe quelle décision, il y a toujours un minimum de
machiavélisme, un mensonge, une diversion, de l’intrigue, un coup porté à des
adversaires, cela est organiquement lié à l’action politique ; il n y a
pas d’acteur politiques naïf qui fasse exactement ce qu’il déclare : il
s’agit du problème de la correspondance entre le dire et le faire.
L’autre problème, quant à
lui, concerne le politologue lui-même qui se trouve face à des problèmes
déclarés mais qui cachent en fait d’autres problèmes, des réalités inavouées
qui risquent de se dérober à l’analyse s’il n y est pas attentif. Le politique
s’intéresse au discours officiel apparent, mais doit chercher aussi la démarche
cachée. Il s’agit de la question de l’adéquation, de la correspondance entre
discours et action. Dans notre analyse des politiques publiques, on doit
prendre en considérations le discours, l’action, et l’observation, car souvent
les politiques publiques ne sont que des actes de communication. La question
qui se pose dans ce contexte, est-ce qu’on doit croire le discours
politique ?
5. La culture de l’évaluation
peut-elle voir le jour dans un contexte comme celui prévalant au Maroc où à
tout moment elle peut se confondre avec les bilans d’auto satisfaction ou
les critiques oppositionnelles? Et tout d’abord qu’est ce qu’évaluer ? Une
simple comparaison entre les objectifs annoncés au départ et les résultats
réalisés, ou une prospection sur le sens des démarches menées. Celui qui fait
la politique, peut faire des éclairages, produire des informations. Mais dans
quelle mesure il peut s’auto-évaluer, se diagnostiquer ? Ou se
réformer ? Exemple : Est-il possible d’ établir un bilan des
politiques publiques du système politique marocain depuis l’indépendance ?
Sur cette question de
l’évaluation, on ne doit pas omettre le caractère indissociable de l’analyse
des politiques publiques, de la compétition et de la confrontation des
intérêts, dans un cadre démocratique. Le terrain naturel des politiques
publiques est la société concurrentielle où il y a de la compétition.
En ce sens le concept des
politiques publiques reste lié au contexte démocratique qui se déroule sur un
sens de pluralisme des propositions politiques. Autrement dit, dans la culture
de l’analyse des politiques publiques aujourd’hui, la prise en compte de la
variable pluralisme et du facteur alternance est essentielle. L’analyse des
politiques publiques n’étant pas une question de techniciens, ni un exercice de
science politique pure, elle comporte des enjeux du pouvoir, en tant que prise
en charge du pouvoir, en prenant en compte le côté technique.
La philosophie de
l’ensemble du système démocratique favorise la pratique l’évaluation, au point
que l’on peut considérer les élections de fin de mandat comme l’occasion d’une analyse
collective, d’une vaste évaluation tous azimuts, des politiques publiques en
cours.
L’évaluation consiste à
savoir dans quelle mesure ce qui a été fait (réalisation) correspond aux
objectifs escomptés du départ. Il faut voir donc dans quelle mesure les
réalisations sont proches des objectifs, et chercher également les aspects
qualitatifs Dans certains domaines, l’évaluation reste difficile à
réaliser : la généralisation de l’enseignement par exemple ne peut se
faire d’un seul coup, c’est pour cela qu’on se fixe des paliers de
réalisation : 90%, 92%, 95%, etc…Une fois l’objectif fixé, il faut se
pencher sur la question de la qualité..
Un autre aspect concerne
l’acteur lui-même : était-il cohérent, réaliste, rationnel et logique avec
lui-même dans son comportement ?
L’évaluation relève de
l’ordre de la pratique de la science politique (évaluation politologique. Il existe
une autre évaluation dite profane, politisée. Elle est partisane et exprime une
attitude. Comment distinguer entre les deux ?
2. Histoire du développement des Policy sciences
Le développement des études de
l’analyse des politiques publiques est variable : aux Etats Unis, la production
d’une littérature savante sur les politiques publiques est une constante ;
en France, il existe désormais de nombreux ouvrages…Dans cette dernière
tradition pendant longtemps a prédominé une approche marquée par l’hégémonie du
juridisme,du constitutionalisme,de l’institutionnalisme. Au Maroc, la
préoccupation « analyse des politiques publiques » est apparue
tardivement et timidement en raison de la prédominance de cette culture trop juriste,
constitutionnaliste, institutionnaliste,...
La
« Policy analysis » n’a pas été au début un genre nouveau des
sciences sociales, mais dès le départ elle est apparue comme une orientation de
recherche originale.Elle a constitué une forme d’engagement militant liée à une
vision normative de la place à donner aux sciences sociales dans la conduite
des sociétés modernes. Après plusieurs décades d’accumulation, elle s’orienta
aussi vers une perspective scientifique plus orthodoxe, la recherche
fondamentale, en le combinant avec un statut managérial au sein d’organismes
situé en dehors du champ scientifique proprement dit.
En
1929, Merriam annonçait la naissance d’une nouvelle approche scientifique de la
politique liée à une insatisfaction profonde approuvée à l’égard des sciences
sociales dans leur participation à l’étude des processus de l’action
gouvernementale et une recherche de plus grande rigueur dans l’examen des
problèmes de l’état.
Dewey,
en 1927, propose de considérer toute proposition d’action comme une hypothèse
de travail, et non comme des programmes achevés, devant être considérée comme
revêtant une valeur expérimentale au sens ou il convient de les soumettre à
l’observation de leur mise en œuvre, et de leurs conséquences…
Le
projet de connaissance de l’action publique prend plus d’ampleur au cours des
années 30. On peut parler de l’émergence du concept de « Policy ». Il
faut dire que l’environnement politique et sciences sociales y était plus
favorable :
*L’interventionnisme
de l’Etat était devenu bien plus direct et plus structuré que ce que l’on
connaissait auparavant ;
*L’orientation
vers l’empirisme était plus grande ;
*La
pluridisciplinarité s’imposait comme angle d’approche ;
*Les
chercheurs entaient davantage intéressés per l’étude des problèmes concrets.
On
peut considérer que la première véritable apparition, du concept se fit chez
Harold D.Lasswel, celui-ci avait insisté sur la combinaison des valeurs avec
les pratiques. Le regard sur la conduite des affaires publiques était
nouveau : il percevait celle-ci comme un « Policy
makingprocess » dans une ambiance de rationalisation de l’Etat et de la
politique. Harold D.Lasswel s’adonne depuis les années 30 jusqu’aux années 50 à
l’étude des Policy sciences.
Le
même Lasswell introduisit la distinction entre une connaissance (of) et une
connaissance (in) concernant le processus des politiques publiques. L’objectif
était clairement de créer la connaissance dans les modalités de traitement des
problèmes publics et de rendre disponible cette connaissance aux acteurs
eux-mêmes, c'est-à-dire au public et aux Policy- makers.
Les
Policy sciences devinrent du coup des Policy sciences of democracy, avec comme
objectifs l’amélioration des processus de prise de décision et la production
d’une connaissance utile à l’amélioration de la pratique de la démocratie. Un
des buts déclarés était la réalisation
de la dignité humaine en théorie et dans les faits.
La
question de l’analyse des politiques publiques devenait : que font les
gouvernements ? Pourquoi ils le font ?
Le
contexte général devenait favorable à ce questionnement : l’ensemble des
sociétés industrielles est affecté par une crise majeure, l’Etat Providence est
remis en cause et avec lui la légitimé de l’intervention de l’Etat, sa
capacité, le recul de la démocratie au profit de l’intérêt pour l’action de
l’Etat montée des troubles sociaux, tensions raciales aux Etats-Unis, crise
universitaire, guerre du Vietnam...
L’environnement
des sciences sociales a lui-même changé : le développement de la
sociologie des organisations, les avancées des études du décision
–makingprocess, de la public administration, le modèle estonien, etc...
L’Etat
n’apparait plus comme un ensemble intégré, organisé, mais un faisceau de
structures, d’institutions, d’éléments, de composantes, plus ou moins
hiérarchisés, relativement autonomes...
Les
travaux sur la gouvernance montrent les difficultés de coordination de l’action
au niveau central s’accompagnant généralement d’une faible pénétration des
objectifs centraux au niveau local.
Chapitre 2. Définitions des politiques
publiques
Les définitions existantes reflètent autant
de perceptions et de représentations de l’analyse des politiques publiques. Il
peut être distingué entre deux grandes catégories de définitions:
1.
La première catégorie considère que les politiques
publiques couvrent le domaine de la chose publique par laquelle l’analyse
mobilise un certain nombre de disciplines. Les tenants de cette approche s’accordent
sur le caractère scientifique du domaine. Celui qui entend s’intéresser aux
politiques publiques doit être de formation multidisciplinaire.
Il s’agit d’un domaine d’activité où il
y a une articulation entre la théorie et l’action. L’analyse des politiques
publiques peut aider à la décision : il s’agit d’une connaissance
nécessaire à l’action. D’une part l’analyse doit utiliser toutes les ressources
scientifiques et d’autres part, la production de ces connaissances vise à agir
sur le réel.
A ce niveau, l’un des tenants de cette
analyse, J. Dunn, affirme qu’il faut distinguer entre l’analyse des politiques
publiques et l’étude des alternatives politiques.
Le chercheur en sciences politiques
peut se fixer comme objectif, d’élaborer par exemple, une politique publique
sociale. Le chercheur, selon Dunn, doit dégager les orientations possibles et
prendre la distance qui s’impose. Il doit présenter l’ensemble des scénarii et
essayer de prévoir ce que pourrait être le résultat selon chaque scénario. Il
n’a pas à s’immiscer dans les choix normatifs. Il doitessayer d’anticiper sur
ces orientations et scénarii.
Voilà le premier dilemme qui consiste à
définir la meilleure manière d’arriver à un objectif déterminé. Il s’agit d’une
approche consciente de son engagement, c’est-à-dire que le chercheur doit
savoir décrypter, démontrer, donner un large répertoire de choix et le mettre
entre les mains du décideur. L’analyse des politiques publiques consiste à
repérer les choix et les scénarii offerts au prince afin de prendre la
décision. Il s’agit d’une démarche qui semble avoir évolué au sein des grandes
organisations internationales (PNUD, OMS, UNESCO,…). Mais il reste à savoir
si : faire la science politique c’est proposer ces modèles et ces rapports
ou au contraire rester en dehors et laisser le choix aux acteurs.
La deuxième catégorie consiste en la
question suivante : pourquoi doit-on distinguer en sciences politiques
entre ce qui est scientifique et théorique et ce qui est pratique tant tout cela
est lié ? En fait le chercheur peut s’immiscer dans la cuisine des politiques
publiques sans qu’il y ait de contradiction. Il est impossible qu’un chercheur
reste neutre à l’égard d’un choix. Il peut exprimer ses préférences sur un
scénario donné. Selon cette seconde catégorie de définitions, choisir,
recommander n’est pas contraire à la première approche qui oblige le chercheur
à se contenter uniquement à proposer les scénarii possibles en laissant au
prince le choix de trancher.
La distinction entre une science
politique objective et une science qui essaie d’imiter les sciences exactes
n’est pas totalement fondée selon la critique de Dunn. Il est trop simpliste
d’opposer un courant scientiste à un courant idéologique. Il est possible de
faire la science des choix et des options.
La philosophie politique ancienne
reposait sur une science qui permettait de faire un choix au cœur des normes, en
utilisant une méthode scientifique, sans tomber dans l’idéologie (Leo Strauss).
Pour L. Strauss, les vérités changent selon l’angle de vue ; elles sont
des vérités provisoires tant qu’elles ne sont pas démenties ou falsifiées.
Nombre d’auteurs ont cru découvrir chez les anciens une approche permettant
d’arriver à la vérité (positivistes). On peut donc développer une science de
choix, produire une vérité dans le domaine politique. L’école de Chicago
propose une approche classique. Selon cette dernière, on ne peut dissocier les
choix idéologiques ; on peut étudier objectivement une question mais aussi
choisir le meilleur scénario. On peut dégager les différentes alternatives et
choisir la meilleure. L. Strauss est l’un des rares à avoir pu développer cette
nouvelle approche. Ses disciples ont suivi mais sans grand succès.
Ceux qui pensent qu’il s’agit d’un
domaine de science mais qui ne peut pas cacher les inclinations et les
idéologies. Il n’y a pas de frontières étanche entre les deux. Entre
l’idéologie et la connaissance scientifique, les choses ne sont pas claires.
C’est dire qu’il n’y a pas de limite entre l’idéologie et la connaissance
scientifique du terrain et que le choix s’impose. Ce qui est important c’est de
faire un choix scientifique.
Cette vision est beaucoup plus
apparente dans le domaine du droit, à propos du « juste ». Le
tribunal est le meilleur endroit de la production de ce juste. Cette approche
est développée par Michel Villey comme une opération de vérité. L’école de
Bruxelles (Charles Perlman) devenue célèbre, basait ses recherches sur la
logique d’Aristote. Elle a développé les règles de la rhétorique c’est-à-dire
de la meilleure manière d’emporterla conviction des interlocuteurs, de les
convaincre… quel que soit le degré de justice ou d’injustice de la cause
défendue. Partant de ce point de vue et selon cette approche, l’analyse des
politiques publiques ne peut se faire sans un choix idéologique. Nous pouvons
étudier objectivement mais on peut choisir la meilleure voie possible des
alternatives proposées.
Le discours scientifique moderne se
développe sur le mode du monologue, il est monolithique, unilatéral, sûr de
lui-même et déclare vouloir aboutir à des vérités stables et à des résultats
fiables et mesurables.
Le technique et le politique
L’action politique est une question
majeure de la science politique. Elle consiste à savoir qui obtient quoi et
comment ? Cette question renvoie à son tour à une série d’autres questions,
comme celle de savoir quelle est la relation entre la science et la politique
engagée. Il s’agit de la place de la question du savoir au cœur de l’action
publique. Les politiques publiques renvoient donc à l’analyse des pratiques de
ceux qui gouvernent. On touche ici au problème classique des rapports de la
technocratie ou de la politique. Trois modéles peuvent etre dégagés.
Le modèle décisionnel se base sur
l’introduction de la rationalisation dans la décision. Max Weber distingue le
travail des techniciens de l’action des politiques. Cette différenciation
importante est liée au développement constant de la bureaucratie dans la sphère
politique.
Cette rationalité suppose que les
taches sont clairement déterminées : aux premiers le calcul des moyens et
aux seconds la détermination des objectifs. C’est le modèle décisionniste où un
partage du travail entre technocrates et politiques est clairement effectue,
mais avec une prééminence des derniers.
Les techniciens en tant que
spécialistes, peuvent définir ce qu’il convient de faire, par la détermination
des moyens, mais ils ne seraient pas en mesure de déterminer les finalités
(objectifs, fins). Le domaine des fins leur échappe car ils s’intéressent aux
faits.
Le modèle technocratique s’oppose
au précédent. En effet, on remarque à ce niveau la prééminence des calculs des
moyens sur la détermination des fins. Les nouvelles technologies mises à la
disposition de la pratique politique…rationalisent le choix politique en tant
que tel, en mettant au point des stratégies calculées et des simulateurs de
décision dans une exacte mesure. Les spécialistes semblent s’imposer au
détriment du pouvoir de décision du chef.
Selon cette perspective, on peut faire
une simulation d’une action et suivre son évolution dans les moindres détails.
On assiste là à la réduction de l’espace discrétionnaire du politique. La
politique n’a qu’un effet fictif, puisque tout est calculé à l’avance (s’il n’y
a pas la situation A il y aura la situation B), les technocrates
deviennent de véritables décideurs.
Selon Habermas, la même rationalité
permet de résoudre les questions techniques et les questions politiques, à la
fois le calcul des moyens et la détermination des fins.
En réalité, cette distinction entre les
politiques et les technocrates est fausse, les fins seraient déjà inscrites
dans les moyens. La vision des technocrates repose sur l’idée qu’il n y a
aucune raison de soumettre la décision à la souveraineté du politique. La
logique technicienne prime.
Le modèle pragmatique essaie de
pacifier, en les conciliant les rapports entre les technocrates et les
politiques. Dans une société démocratique fonctionnant normalement, où les
dérives sont absentes et où les conflits ne sont pas exacerbés et les médias
non manipulés, les spécialistes ne cherchent pas à dépasser leur rôle de
techniciens. Leur travail se limite uniquement à la détermination des moyens à
mettre en œuvre par le politique.
Les fins sont, en fait, l’objet d’une
large discussion au sein de la société, mais elles n’interpellent que les
décideurs politiques. Dans cette situation, il n’y a pas de soumission des uns
aux autres. Le partage se fera à travers la communication entre les
scientifiques (qui produisent expertise et conseil) et les politiques (qui
peuvent y être attentifs). Ceci donne une démarche pragmatique.
Derrière les trois modèles, il y a des
conflits entre les forces sociopolitiques et économiques qui les véhiculent,
des luttes pour la légitimation. Il s’agit d’un lieu idéologique par excellence
où Habermas développe sa conception sur les rapports entre la technique et le
politique.
Le concept de la raison technique est
un concept idéologique. La technique n’est pas abstraite. Elle constitue une
domination méthodique et scientifique. Selon cette école, la lutte idéologique
est dépassée (Ecole de Francfort : H. Marcuse, E. Bloch, Wilhem Reich). Il
faut s’intéresser à la psychologie, à la psychanalyse, à la culture (dimension
freudienne, dimension culturelle).
La méthode scientifique a toujours
permis une maitrise de la nature, voire, de l’homme sur l’homme (Weber). La
technologie a fourni la preuve qu’il y a absence de liberté. Il lui est
techniquement difficile de rester autonome. Cette vision du monde à propos de
la technique ne peut s’affirmer sans produire une domination de l’homme sur
l’homme, au nom de la rationalisation du monde.
Enfin, on peut dire que la technique
représente, un instrument de domination. Le pouvoir technocrate devient par sa
propre logique dominateur. Plus la technologie avance, plus la liberté diminue
et moins il y a de surprise, de possibilité d’action et d’initiative.
Y. Habermas explicite tout cela :
« Ce que j’essaie de montrer, c’est que la science en vertu de sa propre
méthode et de ses propres concepts, a projeté un univers au sein duquel la
domination sur la nature est restée liée à la domination sur l’homme et qu’elle
l’a aidé à se développer, et ce lien menace d’être fatal à cet univers dans son
ensemble. Comprise et maitrisée par la science, la nature réapparait dans
l’appareil technique de production et de destruction qui assure et facilite
l’existence des individus et qui, en même temps, les assujettit à ceux qui sont
les maitres de l’appareil. Aussi se mêlent la hiérarchie rationnelle et la
hiérarchie sociale. »[1]
II. La part de la technique dans la
politique n’est facile à mesurer. On peut donner l’exemple du domaine des
finances publiques où on enregistre des contraintes sur lesquelles la volonté
politique n’aurait pas d’influence. Les techniciens qui travaillent dans le
champ des finances sont des spécialistes, des ingénieurs qui seraient à même de
définir les calculs de moyens et de rationaliser les choix. Les contraintes
objectives l’emporteraient sur le pouvoir de décision du chef. La décision
politique deviendrait fictive.
Pour sa part, la théorie politique
tentant de dépasser le terme du débat, considère que les technocrates jouent un
rôle complémentaire et non pas contradictoire, car ils jouent le rôle de
conseillers des politiciens. Les finances publiques, considérées comme un
domaine technique, repose cette problématique du rapport entre le technique et
le politique.
Cette dimension technique se retrouve
en particulier dans les finances publiques[2]. Au départ, les finances
publiques étaient très simples, les fins sont tellement définies et suivent un
cadre juridique obligatoire. Mais progressivement, les choses sont devenues
plus complexes et le champ des finances publiques s’est élargi avec
l’intégration de nouveaux éléments ; cette tendance a exigé une plus grande
technicité influençant ainsi le système public. Les finances ont fini par être
investies par le socio-économique.
Cette technicité détermine l’ensemble
des opérations financières qui se déclinent en un ensemble de procédés
permettant d’aboutir à des fins précises. En plus, l’effacement du parlement
dans l’élaboration du budget qui est passée en faveur du ministère, est une
autre preuve du caractère technique de ce domaine. Le caractère technique
renvoie au caractère scientifique de ce domaine.
Cependant, cette technicité se heurte à
des limites. Aujourd’hui, il parait inapproprié d’envisager l’automatisation
des modes d’arbitrage. Décider en matière des finances publiques revient aussi
à négocier, marchander et vivre des tractations avant de faire un choix. Les
principes budgétaires ne sont pas innocents, les finalités partisanes affectent
les choix budgétaires. Si infime qu’elle soit, la marge laissée au politique
peut donner une nouvelle configuration de toute la loi budgétaire.
Cette
présentation des politiques publiques mérite d’être interpellée. Une des
grandes conclusions reste cette tension entre la politique et la politique
publique en tant que corpus de mesures prises au nom de la gestion rationnelle
de la chose publique. Cette tension est toujours constante et peut éclairer le
fond de ces politiques publiques. En effet, on ne peut pas imaginer une
politique publique isolée et sans la politique : les politiques publiques
baignent dans les problèmes de la société.
Le
champ politique est un champ pluriel et plein d’antagonismes et de
conflictualités. Cette vision s’inspire beaucoup de la théorie des conflits qui
s’est développée dans les années 80. Dans les années 90 une autre théorie verra
le jour. Il s’agit de la théorie des négociations qui cherche à gérer ces
divergences par des compromis. Les politiques publiques sont conçues de telle
sorte qu’elles puissent accompagner les rapports de forces existants.
Cependant, il n’y a jamais de politiques publiques achevées.
Chapitre 3. Caractéristiques des politiques
publiques
Les caractéristiques peuvent être
mentionnées :
1.
Les politiques publiques essaient de répondre en principe
à un besoin un problème à résoudre. Elles constituent une action réponse que
peut mettre en relief des oppositions.
Toute politique publique constitue un
contenu juridique, institutionnel, financier. Elle est aussi un processus. Le processus
est le cadre dans lequel s’insère une politique publique, la dynamique qui
l’anime. Jamais une politique publique ne se réduit à un simple contenu :
le contenu est matériau formé de discours, d’orientations, principes
directeurs,d’objectifs, de représentations, de mesures, d’actions, de lois, de règlements,
de moyens... Le processus semble un facteur plus déterminant.
2.
Toute politique publique comporte un élément de décision.
Il n’y a pas de politique publique « anarchiste » au sens propre (an
arché/ sans pouvoir, Bakounine au contraire disait qu’il n y a pas besoin de
pouvoir et de gouvernement). ), sans
prince, sans pouvoir,… Là où il y a des politiques publiques il y a un pouvoir
politique. Les politiques publiques impliquent l’existence d’un décideur qui a
la compétence d’allocation et d’affectation des ressources.Cela ne peut se
faire en dehors d’une relation d’autorité L’autorité semble indissociable du
domaine public.
Selon Max Weber, il y a autorité quand
il y a le monopole de la contrainte (violence) légitime exercé pas l’Etat. La
dimension contrainte est décisive car toutes les instances peuvent produire une
politique publique. Les politiques publiques sont un ensemble de mesures,
d’objectifs, d’initiatives, de moyens et d’actions, qui comportent une
dimension prescriptive (ordres, encadrement des comportements…). La politique
publique suppose donc une autorité qui ne peut être imaginée en dehors de
l’Etat. Que dire du rôle de certaines organisations internationales (Banque
Mondiale, FMI…) en matière de production de politiques publiques
nationales ?
Le second élément permettant de définir
le contenu d’un politique publique est celui de la décision. Cette décision ne
peut être envisagée en dehors de l’Etat en tant que détenteur unique de pouvoir
politique et par conséquent, de l’autorité.
3.
Politique publique, stratégie, plan, programmes…Ceci nous amène
à poser la question de savoir quelle différence il existe entre une politique
publique et une stratégie. Une confusion existe dans les usages courants des
deux termes. D’autant que certaines politiques publiques peuvent paraitre comme
des stratégies ou sont effectivement « stratégies ».
La distinction entre elles peut être, à
priori, opérée à partir de leur durée. Ainsi, la moyenne de vie d’une politique
publique se situe généralement entre trois et cinq ans, on pourrait dire une
législature. La perspective d’une politique publique est limitée dans la durée d’une législature... Par contre, la
stratégie est une vue d’ensemble qui s’étale sur une plus grande durée.
Une politique publique peut se
décomposer elle-même en « plans d’action » annuels ou pluriannuels,
généralement trois ans. Toutefois, il faut préciser que la durée n’est pas
suffisante pour distinguer entre une stratégie et une politique publique. La
stratégie peut être aussi de courte durée (ex. La tombée du rideau de fer,
voire la désoviétisation de l’Europe Centrale).
Certaines ajoutent un autre élément de
distinction relatif à l’ampleur de chacune d’elle.
Enfin, se pose le problème de
classification entre le plan produit pour de longues périodes et les plans
d’action de plus courte durée.
Ces différences posent également le
problème de dénominations : s’agit-il chaque fois d’une politique
publique, d’une stratégie ou d’une autre base d’activité publique?
Les politiques publiques ne sont pas
liées à un objectif conjoncturel. Il s’agit d’une préoccupation de plus longue
durée. Toutefois, les politiques publiques peuvent apparaitre sous l’effet de
conjonctures (revendications, contestation des salaires…). La conjoncture peut
avoir son mot à dire dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation des
politiques publiques. L’analyse des politiques publiques est née au cœur de
l’Etat, c’est-à-dire dans les sphères purement techniques à savoir
l’administration. Ce lien organique entre l’évolution de l’Etat et l’analyse
des politiques publiques est indéniable. Cependant, cela n’exclut pas une
impulsion par la conjoncture.
Si l’impact de la conjoncture peut être
sensible, et si les acteurs peuvent en être fondamentalement affectés, le
problème de leur sérénité se posera sans doute. Quand la conjoncture et ses
préoccupations traversent les politiques publiques, le positionnement de
l’élément politique s’accentuera entre les acteurs (« les échanges de
coups » plus ou moins loyaux, les rivalités, les boycotts, les soutiens,
les complicités, les sabotages…). Par contre, le stratégique a tendance à
objectiviser, et de fait, les acteurs sont moins agités, plus sereins, que cela
préjuge des résultats, sans et l’action plus réfléchie.
4.
La politique publique influe obligatoirement sur les
individus et sur leurs comportements.
Toute politique publique peut avoir des
supporters, mais aussi des détracteurs. L’homogénéité des réactions n’est
jamais assurée. Il y aura toujours des réactions positives et d’autres négatives
qui risquent, en dépit de leur faible importance, d’empêcher la mise en œuvre
d’une politique publique.
L’objectif des acteurs serait d’éviter
des réactions communes de rejet, de refus, d’opposition massive, et de chercher
à satisfaire le plus grand nombre possible, de limiter les réactions contraires
en essayant de les prévoir à l’avance et d’anticiper. L’aspect « réaction »
revêt une importance non négligeable. Les décideurs sont tenus de la considérer
au moment de la production de leurs politiques publiques et de savoir le gérer.
Ce champ n’est pas homogène. Satisfaire tout le monde reste une utopie.
5.
Chaque politique publique comporte plusieurs niveaux
(réglementaire, institutionnel, central, dimension sociale…), mais le contenu
des niveaux diffère aussi selon les pays, les régions, les périodes. Cependant,
il y a des cadres généraux que l’analyse des politiques publiques essaie de
saisir. Les politiques publiques sont souvent envisagées dans un cadre global.
Les politiques publiques renvoient
souvent à des démarches d’ensemble marquées, à de grandes orientations (par
exemple au Programme d’Ajustement Structurel), et sont exprimées dans plusieurs
domaines : rationalisation des moyens, grands équilibres
macro-économiques, désengagement de l’Etat…
Chapitre 4. Typologie des politiques publiques
Les politiques publiques peuvent faire
l’objet d’une classification : politique publique distributive, de
rattrapage, commutative, sociale, productive…, selon l’objet, les contenus et
selon la centralité de la politique publique ; exemple : les politiques
publiques de restructuration, les politique de mise à niveau… Il y a des
politiques publiques mères, centrales, et des politiques publiques sectorielles
ou sous-sectorielles.
Comment répertorier les politiques
publiques ? Sur la base de quel critère ?En effet, il existe
plusieurs critères pour classer et ordonner les politiques publiques.
Première distinction : Elle se
base sur un critère formel ou institutionnel. Elle part de qui produit la
politique publique en question : le Parlement ? le Gouvernement ?le
Juge ?On distingue à ce niveau de la politique publique parlementaire,
administrative, gouvernementale ou judiciaire. Il s’agit d’un premier regard
possible pour organiser différentes politiques publiques.
La deuxième possibilité consiste à
distinguer entre des politiques publiques nationales, régionales ou locales.
La typologie peut etre effectuée sur la
base du domaine : On peut également parler de politiques publiques
économiques, sociales, techniques etc.
Une quatrième possibilité permet de
distinguer entre des politiques publiques qui se basent sur des moyens
administratifs (production de textes, fonctionnement de l’administration…),
normatives, législatives et réglementaires, ou d’une politique publique
purement politique qui s’articule sur des actions sociales et politiques.
La cinquième distinction consiste en
des politiques publiques se basant sur la répartition des statuts, privilèges,
distribution des ressources matérielles et symboliques, ou d’une politique de
redistribution, c’est-à-dire, une révision de la distribution existante, par
exemple le système de retraite, les statuts spéciaux, les politiques fiscales,
les politiques salariales, les politiques complémentaires qui consiste à
ajouter quelques choses pour réajuster et rationaliser. La distribution et
l’affectation sont donc au centre de la plupart des politiques publiques. Ceci
dit, toutes les politiques publiques évoquées sont soit commutatives soit
distributives ou redistributives (qui corrigent ou réajustent les premières
distributions). Toutes les démarches vont dans ce sens, et cette distinction
traverse toutes les typologies que l’on peut penser.
Une autre classification permet de mettre
en relief les politiques publiques organisationnelles et réglementaires, énonce
les règles de comportement (exemple, à partir de la date x l’usage de voitures
de service ne sera plus permis…), édictent des comportements. On les oppose aux
politiquesconstitutives, institutionnalisantes (exemple : la politique constitutionnelle…)
Chapitre 7. L'évaluation des
politiques publiques
L'évaluation
des politiques publiques a toujours été au cœur des débats politiques et
démocratiques. La place centrale accordée aux résultats dans les programmes de
reforme récemmentengagées dans le secteur public, a entraine un regain
d'intérêt pour cette discipline qui connait aujourd'hui une importante
évolution.
Longtemps
confinée dans le strict cadre de la recherche académique, l'évaluation des
politiques publiques quitte progressivement ce cadre sous la pression du temps
décisionnel du politique, différent du temps de l'universitaire. L'évaluation
tend à devenir plus systématique et davantage tournée vers l'action. Les
experts et universitaires ont compris l'intérêt de l'interdisciplinarité et
s'engagent avec les consultants, les administratifs et les élus dans des
partenariats tournes vers l'amélioration de la qualité et de l'utilité de leurs
approches. Le phénomène de création et de développement des associations d'évaluation
dans différents pays et au niveau régional (cas de l'Europe), regroupant des
intervenants d'horizons divers (universitaires, auditeurs, contrôleurs de
gestion, évaluateurs institutionnels, administrateurs, etc..) est très
significatif à cet égard.
L'objet
de cette communication est d'essayer, à travers l'expose d'un certain nombre de
constats, d'identifier quelques tendances qui traversent actuellement le champ
de l'évaluation des politiques publiques.
Premier
constat: Position
ambigüe des acteurs politiques par rapport à l'évaluation des politiques
publiques
Dans la plupart des
pays, le recours à l'évaluation demeure relativement discret. La nécessite de
l'évaluation est reconnue mais les actes ne suivent pas toujours.
Eléments
d'explication:
ü
Les décideurs ne sont pas disposes à se sentir interpelles
par des experts « arrogants »qui ne sont pas « aux prises avec
les réalités ».
ü
Les évaluations prennent trop de temps, ce qui réduit l'utilité
de leurs résultats par rapport à l'action publique.
ü
Les décideurs craignent d'êtreembarrassés par
l'information que produisent les évaluations, ne voulant entendre que les
bonnes nouvelles et non pas ce qui va mal et dont les media et l'opinion
publique peuvent se servir pour les interpeller.
Cependant,
et à mesure que l'obligation de rendre compte s'enracine dans la culture
politique, les décideurs font de plus en plus appel à l'évaluation en tant
qu'outil leur permettant de mesurer, d'améliorer et de mettre en valeur leurs
performances.
Second
constat: Une forte
augmentation de la demande sociale pour l'évaluation des politiques publiques
Plusieurs
facteurs explicatifs à l'augmentation de la demande d'éval
uation:
ü
L'augmentation du niveau d'instruction des populations et
la diffusion d'informations permettant d'analyser, d'apprécier et de comparer
les performances des décideurs politiques à l'échelleplanétaire.
ü
Les doutes croissants exprimés par les citoyens à l'égard
des décideurs politiques devant l'opacité et la complexité des systèmes
multi-niveaux d'exercice du pouvoir politique.
ü
L'écart croissant, entre le produit et service qui sont
offerts au citoyen/client par une part croissante de ses fournisseurs de la
sphèreprivée et ce qu'il obtient de tout ce qui relève de la compétence de
l'état: l'individualisation du service, l'immédiateté, le juste prix qui
prévalentdans la sphère privée, sont devenus au cœur des attentes du
citoyen/usager.
ü
Le nouveau contexte des finances publiques, caractérisé
par le niveau de la fiscalité, le déficitbudgétaire et la datte publique, jugés
excessivementélevés, contraignant les pouvoirs publics à faire mieux avec une
quantité de ressources de moins en moins extensible.
ü
L'intervention des organismes internationaux (Banque
Mondiale, Fonds monétaire international, etc) ainsi que le développement de
regroupements régionaux, impliquant la nécessite de se conformer à des
« standards de performance » et la revue périodique des politiques et
des actions des pouvoirs publics nationaux.
ü
Troisième constat: De nouvelles pratiques d'évaluation,
empruntées au secteur prive, se développent et s'enracinent dans le secteur
public
L'évaluation est de plus en plus
considérée comme un outil de management et d'amélioration des performances. Des
pratiques d'évaluation qui ont fait leurs preuves dans le secteur privé, telles
que le contrôle de gestion et l'audit, sont introduites dans le secteur public.
L'évaluation classique est intégrée dans un système plus global de gestion de
la performance.
1)
Le contrôle de gestion
Le
contrôle de gestion est une discipline récente qui a pris naissance dans les
grandes entreprises américaines pour coordonner la décentralisation devenue
nécessaire au maintien de leur efficacité et de leur dynamisme.
Traduction
littérale de l'expression anglaise « management control », cette
expression recouvre un ensemble d'outils et de pratiques dont la finalité est
de focaliser l'attention des acteurs sur les résultats de leur activité. On
parle également de direction par objectifs (DPO), de gestion axée sur les
résultats ou contrôle par les résultats, ou encore de gestion de la
performance.
Le
contrôle de gestion peut êtresschématisé de la manière suivante:
Objectifs
PertinenceEfficacité
Moyens Résultats
Efficience
Schéma 1 : triangle de base
du contrôle de gestion
Comme
le suggère le schéma ci-dessus, la préoccupationpremière de tout dirigeant est
de parvenir à réaliserle meilleur résultat possible compte tenu du potentiel de
ressources dont il dispose et des buts fixés à son entité. Pour y parvenir, il
focalise son attention sur 3 types de relations:
ü
La relation moyens/objectifs qui s'inscrit dans la
démarcheprévisionnelle (programmation/budget)et qui invite à rechercher en
permanence les stratégies qui permettent une combinaison optimale des
ressources. Ce qui est recherché à ce niveau est la pertinence des décisions
prises quant à l'identification des voies et moyens permettant la réalisation
de l'objectif.
ü
La relation objectifs/résultats qui s'inscrit dans la
démarche de suivi consistant à maintenir le système à gérer, en permanence, sur
la trajectoire conduisant aux objectifs fixes, en organisant une vigilance
permanente pendant l'exécution des activités ( systèmes d'information,
indicateurs, tableaux de bord).
ü
La relation moyens/résultats qui permet en fin de parcours
de connaitre le cout du résultat réalisé, et qui, sur la base d’une comparaison
avec une norme, les résultats d’entités similaires ou simplement des données
historiques de la même entité permet d’apprécier l’efficience de celle-ci.
Le
contrôle de gestion considère l’évaluation comme une composante essentielle du
système de gestion et comme source d’amélioration permanente.
Ce
concept peut être schématisé de la manière suivante (roue de DEMING) :
![]() |
Schéma
2 : Processus d’amélioration continue ou d’apprentissage
Plan (Planifier) : établir les objectifs et les plans
d’action nécessaires à leur réalisation.
Do : mettre en œuvre les activités.
Check(vérifier) : surveiller et mesurer les activités et
rendre compte des résultats.
Act(agir) : entreprendre les actions de redressement
pour améliorer en permanence les performances (amélioration des activités, leur
extension ou leur remplacement).
L’introduction du contrôle de gestion
dans le secteur public constitue une innovation majeure des vingt dernières
années. Il favorise le recentrage de l’action des organisations publiques sur
les finalités et non plus seulement sur lesprocédures. Il introduit la
transparence, là ou l’opacité est décriée, et favorise l’apprentissage.
Le contrôle de gestion occupe une place
de plus en plus grande dans le système d’évaluation du secteur public. Son
introduction dans ce secteur a été à l’origine de grandes réformes des
procédures budgétaires qui se sont traduites notamment par un allégement des
contrôles formels, à priori une plus grande autonomie des gestionnaires des
deniers publics et une grande implication de ces derniers dans le processus
d’évaluation (auto-évaluation).
Le contrôle de gestion a également
donné plus d’effectivité au contrôle politique (exercé sur les managers du
secteur public par le gouvernement et sur le gouvernement par le parlement)
grâce à son caractère systématique et à la rigueur de ses méthodes, permettant
d’assurer la disponibilité des informations sur l’utilisation des deniers
publics (pertinence, efficience, efficacité).
2)
L’audit dans le secteur public
L’audit
peut être défini comme l’examen d’informations par une tierce personne, autre
que celle qui les prépare ou les utilise, avec l’intention d’établir leur
véracité et de faire un rapport sur le résultat de cet examen avec le désir
d’augmenter l’utilité de l’information pour l’utilisateur.
L’audit
met en jeu trois parties : celle qui produit l’information, celle qui
l’utilise et l’auditeur.




|
![]() |
|
|



L’audit qui s’est développé d’abord
dans le domaine financier et comptable (certification des comptes) a été progressivement
étendu aux autres fonctions du management des entreprises : la fonction
commerciale, le marketing, la production, les ressources humaines, le système
d’information, etc. On est passé progressivement de l’audit financier à l’audit
de gestion.
L’audit a également étendu son champ
d’intervention par rapport au critère de position dans le temps. Au départ,
l’audit portait sur des informations historiques. Il s’applique également,
aujourd’hui, aux informations actuelles et prévisionnelles.
Dans le secteur public, l’audit a suivi
le même mouvement. L’extension de son champ a brouillé les frontières entre
l’audit et l’évaluation, d’autant que les méthodes et critères utilisés sont
semblables. Cependant, la convergence de l’évaluation et de l’audit se heurte à
des obstacles ; « l’identité multiple de l’évaluation, sa
culture basée sur les sciences sociales et la résistance politique à ce que les
institutions d’audit fassent plus d’évaluation ».
Quatrième constat: Entre en scène d’un nouvel acteur de
l’évaluation des politiques publiques : le citoyenSous la pression de la
demande des citoyens et de la sociéte civile pour de nouvelles formes de
participation démocratique, les pouvoirs publics ont du mettre en place des
outils qui garantissent une plus grande transparence et une meilleure
information sur l’action publique et qui permettent de prendre en compte le
point de vue des citoyens pour réorienter cette action.
ü
Diffusion large (nouvelles technologies aidant) de toutes
les informations concernant les programmes gouvernementaux.
ü
Diffusion de rapports périodiques sur les réalisations
ü
Organisation de débats publics sur les politiques et
programmes gouvernementaux
ü
Sondages d’opinion
ü
Enquête de satisfaction concernant des prestations
assurées par le secteur public
ü
Charte des citoyens (ou charte du service public)..etc.
Le nouveau rôle que le
citoyen commence à jouer dans la gestion des affaires publiques est l’une des
manifestations les plus significatives de l’évolution culturelle qui opère au
sein du secteur public. Il s’agit du recentrage du secteur public sur ses
missions de base, après une longue période de dérive bureaucratique ou il
donnait l’impression d’avoir oublié sa raison d’être.
Chapitre 6. La
capitalisation
Ces
développements sur la capitalisation seront centrés sur les cinq axes
suivants :
-les
raisons de la capitalisation : pourquoi capitaliser
-l’objet
et la définition de la capitalisation : qu’est-ce que la
capitalisation ?
-les
moments de la capitalisation
-les
acteurs de la capitalisation
-la
méthodologie de la capitalisation
1.
Les raisons de la capitalisation
Apprendre
par l’expérience. Permettre aux acteurs de se professionnaliser. Permettre aux
structures de devenir plus efficaces.
Une
opération naturelle que nous entreprenons, en tant qu’individus ou
groupes, au quotidien, dans l’activité
professionnelle, parfois sans en prendre conscience. On tire les leçons des
pratiques passées afin d’être plus efficace, plus rapide, d’éviter les
conflits, de réduire l’indétermination, de diminuer l’aléatoire. Il s’agit de
mobiliser des savoir-faire déjà développés.
La
capitalisation est le passage des
expériences vers des connaissances partageables. Elle permet de faire un
inventaire des acquis de l’expérience du projet.
Tous
les domaines d’action peuvent être concernés (aptitudes dans un travail, un
poste, une fonction, une expérience professionnelle, une période de l’activité
professionnelle, un secteur d’activité, un programme, une action déterminée,
une compétence technique particulière ou générale).
Un
des leitmotiv de cette note sur la capitalisation est que celle-ci porte sur ce
que l’on a fait. Elle suit l’action. Elle ne la précède jamais.
A
ce stade de l’analyse, il peut être déjà distingué entre une capitalisation
individuelle (essayer d’améliorer sa pratique personnelle), collective
(améliorer les compétences collectives), institutionnelle (conservation de la
mémoire des savoir-faire).
Les
motivations institutionnelles à la capitalisation
sont nombreuses. En la pratiquant on cherche à :
-améliorer
l’activité, progresser, se perfectionner ;
-s’adapter
à l’évolution des activités, faire évoluer les pratiques, innover à partir de
l’acquis, à partir des savoir-faire existant
-lutter
contre l’évaporation des expériences : il est difficile de garder les
compétences, les expatriés ne sont par définition que de passage..
-préserver
la notoriété, faire diffuser son savoir faire avant qu’il soit piraté par
d’autres, protéger en quelque sorte le droit de propriété intellectuelle ;
-assurer
la promotion de l’institution dans un contexte de concurrence pour accéder aux
ressources des bailleurs de fonds. C’est alors un moyen de promotion de
l’institution en valorisant son savoir-faire. Il s’affirme au Nord as au Sud as
une tendance des assoc à devenir des bureaux d’études.
-participer
à la construction collective des savoirs, partager le savoir, prendre distance
avec la valeur marchande de l’information..
-Optimisation de la ressource humaine/ moyen
de révéler les compétences de membres d’une équipe et d’assurer un travail
transversal
2.
Objet et définition de la
capitalisation
Qu’est-ce
que capitaliser ?c’est acquérir de nouvelles connaissances à partir de ses
expériences et tirer des leçons à partir de ses expériences. On peut
capitaliser un grand nombre d’éléments : des compétences, des pratiques,
des savoir-faire, des expériences, des ressources..Tout est capitalisable.
Les
sens du terme capitalisation sont divers selon les contextes. Ils varient selon
les besoins des acteurs du développement.
Il
est une définition que l’on peut considérer comme historique : la
capitalisation est la transformation du savoir en connaissance partageable.
Elle se fonde sur capacité à identifier, formaliser, organiser les
savoir-faire, à les formuler afin qu’ils soient utilisables pour les autres.
Le
savoir-faire se trouve auprès des acteurs de l’action, mais ce savoir peut être
utile aux autres dans un contexte de concurrence et de recherche de meilleure
productivité.
Capitaliser,
c’est valoriser ce que l’on sait faire. Elle concerne les savoir-faire créés et
mobilisés. Elle consiste à lister les conditions dans lesquelles une action a
été menée avec succès et dire comment ces conditions ont été atteintes et
quelle est la manière qui a permis d’atteindre le but, sans juger de la qualité
du but ou du résultat ;
Capitaliser,
c’est théoriser les savoir-faire pour ne pas les perdre, ce qui signifie
codifier, unifier les acquis et les connaissances, les rendre utilisables pour
soi et pour les autres. C’est aussi, dans ce sens là, les modéliser ;
Capitaliser,
c’est par ailleurs transformer la connaissance tacite en connaissance
explicite, une plus-value de savoir-faire ;
Capitaliser,
c’est se donner les clefs d’une démarche prospective, immortaliser des actions.
Cela n’est surtout pas archiver.
La capitalisation permet de récupérer ce que
l’on sait faire et d’éviter de perdre son savoir. Le savoir capitalisé permet
d’aborder les activités à venir. On passe d’un savoir potentiel,
implicite, à un savoir réel, explicite.
Celui-ci sert à ses acteurs et aux autres. Il est diffusable.
Du
coup, on peut dire ce que la capitalisation n’est pas :
-ce
n’est pas une évaluation,
-ce
n’est pas l’établissement d’un historique,
-ce
n’est pas une modélisation de références en systèmes,
-ce
n’est pas une étude externe
-
ce n’est pas une recherche action
-ce
n’est pas un bilan de compétences
-elle
est différente de la systématisation, qui consiste aussi à expliquer ce qui
s’est passé sur la base d’une chronologie
Dans
la systématisation, l’explication fait intervenir des acteurs, des acteurs, des
connaissances externes en analysant le rôle des leaders comme dans la sociologie
des groupes. On analyse une réalité complexe en séparant des éléments qui
chacun est décortiqué à partir des références externes. L’angle de vue est
celui de l’observateur : exemple de l’analyse de la stratégie des acteurs,
leur organisation, l’interaction, le fonctionnement du groupe qui a accompli
les actions objet de la systématisation. L’action est un prétexte
d’apprentissage en réponse à une préoccupation intellectuelle.
La
systématisation des expériences semble être une pratique théorique propre à
l’Amérique Latine. Elle a connu une trajectoire politique depuis longtemps liée
aux expériences de Cuba, du Chili de l’Unité populaire, à la Révolution
sandiniste… Le retour actuel des gauches au pouvoir dans différents pays de ce
continent lui donne une nouvelle actualité.
A
travers un travail théorique, des pratiques sociales sont reconstruites
conceptuellement, l’éducation des adultes, l’éducation populaire, la théorie de
la dépendance, la recherche, l’action, la participation..
Au
cours des années 70 on s’est mis à produire des connaissances à partir de la
pratique. Il s’agit d’un rapport de la théorie à la pratique, la pratique est
définie comme source de connaissance. La recherche est pourvoyeuse de statut
scientifique à la pratique sociale.
Les
années 80 et 90 a permis une dissémination de la systématisation des
expériences : là travers les expériences de l’éducation des adultes,
l’éducation populaire, le travail social, la promotion de l’école pour le
développement…
Au
21iéme siècle, davantage d’organismes latino-américains pratiquent la
systématisation. Nombre d’initiatives nationales dans de nombreux pays de
l’Amérique latine l’intègrent. Certaines agences de coopération l’utilisent..
La
systématisation combine des dimensions objectives et subjectives, des actions
et des perceptions, des connaissances produites d’une réflexion critique sur la
pratique. La systématisation prétend expliciter ce qui a été pratiqué.
Points
de convergence des principales propositions de la systématisation :
-des
processus de réflexion individuelle ou collective
-autour
d’une pratique vivante
-un
concept en construction
-la
pratique même de systématiser
-le
dialogue avec d’autres producteurs de connaissances
-la
reconstruction et la réflexion analytique sur une expérience
Aujourd’hui,
la systématisation est pratiquée dans les institutions, les Etats, les
universités, les agences de coopération, les Nations-Unies, et ce dans
différentes régions du monde.
Les
risques que court la systématisation est sa conversion en une nouvelle mode. Sa
généralisation peut se traduire en une pratique qui ne donne pas lieu à la
production de nouvelles connaissances
-renforcement
des acteurs
-articulation
avec les incidences sur les politiques publiques
-organisations
apprenantes
-établir
des dialogues avec des réflexions théoriques et méthodologiques qui partage
intérêt pour apprendre de l’expérience de capitalisation, gestion de la
connaissance.
Une
systématisation est une modélisation de références en systémes transposables
dans d’autres contextes.
3.
Les moments de la capitalisation
Les
méthodologues distinguent deux moments possibles de capitalisation:
-la
capitalisation in vivo, qui se fait en cours d’action. Elle peut
profiter de l’exploitation de la mémoire encore vive et de l’accès aux
informations.
-La
capitalisation a posteriori elle-même dépend du temps qui sépare
l’action de la capitalisation. Si le délai est court, il est difficile
d’identifier les savoirs fondamentaux avec certitude, mais cela donne un accès
complet à l’information. Si le délai est long, les savoirs fondamentaux
apparaissent clairement, mais la mémoire vive s’altère, car la rétrospection
devient difficile et incertaine. Il faut s’assurer que la mémoire existe et
qu’elle est accessible.
4.
Les acteurs de la capitalisation
Qui
capitalise et pour qui ? La capitalisation ne trouve pas son âme véritable
dans la large communication et diffusion. Capitalisent principalement les
producteurs de savoirs faire. D’ailleurs, le savoir n’est repérable que par
celui qui a conduit l’action ou géré l’action.
Celui
qui sait, c’est celui qui fait. De plus, on capitalise pour soi et à partir de
son savoir pratique. Une capitalisation menée par un intervenant externe aux
acteurs directement concernés par l’action semble difficile même si il connaît
les détails intimes de l’action à capitaliser. Une capitalisation ne peut être
un descriptif détaillé.
Si
la capitalisation implique une démarche personnelle, cela ne signifie pas
qu’elle soit un acte solitaire. Une tierce partie peut prendre le rôle
d’incitateur, de propulseur de la démarche. Une interaction se produit entre
elle et les acteurs. La partie tierce facilite le dialogue. Elle accompagne les
personnes dans le travail d’introspection en créant une intimité, une culture
de confiance, une situation d’accouchement...
5.
Méthodologie de la capitalisation
Elle
ne relève pas d’une démarche méthodologique structurée comme on la trouve dans
les logiques de planification.
Elle
exige cependant un minimum de méthode à
adapter au contexte dans lequel elle s’exerce. Les principes d’action seront
choisis en fonction de deux principaux facteurs:
1.
Le moment de la capitalisation en tenant compte de l’accessibilité des
informations, corrélées à l’espace temps
2.
Les acteurs impliqués : s’agit-il d’une capitalisation interne
individuelle ou collective ? D’une capitalisation assistée ou interne où
un opérateur est chargé de repérer et d’extraire les savoirs utiles à
l’action ?
5.1.
Le cadre de référence
Créer
un cadre permettant de recueillir la matière en prenant pour point de départ
l’objet de capitalisation (action, secteur, période d’activité
professionnelle..).
La
première étape consiste à créer un cadre de référence à partir de l’objet de
capitalisation (une action déterminée, thématique, démarche). Il s’agit de
collecter l’information nécessaire à la capitalisation. La réflexion sur la
capitalisation passe d’abord par la mobilisation de la mémoire des acteurs.
Les
informations se trouvent aussi dans divers documents (rapports d’activités,
notes méthodologiques, rapports d’évaluation, études..). Cependant ces derniers
se rapportent davantage à la l’inventaire des actions plutôt que sur le
comment de leur réalisation. Ils constituent des compléments, des
éléments d’appoint
La
démarche chronologique est le cadre de référence le plus simple pour mobiliser
la mémoire, individuelle ou collective, plus les autres sources.
A
partir de cette succession de faits repérés dans le temps d’éléments pertinents
relatifs à l’action, il s’agira d’identifier les acteurs impliqués et les
résultats atteints.
On
reconstitue l’histoire de l’action :
-ce
que l’on a fait : il s’agit de décrire l’action
-dans
quel ordre l’action est-elle faite :organiser chronologiquement la
description
-avec
qui l’action a été faite : inventaire des acteurs personnes, groupes,
institutions qui ont contribué à l’action
La
référence descriptive chronologique permet de repérer les points d’inflexion
internes ou externes qui ont fait évoluer l’action de manière significative. A
quel moment l’action objet de capitalisation, a connu des sauts qualitatifs, a
avancé de manière significative ?
Si
la référence chronologique ne peut être établie directement, deux méthodes sont
possibles :
1)
Demander à chaque acteur de reconstituer individuellement
sa propre chronologie, puis créer une référence commune au groupe à partir des
travaux de chacun ;
2)
Initier dés le début le cheminement collectif par une
collecte des histoires de vie. Ces dernières ne se déroulent pas toujours au
même espace temps, mais elles s’appuient sur des éléments jugés importants par
les acteurs. Il s’agira de construire une lecture transversale des récits.
Les matériaux ainsi collectés sont classés en vue de constituer
un cadre de référence, on appelle cela « la vider classer »
5.2.Le
repérage des points d’inflexion
Le
repérage des points d’inflexion, c’est à dire les changements significatifs,
les faits internes(par exemple la distribution des tâches), ou
externes(éléments non maîtrisables par les acteurs de l’action), qui ont
influencé structurellement l’action, les sauts qualificatifs, les périodes où
l’action a avancé de manière exponentielle. Il s’agit d’identifier les moments
de facilitation qui ont fait évoluer l’action de manière significative.
Cette
approche permet de dépasser la vision de l’action sous forme d’un déroulement
linéaire des actions. Elle la montre avec des
arrêts et des activités, des arrêts et des bonds. Elle permet de dépasser et de cantonner les obstacles, des
sauts pertinents, les boosters d’action.
Ainsi
évite-t-on d’être noyé dans les informations. Il s’agit donc d’un processus
dynamique, qui ne se confond pas avec la notion d’archivage.
La
recherche des points d’inflexion permet de préparer le travail de
capitalisation.
5.3.
Identification et classement des savoir faire/extraction des savoir faire
La
troisième étape d’une capitalisation consiste à chercher à répondre à la question :
à partir des points d’inflexion dégagés, quelles sont les compétences créées,
celles qui me sont propres et qui doivent être conservées ?
Comprendre
comment on a construit ces éléments jugés indispensables à l’action, les
facteurs de réussite, de connaître comment les difficultés, les obstacles, ont
été contournés, dépassés, résolus. La question du comment ne se réduit pas à un
rappel des conditions préalables, ou la justification de l’action menée.
Ces
changements, ces boosters, sont la manifestation de compétences et de savoirs.
La reconstitution des méthodes d’actions va faciliter le repérage des
savoir-faire : quelles ont été les autres méthodes disponibles ?
Existait-il d’autres alternatives ? Pourquoi ne les ai-je pas choisies ?
Qu’est-ce que j’ai essayé et qui n’a pas abouti ?Qu’est ce quia motivé le
choix des actions ?
Au
quotidien ces questionnements sont fréquents. Comment a-t-on fait ?
L’enjeu est de repérer dans l’ensemble des acquis, les savoirs transposables,
fondamentaux et endogènes, différents de ceux déjà connus par d’autres acteurs,
ou d’autres structures, et qui recélent une plus-value.
D’abord,
ces savoir faire doivent être classés en savoir fairespécifiques
(utilisables uniquement dans certaines circonstances ou utilisable par la personne
qui les a mis en œuvre) et en savoir fairetransposables
(fondamentaux).
Ensuite
dans un second temps, les éléments empruntés et connus, c’est à
dire classiques et externes, rattachés à d’autres sources, d’autres acteurs, et
les savoirs endogènes créés par le projet, l’action. Ces derniers
révèlent la capacité des acteurs à créer de nouveaux savoir-faire.
Pour
faire cette classification, il faut connaître la pratique des autres. Tous les
savoir faire sont pertinents pour l’auteur. Mais dans la capitalisation seuls
les savoir faire transposables et endogènes pourront être mis en œuvre par
d’autres praticiens et pourront donc être partagés et diffusés.
5.4. La modélisation.
Elle
vise les objectifs suivants :
-rendre
le savoir réutilisable pour des actions ultérieures, en sachant que les
situations à venir ne seront jamais totalement identiques à celle ayant permis
d’alimenter la capitalisation.
-identifier
les alternatives, dégager de nouvelles perspectives, innover..
-rendre
les savoirs transposables, mettre les utilisateurs qui n’ont pas fait le même
cheminement et n’ont pas eu la même expérience que les acteurs dans un même
état d’esprit
-se
donner les moyens de la diffusion
A
ce niveau il importe de distinguer modélisation et théorisation..
Quelques
remarques conclusives
1° Il
existe plusieurs approches théoriques
-
Un modèle appartenant à la famille technocratique de
rationalité et de rendement, loin des désirs des acteurs et de leurs
aspirations subjectives. Ce modèle se base sur des choix et des critères
objectifs constants et suppose des études approfondies des options pour aboutir
à des meilleures solutions (approche Tayloriste).
-
Un modèle où le politique est lourdement présent, c’est un
contexte très politisé où les enjeux, les défis, les risques sont fort
dominants. Dans ce modèle, les tensions sont aigues, on peut même parler d’une
dramatisation des politiques publiques : « si on ne fait pas ça, la
situation sera catastrophique ». Ce modèle se rapproche du précèdent dans
le sens qu’il cherche la plus grande rationalité, mais se trouve relié à des
enjeux. Le décideur se trouve confronté à des situations d’intérêts, sinon
divergents du moins distincts. Mais on est dans une situation caractérisée par
une articulation et une interdépendance des actions les unes par rapport aux
autres. C’est le cas par exemple du « gentlemen’s agreement » ayant
réuni l’Etat, le patronat et les syndicats, dans une situation qui, au départ,
était très divergente, voire conflictuelle et où les intérêts s’opposaient
fortement, pour aboutir grâce à un esprit de rationalisme, à une situation de
synthèse, c’est-à-dire aux dialogues sociaux. Mais cette situation ne peut être
envisagée que dans un cadre imprégné par les principes démocratiques.
-
Un modèle d’interaction dans lequel le décideur glisse une
décision et attend les réactions. Il procède par la suite au réajustement de sa
décision à la lumière desdites réactions. Il s’agit d’une gestion des
interactions par l’introduction des redressements nécessaires. La politique
publique est menée donc dans un cadre d’interactions même lorsque les intérêts
restent divergents. Cette tâche est difficile, l’analyse devient
phénoménologique ; la politique publique est alors une trajectoire de
mesures jamais achevée.
-
Un modèle systémique (système d’in put/ out put), basé sur
le comportement (le behaviourisme). Ce modèle consiste en l’introduction des
mesures, les acteurs réagissent de différentes manières et on aura des sorties
qui permettent des rétroactions.
2°.Autres
remarques..
Annexe 1.
Les finances Publiques
situeraient a priori l’activité
politique dans ce que nombre
d’analystes délimitent comme relevant de l’ordre du
technique. Les définitions peuvent varier «moyen d’action des collectivités publiques, éléments de leurs patrimoine, l’un des instruments dont les
collectivités disposent pour exercer leur action, cadre de
régulation et de soumission du patrimoine
public à un régime juridique
spécial , etc. …. ».
Les représentations de caractéristique de ce domaine (fluidité,
sensibilité…) ainsi que des risques et
tentations pesant sur ses mouvements (dilapidation,
détournement…) peuvent être bien
diverses. Mais quelles que soient les philosophies , les approches , les
méthodes (économie positive/économie normative) dont peuvent se réclamer ces perceptions, toutes semblent
mettre en avant, et dès le départ les
exigences objectives et nécessaires de ce niveau de conception
et d’action des affaires de
l’Etat, le faisceau de lois et de tendances quasiment
incontournables qui l’enserrent,
l’ordre des mécanismes, des procédés,
des automatismes qui le couvrent, et qui, en définitive , réduisant
substantiellement la marge de manœuvre
des princes.
Les
lois , les mécanismes, les procédures qui les structurent
s’efforcent de mettre à la disposition de l’Etat une richesse en quantité suffisante (fiscalité), d’en
encadrer les mouvements (trésorerie),
d’en assurer un emploi conforme
à la souveraineté (budget).Elles font ressortir le caractère
fortement technique des
Finances Publiques. Tout dans les éléments permettant la définition de leur
domaine à travers les grandes
questions dont traite la
science financière ( les
opérations budgétaire en termes de prévisions, d’autorisation, de
réalisation de la dépense, de contrôle
d’exécution administrative et
comptable, les opérations de trésorerie, les problèmes de l’emprunt …), les
tendances, voire les lois que l’étude
permet de dégager ( les
enseignements que met en relief la
pratique ) atteste de ce caractère technique sur lequel
la prise du politique ne semble
pouvoir être , par définition , que limitée.
La question est précisément de savoir si, en dépit de la nature
essentiellement technique des Finances
Publiques, il y subsiste des
espaces pour un déploiement significatif
du politique. Les lois réglementant présentent – elles un degré de nécessité qui
l’emporterait sur toute volonté
politique, que celle-ci soit
exprimée en termes de démarche
stratégique ou d’évolutions
tactiques.
On reconnait ici la littérature
courante sur les Finances Publiques, en particulier depuis la mise en place des
politiques d’ajustement structurel, du
déploiement des discours à propos des contraintes objectives sur lesquelles les
volontés politiques n’auraient désormais qu’une faible influence, une problématique
ancienne dumentdéterminée dans les termes les plus classiques, dans la lignée
de la distinction bien connue entre le travail du savant et celui du politique.
S’interroger sur le poids considérable
que les exigences techniques exercent
sur la vie Publiques revient à poser la question de la nature et de la
portée des contraintes au regard de la décision gouvernementales, à évaluer
l’importance de la gestion politique, de
la signification politique de l’introduction
de la rationalité technique dans
la vie sociale.
Les techniciens (juristes, économistes,
financiers et autres…), travaillant dans le champ des Finances Publiques seraient des spécialistes à même de définir
le calcul des moyens, des déterminations
des fins leurs échapperait et relèverait des chefs politiques. De ce
point de vue, il serait difficile d’inférer, à partir des valeurs et des fins
pratiques.
D’un point de vue différent, le fait
que de nouvelles techniques soient à la
dispositions des pratiques politiques a souvent été considérer comme susceptible de rationaliser
les choix. Les contraintes objectives l’emporteraient alors sur le pouvoir de décision
des chefs. La politique deviendrait une activité de décision fictive. Rien
cependant n’a empêché plusieurs analystes de décrypter cette vision technocratique
comme dissimulant le fait que seraient présentés comme appartenant à la logique
de choses des choix qui ne relevaient en
définitive que de la décision politique
.
La théorie politique à bien tenté de
dépasser les termes de ce débat sur les
rapports entre le technique et le
politique en considérant qu’ils ne sont pas forcément contradictoires et que
leur complémentarités est possibles. Dans cette perspective, le rôle des
techniciens se limiterait à l’évaluation des moyens, tandis que, dans le contexte
d’une société démocratique, les fins feraient l’objet d’une large discussion
civique afin de déterminer les décisions des responsables politiques. Alors,
les techniciens se trouveraient en situation
de « conseillers des
instances de décision » et
inversement les politiques en situation de « passe commande »
aux techniciens « en fonctions des
besoins de la pratique ».
Les Finances Publiques, sciences de
gestion et de régulation, par définition, domaine du technique, reposent la
question du rapport entre le technique et le politique à travers des termes
bien connus. Mais si le débat est loin d’être particulier à ce domaine, on le
retrouve ailleurs : peut-être cependant est-il des enseignements
spécifiques à tirer de cet espace propre aux deniers publics.
Au cours des dernières décennies, la question des Finances Publiques
a posé la question de savoir s’il est encore possible aujourd’hui de formuler
un projet politique au sens classique de l’expression (une vision de l’Etat, du
pouvoir, de la politique, du droit, de la société….). Elle fut au cœur des vies
nationales et d’une partie essentielle de la vie politique
internationale : sans doute
développe –t-elle sur un autre registre une des versions les plus courantes du thème de la « fin des idéologies »
Il faut d’abord prendre conscience des
éléments et des conditions de cette marche inéluctable de la technique dans les
différents espaces des Finances publiques et du rétrécissement
en son sein du champ du politique (I).
Une fois esquissées la dimension
technique des Finances Publiques, il reste à explorer ce qui marques ses
limites et le caractéristique irréductible de certains espaces politique(II).
I.
Le caractère technique des Finances Publiques prend-il
aujourd’hui du relief en raison de la différence entre la situation complexe
actuelle du système financier et la
simplicité qui le marquait au
départ ? Est-il davantage mis en évidence par l’interconnexion plus forte
aujourd’hui avec les différents sous-systèmes économiques et sociaux et son autonomie
relative par le passé ? Les études concernant les premières étapes du
développement des Finances Publiques de l’Etat attestent de la simplicité de la situation initiale,
tant au niveau de la nature du dispositif, du système financier public, de son
fonctionnement, de son impact.
Bien plus tard, au XIXème
siècle, le système public a semblé entretenir des rapports limités avec
l’environnement économique et social. La prédominance du libéralisme et la
faible complexité de la société pouvaient alors expliquer cet état de fait.
Reposant sur des
principes simples visant à l’adapter à son milieu (principe d’équilibre, et
d’annualité), à protéger sa spécificité (principe d’unité, d’universalité,
règle de non- affectation des recettes),
le système financier public semblait fonctionner sur une base logique, essayant de faire correspondre les moyens à
sa portée avec les fins qui lui étaient assignées.
Celles-ci dument définies
(la perception des recettes, le règlement des dépenses autorisées) étaient poursuivies dans le cadre
d’un dispositif de normes qui, bien qu’impératives, restaient peu nombreuses.
Un certain souci de neutralité financière tentait alors de protéger les Finances Publiques des
influences du monde socio-économique.
Un changement de situation
devait s’effectuer, marquant l’évolution du système financier d’une situation
de simplicité vers une situation de complexification.
Le champ s’est élargi
faisant englober par le système financier public un ensemble d’éléments plus
nombreux et en relation dynamique entre eux, avec le système économique et
l’appareil socio-politique dans lequel il s’intégrait. Ces éléments paraissent
pour l’essentiel relatifs au fait financier public dans son ensemble, aux
opérations de dépenses et de recettes intéressant des collectivités non
strictement finalisées dont le rôle est d’organiser la vie d’un groupe social.
Limiter l’analyse aux finances des organismes exerçant leurs
activités dans le cadre de
l’économie publique non marchande,
excluant notamment les services publics industriels et commerciaux, les
entreprises publiques et les services
dotés de budgets annexes ayant une activité marchande (tels les PTT…) ne
semble pas à même d’inciter à
relativiser l’impact et la portée de ce
processus global de technicisation rampante.
L’élément important à relever est
l’état de diversification qui parait marquer a priori le système financier
public. La diversification parait d’autant plus significative qu’elle semble en
interrelation constante avec un environnement socio-économique auquel il doit
sans cesse tenter de s’adapter, conférant du coup à sa gestion une complexité
croissante. Cette complexification par
l’extension, la diversification, l’interaction avec d’autres sous systèmes
sociaux semble générer un processus inéluctable de technicisation de plus en
plus marquée. la technicité structurelle du domaine des Finances Publiques
reflète le caractère irréversible de ces processus.
Cette même technicité détermine
l’ensemble des opérations financières qui se donnent, de ce point de vue comme
un ensemble de procédés permettant d’aboutir à des résultats financiers.
La fiscalité apparait, comme un
ensemble de procédés permettant de recenser la matière imposable, de calculer
le montant de l’impôt, d’en assurer le recouvrement. Les opérations budgétaires
quant à elles peuvent se définir comme un ensemble de mécanisme permettant aux
autorités politiques de s’assurer que
les recettes et les dépenses sont réalisées conformément à la volonté. La comptabilité elle-même
apparait comme un ensemble de procédés permettant une description chiffré des
opérations de gestion financières pour en assurer le contrôle.
Le caractère de technicité des Finances
Publiques renvoie également au caractère scientifique de leur domaine au sens
d’obéissance des phénomènes financiers à des lois objectives.
Une tentative d’épistémologique
élémentaire de la science financières et des discours scientifique développés sur les Finances
Publiques fait apparaître combien nombre de phénomène en relevant sont
présentés sous formes de « lois »,
tant en ce qui concerne la lecture des tendances qui déterminent leur espace,
ou des enseignements d’un savoir faire pratique en la matière.
La technicité structurelle trouve par
ailleurs ses fondements dans la nature de l’espace que délimite la pratique de
la gestion financière : la multiplicité considérable des opérations à
entreprendre, le caractère systématique des règles de la comptabilité,
l’importance que l’automatisation ne cesse de prendre dans la gestion
financière publique, la grande place qu’y occupent les mécanismes automatiques,
la facilité de recourir à la quantification, le souci d’efficacité qui imprègne
l’ensemble de ses centres de préoccupation.
Sur un plan de stratégie des choix
financiers des gouvernants, que la volonté politique puisse s’exprimer de
manière relativement plus libre ; ne saurait en aucune manière faire
oublier la rigidité des faits. Il montre aussi que ces choix restent pour
l’essentiel l’expression de difficiles compromis entre des exigences
conjoncturelles ou long terme contradictoires…..
L’effacement progressif de
l’intervention des parlements dans l’établissement de la politique
financière au profit des ministères de Finances et de leurs bureaux constitue
l’un des indices les plus significatives de cette fin du politique dans le
domaine de la gestion financière.
Cette technicité structurelle et ce
processus de technicisation qui n’a cessé de marquer les Finances Publiques a
pu trouver parmi ses expressions les plus frappantes « le modèle du marché politique »
afin d’obtenir les structures fiscales
optimales, les assiettes, les tranches, les catégories d’activités imposables,
le taux d’impôts, les exemptions….doivent être fixées par un gouvernement
soumis à la contrainte de réélection et à l’élection de l’équilibre budgétaire.
Les réactions des citoyens contribuables – électeurs-usagers sont prises en
charge. Le modèle du marché politique repose sur quelque hypothèses (la
détermination du comportement des individus par l’intérêt individuel, la
traduction par le système politique des choix individuels en choix publics, le
degré de savoir dont font preuve les individus pour ordonner leur choix dans
les différents domaines d’activités privées ou publiques, la stabilité du système
politique….). Ces comportements sont marqués de l’élaboration de théories sur
le comportement du contribuable (la théorie des contribuables rationnels, la
théorie des impôts comme quasi-prix ….). Les calculs du
contribuable ont été formalisés de diverses manières.
Décider dans les Finances Publiques
consiste encore à choisir des valeurs
divergentes, tranché entre des avantages et des inconvénients objectivement
évalués. Il semble exister un aspect axiologique de la décision financière
véritable, non programmée, qui souvent l’emporte sur son aspect quantitatif ou
qualitatif mesurable. Cela peut expliquer d’ailleurs la faiblesse de
l’encadrement juridique des situations financières. Le fameux droit de
l’aléatoire retrouve ici tout son empire. Il est entendu que lorsque
l’administration ne se contente pas d’appliquer la règle et que cela requiert
son assentiment, son engagement à participer effectivement à la réalisation de
certains objectifs, la nature du droit s’en trouve nécessairement affecté et
une grande place est faite aux actes collectifs ou individuels négocies.
Les choix financiers obligent à
l’appréciation politique, d’autant plus que la science financière, à l’instar
des autres sciences sociales, n’échappe pas à la divergence doctrinale, aux
débats, à la différence d’analyse, et cela alors même qu’elle semble progresser
et gagner en scientificité.
Il est évident que les principes
budgétaires ne sont pas innocents dans l’ordre politique et que les finalités
partisanes se mêlent indissolublement aux motivations techniques. Les
techniques financières s’expriment en termes de conflictualité politique.
Les Finances Publiques contemporaines,
dans les sociétés industrielles d’aujourd’hui, développées ou non, ne peuvent
isoler les politiques financières des politiques économiques et sociales.
Ainsi concernant la politique fiscale,
est-il possible de considérer qu’un nombre considérable de problèmes peuvent
être résolus dans une logique toute technique par l’impôt ? L’action
fiscale conduit-elle toujours aux résultats escomptés, y compris à ceux de
nature économique ? Son efficacité
peut-elle être assurée sur le plan social quand on sait que les
résultats ne semblent pouvoir développer leurs effets au mieux qu’a moyen
terme ? Est-il nécessaire de rappeler de quelle manière les Finances
publiques sont structurées par la politique ? Les développements
classiques dans les études sur les Finances Publiques sur les causes et les
conséquences de l’extension des opérations sur les derniers publics sont éloquents.
Plus éloquents encore sont ces périodes entières dont la signification
politique ne peut être déchiffrée qu’au travers des politiques financières qui
les ont marquées…De nombreux exemples peuvent être invoqués pour établir la
relation entre des événements financiers (hausse des prix, politique fiscale,
mesures de politique économique ou sociale ….).
Aujourd’hui, la prise en considération
des grandes tendances des Finances Publiques, des équilibres fondamentaux a
déterminé le budget de l’Etat, des contraintes objectives structurant les
opérations sur les derniers publics, les opérations budgétaires, les opérations
de trésoreries, les effets directs et indirects
de la mondialisation, seule une marge étroite subsisterait pour les
projets des différents acteurs politiques, quelle que soient leur originalité,
ténacité ou crédibilité. Cette marge dont, l’évaluation quantitative peut
varier, réduirait les changements à un simple changement de personnel, sans
grande portée du point de vue de sa teneur.
La marge peut drainer des richesses
relativement importantes en elles-mêmes, au passé et aux ressources financières
d’aujourd’hui. Il n’est pas exclu que la marge puisse s’amplifier, gagner en
importance. Elle ne peut se développer si elle s’inscrit de manière cumulative
dans la longue durée.
Toujours est-il qu’elle nous intéresse
en ce qu’elle désigne les limites du pouvoir des technocrates. La petite marge
soumise à l’influence du politique, parce que portant sur le sens d’une
politique, revêt une importance cruciale qui saurait seulement relever de
l’ordre du symbolique : elle est à même de conférer une personnalité
particulière, une couleur, une signification à une démarche de politique
financière, si technique celle-ci puisse être.
C’est le lieu de rappeler l’extrême sensibilité
des systèmes financiers publics à des décisions qui d’un certains point de
vue apparaissent anodines, mais qui se
révèlent d’un impact politique considérable. Ainsi par exemple « un allégement de TVA peut augmenter
la demande dans une proportion plus importante que l’avantage qu’il procure
réellement aux consommateurs. Cependant il semble que ce type d’effet
euphorisant s’estompe vite, alors que l’effet traumatisant d’un =accroissement
d’impôts tend à durer et à devenir cumulatif… Le principal enseignement qui
en découle est que la gestion financière purement technique ne peut venir à
bout des éléments d’ordre socio-économique déterminant le fonctionnement du
système financier public.
[1]Les
politiques publiques sont des questions techniques et donc peuvent être
appréhendées scientifiquement.
[2] Pour
approfondissement de ce point, voir article de M. Abdallah SAAF, « La
part du technique et du politique dans les finances publiques actuelles ».


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