M. Abdellah SAAF
Sommaire
Chapitre I : Naissance
et développement de l’analyse des politiques publiques
Chapitre 2. Définitions des
politiques publiques.
Chapitre 3. Réflexions sur le
technique et le politique
Chapitre 4. Sur les
caractéristiques des politiques publiques
Chapitre 5. De la typologie
des politiques publiques
Chapitre 6. L'évaluation des politiques publiques
Chapitre 7. La capitalisation
dans les politiques publiques
Annexe
Chapitre I : Naissance
et développement de l’analyse des politiques publiques
1. Délimitation introductive du domaine
Le domaine des politiques
publiques est celui de l’action des autorités
dans une société donnée. Leur
analyse se centre sur les conditions dans lesquelles les gouvernants produisent
des représentations, des pratiques, des approches dans le but de traiter les
diverses affaires publiques. Lorsque l’analyse des politiques publiques émerge
dans une société, cela témoigne d’une certaine maturation de l’Etat concerné.
On tentera ici une première
définition de « l’analyse des politiques publiques ». Il s’agit de cerner
la position, le contenu, les dimensions
théoriques et les aspects
pratiques de cette préoccupation devenue dotée d’un statut macadémique de
manière relativement récente, une branche de la science politique, une
spécialité en son sein. Malgré la consistance imposante des études réalisées
sous l’expression « Analyse des politiques publiques », le terme
« préoccupation » peut paraitre encore mieux convenir que ceux de « discipline » ou de
« spécialité ».
L’analyse des politiques
publiques peut être définie comme l’étude de l’action publique au sein de la
société, du comportement des gouvernants dans l’action de gouverner, des
conditions dans lesquelles s’exercent les activités des autorités publiques,
des réponses et des pratiques qu’appellent la résolution des problèmes politiques de nature diverse.
L’analyse des politiques publiques peut être également présentée comme
l’ensemble des représentations et des conditions de production et de
reproduction de l’action publique dans des domaines particuliers.
La délimitation de l’analyse
des politiques publiques varie, du fait qu’elle touche tout ce qu’est conçu en
relation avec l’Etat, par rapport à l’Etat, pour l’Etat, les catégories
d’actions censées satisfaire les affaires communes. La gestion des intérêts
communs est au centre de l’analyse des politiques publiques.
Quel que soit le contenu
donné à la politique, la définir revient à la relier à l’Etat, aux institutions
étatiques, leurs différentes agences, les prolongements de l’Etat (les
instances de gouvernance, de régulation, de délégation). Plus précisément, il
s’agit de relation avec le pouvoir qui doit être compris dans le sens de
l’exercice d’une certaine influence liée à l’utilisation de la force matérielle
(revoir les fameuses définitions de Max Weber).
Mais il est une acception
plus large reliant le politique à la notion de pouvoir depuis son acception la
plus large désignant par exemple les rapports de commandement qui se
développent au sein de différentes structures sociales (société, organisation,
association, couple, famille, etc.) jusqu’aux relations de commandement qui
relient les acteurs proprement politique dans le champs politique.
Dans le politique, il n y’a
pas uniquement la chose publique. Ce domaine couvre à la fois la gestion de ce
qui est politique et ce qui ne l’est pas. Et le politique répond à tous les
besoins de la société, ne remplit pas tous les espaces de la cité.
Ainsi, deux postulats opposés
animent les débats :
Ø Tout
serait politique,
Ø Tout
ne serait pas politique.
Aristote disait qu’il y a
deux façons de faire la politique : en la méditant, en la pensant, en la
réfléchissant, et/ou en agissant
On ne pourrait parler de
politiques publiques que dans le premier cas. Il s’agit ici, de poser un
ensemble de questions déterminantes du genre : pourquoi il existe des
politiques publiques ? Comment fait-on une politique publique ?
Comment la pratique-t-on ? Qui décide ou qui gouverne effectivement (FMI,
Groupes de pression…) ? Quel est la portée, le sens, l’intérêt d’une
politique publique déterminée ?
2. Problématique de l’analyse des politiques
publiques
Jusqu’au
XXème siècle, la science politique s’intéressait aux questions de
l’Etat, de la souveraineté, de la légitimité… aux gouvernants et gouvernés,
mais l’accent est sur le contenu du gouvernement, ou de la gouvernementalité, sur la
manière dont les gouvernants conçoivent, structurent, mettent en œuvre,
évaluent, peuvent rectifier le cas échéant leurs actions de gouvernement dans
un domaine particulier.
Historiquement,
de grands auteurs de la pensée politique, comme Platon, Aristote, Machiavel, J.
Locke, T. Hobbes, A. Tocqueville, et bien d’autres auteurs ont développé des
idées sur des aspects qui peuvent s’apparenter à des regards savants sur les
politiques publiques. L’analyse des politiques publiques a donc toujours existé
d’une certaine manière. Ce souci de rentabilité et de rationalisation du
travail de gouvernement semble exister depuis toujours dans la pensée
politique.
La
gestion des affaires communes, dans le sens où on l’entend aujourd’hui, était
cependant absente de la science
politique dans sa dimension « action » Elle omettait de soulever la
question de savoir comment « des acteurs » agissaient,
gouvernaient, géraient. L’avènement de l’analyse des politiques
publiques est récent, il est l’aboutissement de l’intérêt affiché face aux
actions du gouvernement en suscitant leur étude et leur analyse.
Mais
on peut citer deux raisons qui ont été derrière le développement des analyses
des politiques publiques :
Ø L’étude
des politiques publiques cherche à donner aux acteurs les meilleurs moyens
d’améliorer leur travail et leur façon de faire ; la recherche d’un
meilleur rendement n’a fait que s’affirmer.
Ø L’objectif
de développement a fait que les gens voulaient s’éloigner des questions
théoriques et s’intéresser aux modes opératoires et à la façon de faire.
En conséquence
plusieurs facteurs expliquent cette mutation :
Premièrement,
le souci d’améliorer la gestion de la chose publique, en donnant aux
gouvernants les moyens de les gérer, dont une meilleure connaissance.
Deuxièmement, le souci pragmatique de l’action concréte dans le développement.
Il
s’agit là d’un changement majeur dans la science politique des dernières
décennies.
Cette
préoccupation permet aux politologues d’analyser les instruments du
gouvernement, de produire une plus grande information pour la politologie,
d’une autre nature que celle classique sur l’Etat abstrait, métaphysique, les
questions de souveraineté...
La
littérature social-scientifique d’origine anglo-saxonne est plutôt en avance
par rapport à la littérature francophone dans ce domaine. S’éloigner des
questions théoriques, suivre le pragmatisme et la recherche de rationalisation
de l’action étaient derrière le développement des études d’analyse des
politiques publiques. Il y a des différences entre les pays. Dans certains
pays, comme le Maroc, cette préoccupation a été pendant longtemps absente.
L’approche juridique et institutionnelle a pendant longtemps dominé le champ
des sciences sociales et fait obstacle au développement de cette discipline.
L’analyse
des politiques publiques a eu des répercussions sur le politique d’une manière
générale, et a permis de dégager plusieurs informations concernant le social,
l’économique (les ressources et leur utilisation par les acteurs et les
populations).
Ces
termes là suscitent des objections épistémologiques et méthodologiques que l’on
peut résumer ainsi :
1.D’un
autre côté, pour qu’il y ait épanouissement de cette discipline, il semple que
le champ politique et la vie politique doivent être ouverts et libéralisés. Le
développement des politiques publiques
parait lié aux périodes de démocratisation.
Le
secret fait partie des outils de maitrise du pouvoir. La décision recèle
quelque chose de secret, le prince a le dernier mot dans toute décision et ce
problème est universel. La décision peut être prise sous influence politique,
économique, morale, religieuse… il est difficile d’imaginer une décision sous
une influence purement politique. Dans ces conditions, la décision ne peut
intéresser les chercheurs. Il y a toujours dans le processus de prise de
décision quelque chose de confidentiel, de mystérieux.
La
question est rendue encore plus complexe par la nature du politique : les
objectifs initiaux peuvent être changés, ils sont soumis à une transformation
continue. Même dans les pays démocratiques, le processus décisionnel n’échappe
pas à la discrétion : la démocratie ne suffit pas pour rendre la prise de
décision plus transparente.
Pourtant,
dans de nombreux pays (les Etats Unis, la France..), ceci n’a pas empêché le
développement de l’analyse des politiques publiques. Il n’y a pas eu besoin de
connaitre le milieu du décideur. La décision une fois produite peut être
analysée.
La culture dominante autour de l’action
publique est restée généralement fermée. La décision du prince individuel ou
collectif est restée traditionnellement un lieu de souveraineté, dépendant de
lui seul. Ce qui rend son espace et son contenu d’accès difficile. Les
chercheurs répugnent même à s’y immiscer. Ce n’est pas un hasard s’il s’agit là
de domaines peu approchés par les chercheurs.
2.
La source de la décision publique a des effets importants sur la vie
politique. Celle-ci est variable selon les constitutions, mais la décision
n’est jamais concentrée dans une seule instance, il faut chaque fois chercher
qui a décidé.
Il
faut aussi identifier la logique de la décision (décision de souveraineté,
décision administrative, « petite » décision…), les décisions
publiques sont des processus complexes (décision-marchandage,
décision-compromis, décision-sanction, décision stratégique, décision
tactique…).
Les
décisions sont souvent le produit de plusieurs négociations entre divers
acteurssur un objet. On parle à ce niveau du problème de la synthèse pour
aboutir à un compromis. Ce qu’on appelle
dans certains secteurs « les chartes », par exemple, sont moins
homogènes qu’on ne le dit, elles sont le résultat de marchandage et non pas un
produit d’un seul pôle.
3.Tout ce qui est en rapport avec
l’autorité est évité, contourné, années de plomb ou pas.
Le contenu de la décision est-il
déterminable? Qu’est-ce qui est décidé
dans une affaire donnée sur une question particulière ? Ce que dit
le décideur est-il ce qu’il a vraiment décidé ? Ce qu’il fait est-il
vraiment ce qu’il a décidé ?
A. Qu’est-ce que la décision ?
Elle est par excellence l’action de l’Etat ou du pouvoir. Au Maroc comme
ailleurs, le domaine de la décision politique est peu exploré, ce n’est pas le souci majeur des chercheurs. Le lieu
où s’élabore la décision reste un
mystère. Elle constitue un processus complexe. Elle représente un condensé
d’éléments difficile à cerner...En plus la pluralité des acteurs rend difficile
la connaissance, voire la saisie de la logique d’une décision. La décision est
quelque chose qui échappe toujours à l’observateur extérieur, domaine propre au
souverain, espace qu’il préserve jalousement.
B. Qui décide réellement?
Sont-ils un ou plusieurs à décider? Faut-il distinguer entre des décideurs
apparents visibles et des décideurs réels qui restent dans l’ombre?
Cependant, même les structures où l’on
croit déceler du monopole, de la centralité, du pouvoir concentré, sont
parcourues de flux pluriels, de l’influence de plusieurs acteurs. Même un
dictateur ne peut décider seul, même s’il y a l’illusion qu’il décide seul.
Même dans les structures de monopole, il y a quand même du polycentrique. Il
est difficile de cerner la décision en raison de cette pluralité, vue la
multiplicité des acteurs qui sont de plus généralement antagonistes. Le plus souvent, se livrent à une lutte pour
s’emparer des pouvoirs même dans les sociétés autoritaires. Autrement dit, que
le pouvoir autoritaire ait la maitrise sur tout et sur tous est un mythe. De
plus, on décide dans le feu de l’action,
en mouvement, un problème de régulation
se pose, des immixtions, des ingérences, des rapports de force ont cours à tous
les échelons de la production de la décision. Dans les situations ordinaires,
seule la grande direction, orientation importe. L’objectif déclaré par l’auteur
au moment de la décision politique peut changer dans le temps.
4.La
question de la justification est centrale dans l’analyse des politiques
publiques. Quand on prospecte la question de la justification d’une
politique publique, dans quelle mesure dans un contexte comme celui prévalant au
Maroc, où l’ouverture à la culture politique moderne reste relativement
récente, un acteur politique accepte-t-il de se justifier, de fonder en
quelque sorte sa politique ? Quelle différence établit-il dans les
représentations et l’action entre justification et couverture
idéologique? La question de la couverture idéologique, de la
justification… Autrement dit, ce que dit
le décideur est-il en rapport avec ce qu’il fait ? La décision n’est pas
une promenade tranquille, l’action n’est pas aussi aisée, on oscille entre la
sincérité de l’acteur et la démarche politique, c’est-à-dire que ce n’est pas
dans le discours justificatif qu’on va trouver la vérité de la politique
publique. Force est de constater que prévaut encore la prédominance de la
politique politicienne
La
question qui se pose à ce niveau est de savoir quel est le véritable rapport
entre la justification et la décision. Dans n’importe quelle décision, il y a
toujours un minimum de machiavélisme, un mensonge, une diversion, de
l’intrigue, un coup porté à des adversaires, cela est organiquement lié à
l’action politique ; il n y a pas d’acteur politiques naïf qui fasse
exactement ce qu’il déclare : il s’agit du problème de la correspondance
entre le dire et le faire.
L’autre
problème, quant à lui, concerne le politologue lui-même qui se trouve face à
des problèmes déclarés mais qui cachent en fait d’autres problèmes, des
réalités inavouées qui risquent de se dérober à l’analyse s’il n y est pas
attentif. Le politique s’intéresse au discours officiel apparent, mais doit
chercher aussi la démarche cachée. Il s’agit de la question de l’adéquation, de
la correspondance entre discours et action. Dans notre analyse des politiques
publiques, on doit prendre en considérations le discours, l’action, et l’observation,
car souvent les politiques publiques ne sont que des actes de communication. La
question qui se pose dans ce contexte, est-ce qu’on doit croire le discours
politique ?
5.La
culture de l’évaluation peut-elle voir le jour dans un contexte comme celui prévalant
au Maroc où à tout moment elle peut se confondre avec les bilans d’auto satisfaction ou
les critiques oppositionnelles? Et tout d’abord qu’est ce qu’évaluer ? Une
simple comparaison entre les objectifs annoncés au départ et les résultats
réalisés, ou une prospection sur le sens des démarches menées. Celui qui fait
la politique, peut faire des éclairages, produire des informations. Mais dans
quelle mesure il peut s’auto-évaluer, se diagnostiquer ? Ou se
réformer ? Exemple : Est-il possible d’ établir un bilan des
politiques publiques du système politique marocain depuis l’indépendance ?
Sur
cette question de l’évaluation, on ne doit pas omettre le caractère
indissociable de l’analyse des politiques publiques, de la compétition et de la
confrontation des intérêts, dans un cadre démocratique. Le terrain naturel des
politiques publiques est la société concurrentielle où il y a de la
compétition.
En
ce sens le concept des politiques publiques reste lié au contexte démocratique
qui se déroule sur un sens de pluralisme des propositions politiques. Autrement
dit, dans la culture de l’analyse des politiques publiques aujourd’hui, la
prise en compte de la variable pluralisme et du facteur alternance est
essentielle. L’analyse des politiques publiques n’étant pas une question de
techniciens, ni un exercice de science politique pure, elle comporte des enjeux
du pouvoir, en tant que prise en charge du pouvoir, en prenant en compte le
côté technique.
La
philosophie de l’ensemble du système démocratique favorise la pratique
l’évaluation, au point que l’on peut considérer les élections de fin de mandat
comme l’occasion d’une analyse collective, d’une vaste évaluation tous azimuts,
des politiques publiques en cours.
L’évaluation
consiste à savoir dans quelle mesure ce qui a été fait (réalisation) correspond
aux objectifs escomptés du départ. Il faut voir donc dans quelle mesure les
réalisations sont proches des objectifs, et chercher également les aspects
qualitatifs Dans certains domaines, l’évaluation reste difficile à
réaliser : la généralisation de l’enseignement par exemple ne peut se
faire d’un seul coup, c’est pour cela qu’on se fixe des paliers de
réalisation : 90%, 92%, 95%, etc…Une fois l’objectif fixé, il faut se
pencher sur la question de la qualité..
Un
autre aspect concerne l’acteur lui-même : était-il cohérent, réaliste,
rationnel et logique avec lui-même dans son comportement ?
L’évaluation
relève de l’ordre de la pratique de la science politique (évaluation
politologique. Il existe une autre évaluation dite profane, politisée. Elle est
partisane et exprime une attitude. Comment distinguer entre les deux ?
2. Histoire du développement
des Policy sciences
Le
développement des études de l’analyse des politiques publiques est
variable : aux Etats Unis, la production d’une littérature savante sur les
politiques publiques est une constante. En France, il existe désormais de
nombreux ouvrages…Dans cette dernière tradition pendant longtemps a prédominé
une approche marquée par l’hégémonie du juridisme, du constitutionalisme, de
l’institutionnalisme. Au Maroc, la préoccupation « analyse des politiques
publiques » est apparue bien plus tardivement et plus timidement en raison
de la prédominance de cette culture trop juriste, trop constitutionnaliste,
trop institutionnaliste,...
La « Policy analysis » n’a pas été
au début un genre nouveau des sciences sociales, mais dès le départ elle est
apparue comme une orientation de recherche originale. Elle a constitué une
forme d’engagement militant liée à une vision normative de la place à donner
aux sciences sociales dans la conduite des sociétés modernes. Après plusieurs
décades d’accumulation, elle s’orienta aussi vers une perspective scientifique
plus orthodoxe, la recherche fondamentale, en le combinant avec un statut
managérial au sein d’organismes situé en dehors du champ scientifique
proprement dit.
Dewey, en 1927, propose de considérer toute
proposition d’action comme une hypothèse de travail, et non comme des
programmes achevés, devant être considérée comme revêtant une valeur
expérimentale au sens ou il convient de les soumettre à l’observation de leur
mise en œuvre, et de leurs conséquences…
En 1929, Merriam annonçait la naissance d’une
nouvelle approche scientifique de la politique liée à une insatisfaction
profonde éprouvée à l’égard des sciences sociales dans leur participation à
l’étude des processus de l’action gouvernementale et une recherche de plus grande
rigueur dans l’examen des problèmes de l’Etat.
Le projet de connaissance de l’action
publique prend plus d’ampleur au cours des années 30. On peut parler de
l’émergence du concept de « Policy ». Il faut dire que
l’environnement politique et sciences sociales y était plus favorable :
*L’interventionnisme de l’Etat était devenu
bien plus direct et plus structuré que ce que l’on connaissait
auparavant ;
*L’orientation vers l’empirisme était plus
grande ;
*La pluridisciplinarité s’imposait comme
angle d’approche ;
*Les chercheurs entaient davantage intéressés
par l’étude des problèmes concrets.
On peut considérer que la première véritable
apparition, du concept se fit chez Harold D. Lasswel. Celui-ci avait insisté
sur la combinaison des valeurs avec les pratiques. Le regard sur la conduite
des affaires publiques était nouveau : il percevait celle-ci comme un
« Policy making process » dans une ambiance de rationalisation de
l’Etat et de la politique. Harold D.Lasswel s’adonne depuis les années 30
jusqu’aux années 50 à l’étude des Policy sciences.
Le même Lasswell introduisit la distinction
entre une connaissance (of) et une connaissance (in) concernant le processus
des politiques publiques. L’objectif était clairement de créer la connaissance
dans les modalités de traitement des problèmes publics et de rendre disponible
cette connaissance aux acteurs eux-mêmes, c'est-à-dire au public et aux Policy-
makers.
Les Policy sciences finirent par devenir des
Policy sciences of democracy, avec comme objectifs l’amélioration des processus
de prise de décision et la production d’une connaissance utile à l’amélioration
de la pratique de la démocratie. Un des buts
déclarés était la réalisation de la dignité humaine en théorie et dans
les faits.
La question de l’analyse des politiques
publiques devenait : que font les gouvernements ? Pourquoi ils le
font ?
Le contexte général devenait favorable à ce
questionnement : l’ensemble des sociétés industrielles est affecté par une
crise majeure, l’Etat Providence est remis en cause et avec lui la légitimé de
l’intervention de l’Etat, sa capacité, le recul de la démocratie au profit de
l’intérêt pour l’action de l’Etat, la montée des troubles sociaux, des tensions
raciales comme aux Etats-Unis, la crise universitaire, la guerre du Vietnam...
L’environnement des sciences sociales a
lui-même changé : le développement de la sociologie des organisations, les
avancées des études du décision –making process, de la public administration,
le modèle estonien, etc...
L’Etat n’apparait plus comme un ensemble
intégré, organisé, mais un faisceau de structures, d’institutions, d’éléments,
de composantes, plus ou moins hiérarchisés, relativement autonomes...
Les travaux sur la gouvernance montrent les
difficultés de coordination de l’action au niveau central s’accompagnant
généralement d’une faible pénétration des objectifs centraux au niveau local.
Chapitre 2. Définitions des
politiques publiques
Les
définitions existantes reflètent autant de perceptions et de représentations de
l’analyse des politiques publiques. Il peut être distingué entre deux grandes
catégories de définitions:
1. La première catégorie considère que les
politiques publiques couvrent le domaine de la chose publique par laquelle
l’analyse mobilise un certain nombre de disciplines. Celui qui entend
s’intéresser aux politiques publiques doit être de formation
multidisciplinaire. Les tenants de cette approche s’accordent sur le caractère
scientifique du domaine.
Il
s’agit d’un domaine d’activité où il y a une articulation entre la théorie et
l’action. L’analyse des politiques publiques peut aider à la décision : il
s’agit d’une connaissance nécessaire à l’action. D’une part l’analyse doit
utiliser toutes les ressources scientifiques et d’autre part, la production de
ces connaissances vise à agir sur le réel.
A ce
niveau, l’un des tenants de cette analyse, J. Dunn, affirme qu’il faut
distinguer entre l’analyse des politiques publiques et l’étude des alternatives
politiques.
Le
chercheur en sciences politiques peut se fixer comme objectif, d’élaborer par
exemple, une politique publique sociale. Le chercheur, selon Dunn, doit dégager
les orientations possibles et prendre la distance qui s’impose. Il doit
présenter l’ensemble des scénarii et essayer de prévoir ce que pourrait être le
résultat selon chaque scénario. Il n’a pas à s’immiscer dans les choix
normatifs. Il doit essayer d’anticiper sur ces orientations et scénarii.
Voilà
le premier dilemme qui consiste à définir la meilleure manière d’arriver à un
objectif déterminé. Il s’agit d’une approche consciente de son engagement,
c’est-à-dire que le chercheur doit savoir décrypter, démontrer, donner un large
répertoire de choix et le mettre entre les mains du décideur. L’analyse des
politiques publiques consiste à repérer les choix et les scénarii offerts au
prince afin de prendre la décision. Il s’agit d’une démarche qui semble avoir
évolué au sein des grandes organisations internationales (PNUD, OMS, UNESCO,…).
Mais il reste à savoir si : faire la science politique c’est proposer ces
modèles et ces rapports ou au contraire rester en dehors et laisser le choix
aux acteurs.
La
deuxième catégorie consiste en la question suivante :
pourquoi doit-on distinguer en sciences politiques entre ce qui est scientifique
et théorique et ce qui est pratique tant cela est lié ? En fait le
chercheur peut s’immiscer dans la cuisine des politiques publiques sans qu’il y
ait de contradiction. Il est impossible qu’un chercheur reste neutre à l’égard
d’un choix. Il peut exprimer ses préférences sur un scénario donné. Selon cette
seconde catégorie de définitions, choisir, recommander n’est pas contraire à la
première approche qui oblige le chercheur à se contenter uniquement à proposer
les scénarii possibles en laissant au prince le choix de trancher.
La
distinction entre une science politique objective et une science qui essaie
d’imiter les sciences exactes n’est pas totalement fondée selon la critique de
Dunn. Il est trop simpliste d’opposer un courant scientiste à un courant idéologique.
Il est possible de faire la science des choix et des options.
La
philosophie politique ancienne reposait sur une science qui permettait de faire
un choix au cœur des normes, en utilisant une méthode scientifique, sans tomber
pour autant dans l’idéologie (Leo Strauss). Pour L. Strauss, les vérités
changent selon l’angle de vue ; elles sont des vérités provisoires tant
qu’elles ne sont pas démenties ou falsifiées. Nombre d’auteurs ont cru
découvrir chez les anciens une approche permettant d’arriver à la vérité
(positivistes). On peut donc développer une science de choix, produire une
vérité dans le domaine politique. L’école de Chicago propose une approche
classique. Selon cette dernière, on ne peut dissocier les analyses
social-scientifiques des choix idéologiques ; on peut étudier
objectivement une question mais aussi choisir le meilleur scénario. On peut
dégager les différentes alternatives et choisir la meilleure. L. Strauss est
l’un des rares à avoir pu développer cette nouvelle approche. Ses disciples ont
suivi mais sans grand succès.
Ceux
qui pensent qu’il s’agit d’un domaine de science mais qui ne peut pas cacher
les inclinations et les idéologies. Il n’y a pas de frontières étanche entre
les deux. Entre l’idéologie et la connaissance scientifique, les choses ne sont
pas claires. C’est dire qu’il n’y a pas de limite entre l’idéologie et la
connaissance scientifique du terrain et que le choix s’impose. Ce qui est
important c’est de faire un choix scientifique.
Cette
vision est beaucoup plus apparente dans le domaine du droit, à propos du
« juste ». Le tribunal est un endroit approprié de la production de
ce juste. Cette approche est développée par Michel Villey la considère comme
une opération de vérité. L’école de Bruxelles (Charles Perlman) devenue célèbre
depuis, basait ses recherches sur la logique d’Aristote. Elle a développé
les règles de la rhétorique c’est-à-dire de la meilleure manière d’emporter la conviction des interlocuteurs, de les
convaincre… quel que soit le degré de justice ou d’injustice de la cause
défendue. Partant de ce point de vue et selon cette approche, l’analyse des
politiques publiques ne peut se faire sans un choix idéologique. Nous pouvons
étudier objectivement mais on peut choisir la meilleure voie possible des
alternatives proposées.
Le
discours scientifique moderne se développe sur le mode du monologue, il est
monolithique, unilatéral, sûr de lui-même et déclare vouloir aboutir à des
vérités stables et à des résultats fiables et mesurables.
Chapitre 3. Le technique et le politique
L’action
publique est un objet majeur de la connaissance en science politique. Elle
consiste à savoir qui obtient quoi et comment ? Cette question renvoie à
son tour à une série d’autres questions, comme celle de savoir quelle est la
relation entre la science et la politique engagée. Il s’agit de la place de la
question du savoir au cœur de l’action publique. Les politiques publiques
renvoient ainsi à l’analyse des
pratiques de ceux qui gouvernent. On touche ici au problème classique des
rapports de la technocratie ou de la politique. Trois modéles peuvent etre
dégagés.
Le
modèle décisionnel se base sur l’introduction de la
rationalisation dans la décision. Max Weber distingue le travail des techniciens
de l’action des politiques. Cette différenciation importante est liée au
développement constant de la bureaucratie dans la sphère politique.
Cette
rationalité suppose que les taches sont clairement déterminées : aux
premiers revient le calcul des moyens et aux seconds la détermination des
objectifs. Il s’agit du modèle décisionniste où un partage du travail entre
technocrates et politiques est clairement effectue, mais avec une prééminence
du commandement politique.
Les
techniciens en tant que spécialistes, peuvent définir ce qu’il convient de
faire, par la détermination des moyens, mais ils ne seraient pas en mesure de
déterminer les finalités (objectifs, fins). Le domaine des fins leur échappe
car ils s’intéressent aux faits.
Le
modèle technocratique s’oppose au précédent. En effet, on
remarque à ce niveau la prééminence des calculs des moyens sur la détermination
des fins. Les nouvelles technologies mises à la disposition de la
pratique politique…rationalisent le choix politique en tant que tel, en mettant
au point des stratégies calculées et des simulateurs de décision dans une
exacte mesure. Les spécialistes semblent s’imposer au détriment du pouvoir de
décision du chef.
Selon
cette perspective, on peut faire une simulation d’une action et suivre son
évolution dans les moindres détails. On assiste là à la réduction de l’espace
discrétionnaire du politique. La politique n’a qu’un effet fictif, puisque tout
est calculé à l’avance (s’il n’y a pas la situation A il y aura la
situation B), les technocrates deviennent de véritables décideurs.
Selon
Habermas, la même rationalité permet de résoudre les questions techniques et
les questions politiques, à la fois le calcul des moyens et la détermination
des fins.
En
réalité, cette distinction entre les politiques et les technocrates est fausse,
les fins seraient déjà inscrites dans les moyens. La vision des technocrates
repose sur l’idée qu’il n y a aucune raison de soumettre la décision à la
souveraineté discrétionnaire du politique. La logique technicienne prime.
Le
modèle pragmatique essaie de pacifier, en conciliant les
rapports entre les technocrates et les politiques. Dans une société
démocratique fonctionnant normalement, où les dérives sont absentes et où les
conflits ne sont pas exacerbés, les médias non manipulés, les spécialistes ne
cherchent pas à dépasser leur rôle de techniciens. Leur travail se limite
uniquement à la détermination des moyens à mettre en œuvre par le politique.
Les
fins sont, en fait, l’objet d’une large discussion au sein de la société, mais
elles n’interpellent que les décideurs politiques. Dans cette situation, il n’y
a pas de soumission des uns aux autres. Le partage se fera à travers la
communication entre les scientifiques (qui produisent expertise et conseil) et
les politiques (qui peuvent y être attentifs). Ceci donne une démarche
pragmatique.
Derrière
les trois modèles, il y a des conflits entre les forces sociopolitiques et
économiques qui les véhiculent, des luttes pour la légitimation. Il s’agit d’un
lieu idéologique par excellence où Habermas développe sa conception sur les
rapports entre la technique et le politique.
Le
concept de la raison technique est un concept idéologique. La technique n’est
pas abstraite. Elle constitue une domination méthodique et scientifique. Selon
cette école, la lutte idéologique est dépassée (Ecole de Francfort : H.
Marcuse, E. Bloch, Wilhem Reich). Il faut s’intéresser à la psychologie, à la
psychanalyse, à la culture (dimension freudienne, dimension culturelle).
La
méthode scientifique a toujours permis une maitrise de la nature, voire, de
l’homme sur l’homme (Weber). La technologie a fourni la preuve qu’il y a
absence de liberté. Il lui est techniquement difficile de rester autonome.
Cette vision du monde à propos de la technique ne peut s’affirmer sans produire
une domination de l’homme sur l’homme, au nom de la rationalisation du monde.
Enfin,
on peut dire que la technique représente, un instrument de domination. Le
pouvoir technocrate devient par sa propre logique dominateur. Plus la
technologie avance, plus la liberté diminue et moins il y a de surprise, de
possibilité d’action et d’initiative.
Y.
Habermas explicite tout cela : « Ce que j’essaie de montrer, c’est
que la science en vertu de sa propre méthode et de ses propres concepts, a
projeté un univers au sein duquel la domination sur la nature est restée liée à
la domination sur l’homme et qu’elle l’a aidé à se développer, et ce lien
menace d’être fatal à cet univers dans son ensemble. Comprise et maitrisée par
la science, la nature réapparait dans l’appareil technique de production et de
destruction qui assure et facilite l’existence des individus et qui, en même
temps, les assujettit à ceux qui sont les maitres de l’appareil. Aussi se
mêlent la hiérarchie rationnelle et la hiérarchie sociale. »[1]
II.
La part de la technique dans la politique n’est facile à mesurer. On peut
donner l’exemple du domaine des finances publiques où on enregistre des
contraintes sur lesquelles la volonté politique n’aurait pas d’influence. Les
techniciens qui travaillent dans le champ des finances sont des spécialistes,
des ingénieurs qui seraient à même de définir les calculs de moyens et de
rationaliser les choix. Les contraintes objectives l’emporteraient sur le
pouvoir de décision du chef. La décision politique deviendrait fictive.
Pour
sa part, la théorie politique tentant de dépasser le terme du débat, considère
que les technocrates jouent un rôle complémentaire et non pas contradictoire,
car ils jouent le rôle de conseillers des politiciens. Les finances publiques,
considérées comme un domaine technique, repose cette problématique du rapport
entre le technique et le politique.
Cette
dimension technique se retrouve en particulier dans les finances publiques[2]. Au départ, les finances
publiques étaient très simples, les fins sont tellement définies et suivent un
cadre juridique obligatoire. Mais progressivement, les choses sont devenues
plus complexes et le champ des finances publiques s’est élargi avec
l’intégration de nouveaux éléments ; cette tendance a exigé une plus
grande technicité influençant ainsi le système public. Les finances ont fini
par être investies par le socio-économique.
Cette
technicité détermine l’ensemble des opérations financières qui se déclinent en
un ensemble de procédés permettant d’aboutir à des fins précises. En plus,
l’effacement du parlement dans l’élaboration du budget qui est passée en faveur
du ministère, est une autre preuve du caractère technique de ce domaine. Le
caractère technique renvoie au caractère scientifique de ce domaine.
Cependant,
cette technicité se heurte à des limites. Aujourd’hui, il parait inapproprié
d’envisager l’automatisation des modes d’arbitrage. Décider en matière des
finances publiques revient aussi à négocier, marchander et vivre des
tractations avant de faire un choix. Les principes budgétaires ne sont pas
innocents, les finalités partisanes affectent les choix budgétaires. Si infime
qu’elle soit, la marge laissée au politique peut donner une nouvelle
configuration de toute la loi budgétaire.
Cette présentation des
politiques publiques mérite d’être interpellée. Une des grandes conclusions
reste cette tension entre la politique et la politique publique en tant que
corpus de mesures prises au nom de la gestion rationnelle de la chose publique.
Cette tension est toujours constante et peut éclairer le fond de ces politiques
publiques. En effet, on ne peut pas imaginer une politique publique isolée, et
sans la politique : les politiques publiques baignent dans les problèmes de
la société.
Le champ politique est un
champ pluriel et plein d’antagonismes et de conflictualités. Cette vision
s’inspire beaucoup de la théorie des conflits qui s’est développée dans les
années 80. Dans les années 90 une autre théorie verra le jour. Il s’agit de la
théorie des négociations qui cherche à gérer ces divergences par des compromis.
Les politiques publiques sont conçues de telle sorte qu’elles puissent
accompagner les rapports de forces existants. Cependant, il n’y a jamais de
politiques publiques achevées.
III. Les
finances Publiques situeraient a priori l’activité politique
dans ce que nombre d’analystes
délimitent comme relevant de l’ordre du
technique. Les définitions peuvent varier «moyen d’action des collectivités publiques, éléments de leurs patrimoine, l’un des instruments dont les
collectivités disposent pour exercer leur action, cadre de
régulation et de soumission du patrimoine
public à un régime juridique
spécial , etc. …. ».
Les représentations de caractéristique de ce
domaine (fluidité, sensibilité…) ainsi que des risques et tentations
pesant sur ses mouvements
(dilapidation, détournement…) peuvent
être bien diverses. Mais quelles
que soient les philosophies , les
approches , les méthodes (économie positive/économie normative) dont
peuvent se réclamer ces perceptions,
toutes semblent mettre en avant, et dès
le départ les exigences objectives et nécessaires de ce niveau de conception
et d’action des affaires de
l’Etat, le faisceau de lois et de tendances quasiment
incontournables qui l’enserrent,
l’ordre des mécanismes, des procédés,
des automatismes qui le couvrent, et qui, en définitive , réduisant
substantiellement la marge de manœuvre
des princes.
Les lois , les mécanismes, les procédures qui les
structurent s’efforcent de mettre à la disposition de l’Etat une richesse en quantité suffisante (fiscalité), d’en
encadrer les mouvements (trésorerie),
d’en assurer un emploi conforme
à la souveraineté (budget).Elles font ressortir le caractère
fortement technique des
Finances Publiques. Tout dans les éléments permettant la définition de leur
domaine à travers les grandes
questions dont traite la
science financière ( les
opérations budgétaire en termes de prévisions, d’autorisation, de
réalisation de la dépense, de contrôle
d’exécution administrative et
comptable, les opérations de trésorerie, les problèmes de l’emprunt …), les
tendances, voire les lois que l’étude
permet de dégager ( les
enseignements que met en relief la
pratique ) atteste de ce caractère technique sur lequel
la prise du politique ne semble
pouvoir être , par définition , que limitée.
La
question est précisément de savoir si,
en dépit de la nature essentiellement technique des Finances Publiques, il y subsiste des espaces pour un déploiement significatif du politique. Les lois réglementant présentent – elles un degré de nécessité qui
l’emporterait sur toute volonté
politique, que celle-ci soit
exprimée en termes de démarche
stratégique ou d’évolutions tactiques.
On
reconnait ici la littérature courante sur les Finances Publiques, en
particulier depuis la mise en
place des politiques d’ajustement
structurel, du déploiement des discours à propos des contraintes
objectives sur lesquelles les volontés politiques n’auraient désormais qu’une
faible influence, une problématique ancienne dumentdéterminée dans les termes
les plus classiques, dans la lignée de la distinction bien connue entre le
travail du savant et celui du politique.
S’interroger
sur le poids considérable que les exigences techniques exercent sur la vie Publiques revient à poser la
question de la nature et de la portée des contraintes au regard de la décision
gouvernementales, à évaluer l’importance
de la gestion politique, de la signification politique de
l’introduction de la rationalité
technique dans la vie sociale.
Les
techniciens (juristes, économistes, financiers et autres…), travaillant dans le
champ des Finances Publiques seraient
des spécialistes à même de définir le calcul des moyens, des
déterminations des fins leurs
échapperait et relèverait des chefs politiques. De ce point de vue, il serait
difficile d’inférer, à partir des valeurs et des fins pratiques.
D’un
point de vue différent, le fait que de nouvelles techniques soient à la dispositions des
pratiques politiques a souvent été
considérer comme susceptible de rationaliser les choix. Les contraintes
objectives l’emporteraient alors sur le pouvoir
de décision des chefs. La
politique deviendrait une activité de décision fictive. Rien cependant n’a
empêché plusieurs analystes de décrypter cette vision technocratique comme
dissimulant le fait que seraient présentés comme appartenant à la logique de
choses des choix qui ne relevaient en
définitive que de la décision politique
.
La
théorie politique à bien tenté de dépasser
les termes de ce débat sur les rapports
entre le technique et le politique en considérant qu’ils ne sont pas
forcément contradictoires et que leur complémentarités est possibles. Dans
cette perspective, le rôle des techniciens se limiterait à l’évaluation des
moyens, tandis que, dans le contexte d’une société démocratique, les fins
feraient l’objet d’une large discussion civique afin de déterminer les
décisions des responsables politiques. Alors, les techniciens se trouveraient en situation
de « conseillers des
instances de décision » et
inversement les politiques en situation de « passe commande »
aux techniciens « en fonctions des
besoins de la pratique ».
Les
Finances Publiques, sciences de gestion et de régulation, par définition,
domaine du technique, reposent la question du rapport entre le technique et le
politique à travers des termes bien connus. Mais si le débat est loin d’être
particulier à ce domaine, on le retrouve ailleurs : peut-être cependant
est-il des enseignements spécifiques à tirer de cet espace propre aux deniers
publics.
Au
cours des dernières décennies, la
question des Finances Publiques a posé la question de savoir s’il est encore
possible aujourd’hui de formuler un projet politique au sens classique de
l’expression (une vision de l’Etat, du pouvoir, de la politique, du droit, de
la société….). Elle fut au cœur des vies nationales et d’une partie essentielle
de la vie politique internationale : sans doute développe –t-elle sur un autre registre une
des versions les plus courantes du thème
de la « fin des idéologies »
Il
faut d’abord prendre conscience des éléments et des conditions de cette marche
inéluctable de la technique dans les différents
espaces des Finances publiques et
du rétrécissement en son sein du champ du politique (I).
Une
fois esquissées la dimension technique des Finances Publiques, il reste à
explorer ce qui marques ses limites et le caractéristique irréductible de
certains espaces politique(II).
I.
Le caractère technique
des Finances Publiques prend-il aujourd’hui du relief en raison de la
différence entre la situation complexe actuelle du système financier et la simplicité qui le marquait au départ ? Est-il davantage
mis en évidence par l’interconnexion plus forte aujourd’hui avec les différents
sous-systèmes économiques et sociaux et son autonomie relative par le
passé ? Les études concernant les premières étapes du développement des
Finances Publiques de l’Etat attestent
de la simplicité de la situation initiale, tant au niveau de la nature
du dispositif, du système financier public, de son fonctionnement, de son
impact.
Bien
plus tard, au XIXème siècle, le système public a semblé entretenir des rapports
limités avec l’environnement économique et social. La prédominance du
libéralisme et la faible complexité de la société pouvaient alors expliquer cet
état de fait.
Reposant
sur des principes simples visant à l’adapter à son milieu (principe
d’équilibre, et d’annualité), à protéger sa spécificité (principe d’unité,
d’universalité, règle de non- affectation
des recettes), le système financier public semblait fonctionner sur une
base logique, essayant de faire
correspondre les moyens à sa portée avec les fins qui lui étaient assignées.
Celles-ci
dument définies (la perception des recettes, le règlement des dépenses autorisées) étaient poursuivies dans le cadre
d’un dispositif de normes qui, bien qu’impératives, restaient peu nombreuses.
Un certain souci de neutralité financière tentait alors de protéger les Finances Publiques des
influences du monde socio-économique.
Un
changement de situation devait s’effectuer, marquant l’évolution du système
financier d’une situation de simplicité vers une situation de complexification.
Le
champ s’est élargi faisant englober par le système financier public un ensemble
d’éléments plus nombreux et en relation dynamique entre eux, avec le système
économique et l’appareil socio-politique dans lequel il s’intégrait. Ces
éléments paraissent pour l’essentiel relatifs au fait financier public dans son
ensemble, aux opérations de dépenses et de recettes intéressant des
collectivités non strictement finalisées dont le rôle est d’organiser la vie
d’un groupe social.
Limiter
l’analyse aux finances des organismes
exerçant leurs activités dans le cadre
de l’économie publique non marchande,
excluant notamment les services publics industriels et commerciaux, les
entreprises publiques et les services
dotés de budgets annexes ayant une activité marchande (tels les PTT…) ne
semble pas à même d’inciter à
relativiser l’impact et la portée de ce
processus global de technicisation rampante.
L’élément
important à relever est l’état de diversification qui parait marquer a priori
le système financier public. La diversification parait d’autant plus
significative qu’elle semble en interrelation constante avec un environnement
socio-économique auquel il doit sans cesse tenter de s’adapter, conférant du
coup à sa gestion une complexité croissante. Cette complexification par l’extension, la diversification,
l’interaction avec d’autres sous systèmes sociaux semble générer un processus
inéluctable de technicisation de plus en plus marquée. la technicité
structurelle du domaine des Finances Publiques reflète le caractère
irréversible de ces processus.
Cette
même technicité détermine l’ensemble des opérations financières qui se donnent,
de ce point de vue comme un ensemble de procédés permettant d’aboutir à des
résultats financiers.
La
fiscalité apparait, comme un ensemble de procédés permettant de recenser la
matière imposable, de calculer le montant de l’impôt, d’en assurer le
recouvrement. Les opérations budgétaire quant à elles peuvent se définir comme
un ensemble de mécanisme permettant aux autorités politiques de s’assurer que les recettes et les dépenses
sont réalisées conformément à la
volonté. La comptabilité elle-même apparait comme un ensemble de procédés
permettant une description chiffré des opérations de gestion financières pour
en assurer le contrôle.
Le
caractère de technicité des Finances Publiques renvoie également au caractère
scientifique de leur domaine au sens d’obéissance des phénomènes financiers à
des lois objectives.
Une
tentative d’épistémologique élémentaire de la science financières et des
discours scientifique développés sur les
Finances Publiques fait apparaître combien nombre de phénomène en relevant sont
présentés sous formes de « lois »,
tant en ce qui concerne la lecture des tendances qui déterminent leur espace,
ou des enseignements d’un savoir faire pratique en la matière.
La
technicité structurelle trouve par ailleurs ses fondements dans la nature de
l’espace que délimite la pratique de la gestion financière : la
multiplicité considérable des opérations à entreprendre, le caractère
systématique des règles de la comptabilité, l’importance que l’automatisation
ne cesse de prendre dans la gestion financière publique, la grande place qu’y
occupent les mécanismes automatiques, la facilité de recourir à la
quantification, le souci d’efficacité qui imprègne l’ensemble de ses centres de
préoccupation.
Sur
un plan de stratégie des choix financiers des gouvernants, que la volonté
politique puisse s’exprimer de manière relativement plus libre ; ne
saurait en aucune manière faire oublier la rigidité des faits. Il montre aussi
que ces choix restent pour l’essentiel l’expression de difficiles compromis
entre des exigences conjoncturelles ou
long terme contradictoires…..
L’effacement
progressif de l’intervention des
parlements dans l’établissement de la
politique financière au profit des ministères de Finances et de leurs bureaux
constitue l’un des indices les plus significatives de cette fin du politique
dans le domaine de la gestion financière.
Cette
technicité structurelle et ce processus de technicisation qui n’a cessé de
marquer les Finances Publiques a pu trouver parmi ses expressions les plus
frappantes « le modèle du
marché politique » afin d’obtenir
les structures fiscales optimales, les assiettes, les tranches, les
catégories d’activités imposables, le taux d’impôts, les exemptions….doivent
être fixées par un gouvernement soumis à la contrainte de réélection et à
l’élection de l’équilibre budgétaire. Les réactions des citoyens contribuables
– électeurs-usagers sont prises en charge. Le modèle du marché politique repose
sur quelque hypothèses (la détermination du comportement des individus par
l’intérêt individuel, la traduction par le système politique des choix
individuels en choix publics, le degré de savoir dont font preuve les individus
pour ordonner leur choix dans les différents domaines d’activités privées ou
publiques, la stabilité du système politique….). Ces comportements sont marqués
de l’élaboration de théories sur le comportement du contribuable (la théorie
des contribuables rationnels, la théorie
des impôts comme
quasi-prix ….). Les calculs du contribuable ont été formalisés de diverses
manières.
Décider
dans les Finances Publiques consiste encore à
choisir des valeurs divergentes, tranché entre des avantages et des
inconvénients objectivement évalués. Il semble exister un aspect axiologique de
la décision financière véritable, non programmée, qui souvent l’emporte sur son
aspect quantitatif ou qualitatif mesurable. Cela peut expliquer d’ailleurs la
faiblesse de l’encadrement juridique des situations financières. Le fameux
droit de l’aléatoire retrouve ici tout son empire. Il est entendu que lorsque
l’administration ne se contente pas d’appliquer la règle et que cela requiert
son assentiment, son engagement à participer effectivement à la réalisation de
certains objectifs, la nature du droit s’en trouve nécessairement affecté et
une grande place est faite aux actes collectifs ou individuels négocies.
Les
choix financiers obligent à l’appréciation politique, d’autant plus que la
science financière, à l’instar des autres sciences sociales, n’échappe pas à la
divergence doctrinale, aux débats, à la différence d’analyse, et cela alors
même qu’elle semble progresser et gagner en scientificité.
Il
est évident que les principes budgétaires ne sont pas innocents dans l’ordre
politique et que les finalités partisanes se mêlent indissolublement aux
motivations techniques. Les techniques financières s’expriment en termes de
conflictualité politique.
Les
Finances Publiques contemporaines, dans les sociétés industrielles
d’aujourd’hui, développées ou non, ne peuvent isoler les politiques financières
des politiques économiques et sociales.
Ainsi
concernant la politique fiscale, est-il possible de considérer qu’un nombre
considérable de problèmes peuvent être résolus dans une logique toute technique
par l’impôt ? L’action fiscale conduit-elle toujours aux résultats
escomptés, y compris à ceux de nature économique ? Son efficacité peut-elle être assurée sur le plan social
quand on sait que les résultats ne semblent pouvoir développer leurs effets au
mieux qu’a moyen terme ? Est-il nécessaire de rappeler de quelle manière
les Finances publiques sont structurées par la politique ? Les
développements classiques dans les études sur les Finances Publiques sur les causes
et les conséquences de l’extension des opérations sur les derniers publics sont
éloquents. Plus éloquents encore sont ces périodes entières dont la
signification politique ne peut être déchiffrée qu’au travers des politiques
financières qui les ont marquées…De nombreux exemples peuvent être invoqués
pour établir la relation entre des événements financiers (hausse des prix,
politique fiscale, mesures de politique économique ou sociale ….).
Aujourd’hui,
la prise en considération des grandes tendances des Finances Publiques, des
équilibres fondamentaux a déterminé le budget de l’Etat, des contraintes
objectives structurant les opérations sur les derniers publics, les opérations
budgétaires, les opérations de trésoreries, les effets directs et indirects de la mondialisation, seule une marge étroite
subsisterait pour les projets des différents acteurs politiques, quelle que
soient leur originalité, ténacité ou crédibilité. Cette marge dont,
l’évaluation quantitative peut varier, réduirait les changements à un simple
changement de personnel, sans grande portée du point de vue de sa teneur.
La
marge peut drainer des richesses relativement importantes en elles-mêmes, au
passé et aux ressources financières d’aujourd’hui. Il n’est pas exclu que la
marge puisse s’amplifier, gagner en importance. Elle ne peut se développer si
elle s’inscrit de manière cumulative dans la longue durée.
Toujours
est-il qu’elle nous intéresse en ce qu’elle désigne les limites du pouvoir des
technocrates. La petite marge soumise à l’influence du politique, parce que
portant sur le sens d’une politique, revêt une importance cruciale qui saurait
seulement relever de l’ordre du symbolique : elle est à même de conférer
une personnalité particulière, une couleur, une signification à une démarche de
politique financière, si technique celle-ci puisse être.
C’est
le lieu de rappeler l’extrême sensibilité des systèmes financiers publics à des
décisions qui d’un certains point de vue
apparaissent anodines, mais qui se révèlent d’un impact politique considérable.
Ainsi par exemple « un
allégement de TVA peut augmenter la demande dans une proportion plus importante
que l’avantage qu’il procure réellement aux consommateurs. Cependant il semble
que ce type d’effet euphorisant s’estompe vite, alors que l’effet traumatisant
d’un accroissement d’impôts tend à durer et à devenir cumulatif… Le
principal enseignement qui en découle est que la gestion financière purement
technique ne peut venir à bout des éléments d’ordre socio-économique
déterminant le fonctionnement du système financier public.
Chapitre 4. Caractéristiques des
politiques publiques
Les caractéristiques peuvent
être mentionnées :
1. Les
politiques publiques essaient de répondre en principe à un besoin, résoudre un problème.
Elles constituent une action réponse que peut mettre en relief des oppositions,
susciter des soutiens, dégager des majorités et des minorités, inspirer des
abstentions..
Toute
politique publique constitue un contenu juridique, institutionnel, financier.
Elle est aussi un processus. Le processus est le cadre dans lequel s’insère une
politique publique, la dynamique qui l’anime. Jamais une politique publique ne
se réduit à un simple contenu : le contenu est matériau formé de discours,
d’orientations, principes directeurs, d’objectifs, de représentations, de
mesures, d’actions, de lois, de règlements, de moyens...
2. Toute
politique publique comporte un élément de décision. Il n’y a pas de politique
publique « anarchiste » au sens propre (an arché/ sans pouvoir,
Bakounine au contraire disait qu’il n y a pas besoin de pouvoir et de
gouvernement). ), une société sans
prince (ni collectif, ni individuel), sans pouvoir,… Là où il y a des
politiques publiques il y a un pouvoir politique. Les politiques publiques
impliquent l’existence d’un décideur qui a la compétence d’allocation et
d’affectation des ressources. Cela ne peut se faire en dehors d’une relation
d’autorité L’autorité semble indissociable du domaine public.
Selon
Max Weber, il y a autorité quand il y a le monopole de la contrainte (violence)
légitime exercé par un Etat. La dimension contrainte est décisive car toutes
les instances peuvent produire une politique publique. Les politiques publiques
sont un ensemble de mesures, d’objectifs, d’initiatives, de moyens et
d’actions, qui comportent une dimension prescriptive (ordres, encadrement reglementaire
et institutionnel des comportements…). La politique publique suppose une autorité
qui ne peut être imaginée en dehors de l’Etat. Que dire du rôle de certaines
organisations internationales (Banque Mondiale, FMI…) en matière de production
de politiques publiques nationales, de la place de la société civile, du
secteur privé. ;?
Le
second élément permettant de définir le contenu d’un politique publique est
celui de la décision. Cette décision ne peut être envisagée en dehors de l’Etat
en tant que détenteur unique de pouvoir politique et par conséquent, de
l’autorité.
3. Politique publique, stratégie, plan, programmes…Ceci
nous amène à poser la question de savoir quelle différence il existe entre une
politique publique et une stratégie. Une confusion existe dans les usages
courants des deux termes. D’autant que certaines politiques publiques peuvent
paraitre comme des stratégies ou sont effectivement « stratégies ».
La
distinction entre elles peut être, à priori, opérée à partir de leur durée.
Ainsi, la moyenne de vie d’une politique publique se situe généralement entre
trois et cinq ans, on pourrait dire une législature. La perspective d’une
politique publique est limitée dans la
durée d’une législature... Par contre, la stratégie est une vue d’ensemble qui
s’étale sur une plus longue durée.
Une
politique publique peut se décomposer elle-même en « plans d’action »
annuels ou pluriannuels, généralement trois ans. Toutefois, il faut préciser
que la durée n’est pas suffisante pour distinguer entre une stratégie et une
politique publique. La stratégie peut être aussi de courte durée (ex. La fin du
rideau de fer, voire la désoviétisation de l’Europe Centrale).
On
peut ajouter un autre élément de distinction relatif à l’ampleur de chacune
d’elle.
Enfin,
se pose le problème de classification entre le plan produit pour de longues
périodes et les plans d’action de plus courte durée.
Ces
différences posent également le problème de dénominations : s’agit-il
chaque fois d’une politique publique, d’une stratégie ou d’une autre base
d’activité publique?
Les
politiques publiques ne sont pas liées à un objectif conjoncturel. Il s’agit
d’une préoccupation de plus longue durée. Toutefois, les politiques publiques
peuvent apparaitre sous l’effet de conjonctures (revendications, contestation
des salaires…). La conjoncture peut avoir son mot à dire dans l’élaboration, la
mise en œuvre et l’évaluation des politiques publiques. L’analyse des
politiques publiques est née au cœur de l’Etat, c’est-à-dire dans les sphères
purement techniques à savoir l’administration. Ce lien organique entre
l’évolution de l’Etat et l’analyse des politiques publiques est indéniable.
Cependant, cela n’exclut pas une impulsion par la conjoncture.
Si
l’impact de la conjoncture peut être sensible, et si les acteurs peuvent en
être fondamentalement affectés, le problème de leur sérénité se posera sans
doute. Quand la conjoncture et ses préoccupations traversent les politiques
publiques, le positionnement de l’élément politique s’accentuera entre les
acteurs (« les échanges de coups » plus ou moins loyaux, les
rivalités, les boycotts, les soutiens, les complicités, les sabotages…). Par
contre, le stratégique a tendance à objectiviser, et de fait, les acteurs sont
moins agités, plus sereins, sans que cela préjuge des résultats, l’action plus
réfléchie.
4.
La politique publique
influe obligatoirement sur les individus, sur les groupes et sur leurs
comportements.
Toute
politique publique peut avoir des supporters, mais aussi des détracteurs.
L’homogénéité des réactions n’est jamais assurée. Il y aura toujours des
réactions positives et d’autres négatives qui risquent, en dépit de leur faible
importance, d’empêcher la mise en œuvre d’une politique publique.
L’objectif
des acteurs serait d’éviter des réactions communes de rejet, de refus,
d’opposition massive, et de chercher à satisfaire le plus grand nombre
possible, de limiter les réactions contraires en essayant de les prévoir à
l’avance et d’anticiper. L’aspect « réaction » revêt une importance
non négligeable. Les décideurs sont tenus de la considérer au moment de la
production de leurs politiques publiques et de savoir le gérer. Ce champ n’est
pas homogène. Satisfaire tout le monde reste une utopie.
5. Chaque
politique publique comporte plusieurs niveaux (réglementaire, institutionnel,
central, dimension sociale…), mais le contenu des niveaux diffère aussi selon
les pays, les régions, les périodes. Cependant, il y a des cadres généraux que
l’analyse des politiques publiques essaie de saisir. Les politiques publiques
sont souvent envisagées dans un cadre global.
Les
politiques publiques renvoient souvent à des démarches d’ensemble marquées, à
de grandes orientations (par exemple au Programme d’Ajustement Structurel), et
sont exprimées dans plusieurs domaines : rationalisation des moyens,
grands équilibres macro-économiques, désengagement de l’Etat…
Chapitre 5. Typologie des
politiques publiques
Les
politiques publiques peuvent faire l’objet d’une classification :
politique publique distributive, de rattrapage, commutative, sociale,
productive…, selon l’objet, les contenus et selon la centralité de la politique
publique ; exemple : les politiques publiques de restructuration, les
politique de mise à niveau… Il y a des politiques publiques mères, centrales,
et des politiques publiques sectorielles ou sous-sectorielles.
Comment
répertorier les politiques publiques ? Sur la base de quel critère ?
En effet, il existe plusieurs critères pour classer et ordonner les politiques
publiques.
Première
distinction : Elle se base sur un critère formel ou institutionnel. Elle
part de qui produit la politique publique en question : le
Parlement ? le Gouvernement ? le Juge ? On distingue à ce niveau
de la politique publique parlementaire, administrative, gouvernementale ou
judiciaire. Il s’agit d’un premier regard possible pour organiser différentes
politiques publiques.
La
deuxième possibilité consiste à distinguer entre des politiques publiques
nationales, régionales ou locales.
La
typologie peut etre effectuée sur la base du domaine : On peut également
parler de politiques publiques économiques, sociales, techniques etc.
Une
quatrième possibilité permet de distinguer entre des politiques publiques qui
se basent sur des moyens administratifs (production de textes, fonctionnement
de l’administration…), normatives, législatives et réglementaires, ou d’une
politique publique purement politique qui s’articule sur des actions sociales
et politiques.
La
cinquième distinction consiste en des politiques publiques se basant sur la
répartition des statuts, privilèges, distribution des ressources matérielles et
symboliques, ou d’une politique de redistribution, c’est-à-dire, une révision
de la distribution existante, par exemple le système de retraite, les statuts
spéciaux, les politiques fiscales, les politiques salariales, les politiques
complémentaires qui consiste à ajouter quelques choses pour réajuster et
rationaliser. La distribution et l’affectation sont donc au centre de la
plupart des politiques publiques. Ceci dit, toutes les politiques publiques
évoquées sont soit commutatives soit distributives ou redistributives (qui
corrigent ou réajustent les premières distributions). Toutes les démarches vont
dans ce sens, et cette distinction traverse toutes les typologies que l’on peut
penser.
Une
autre classification permet de mettre en relief les politiques publiques
organisationnelles et réglementaires, énonce les règles de comportement
(exemple, à partir de la date x l’usage de voitures de service ne sera plus
permis…), édictent des comportements. On les oppose aux politiques
constitutives, institutionnalisantes (exemple : la politique
constitutionnelle…)
Chapitre 6. L'évaluation des
politiques publiques
L'évaluation des politiques
publiques a toujours été au cœur des débats politiques et démocratiques. La
place centrale accordée aux résultats dans les programmes de reforme récemment
engagées dans le secteur public, a entraine un regain d'intérêt pour cette
discipline qui connait aujourd'hui une importante évolution.
Longtemps confinée dans le
strict cadre de la recherche académique, l'évaluation des politiques publiques
quitte progressivement ce cadre sous la pression du temps décisionnel du
politique, différent du temps de l'universitaire. L'évaluation tend à devenir
plus systématique et davantage tournée vers l'action. Les experts et
universitaires ont compris l'intérêt de l'interdisciplinarité et s'engagent
avec les consultants, les administratifs et les élus dans des partenariats
tournes vers l'amélioration de la qualité et de l'utilité de leurs approches.
Le phénomène de création et de développement des associations d'évaluation dans
différents pays et au niveau régional (cas de l'Europe), regroupant des
intervenants d'horizons divers (universitaires, auditeurs, contrôleurs de
gestion, évaluateurs institutionnels, administrateurs, etc..) est très
significatif à cet égard.
L'objet de cette
communication est d'essayer, à travers l'expose d'un certain nombre de
constats, d'identifier quelques tendances qui traversent actuellement le champ
de l'évaluation des politiques publiques.
Premier constat: Position ambigüe des acteurs politiques
par rapport à l'évaluation des politiques publiques
Dans
la plupart des pays, le recours à l'évaluation demeure relativement discret. La
nécessite de l'évaluation est reconnue mais les actes ne suivent pas toujours.
Eléments
d'explication:
ü Les
décideurs ne sont pas disposes à se sentir interpelles par des experts
« arrogants »qui ne sont pas « aux prises avec les
réalités ».
ü Les
évaluations prennent trop de temps, ce qui réduit l'utilite de leurs résultats
par rapport à l'action publique.
ü Les
décideurs craignent d'êtreembarrassés par l'information que produisent les
évaluations, ne voulant entendre que les bonnes nouvelles et non pas ce qui va
mal et dont les media et l'opinion publique peuvent se servir pour les interpeller.
Cependant, et à mesure que
l'obligation de rendre compte s'enracine dans la culture politique, les
décideurs font de plus en plus appel à l'évaluation en tant qu'outil leur
permettant de mesurer, d'améliorer et de mettre en valeur leurs performances.
Second constat: Une forte augmentation de la demande
sociale pour l'évaluation des politiques publiques
Plusieurs facteurs
explicatifs à l'augmentation de la demande d'évaluation:
ü L'augmentation
du niveau d'instruction des populations et la diffusion d'informations
permettant d'analyser, d'apprécier et de comparer les performances des
décideurs politiques à l'échelleplanétaire.
ü Les
doutes croissants exprimés par les citoyens à l'égard des décideurs politiques
devant l'opacité et la complexité des systèmes multi-niveaux d'exercice du
pouvoir politique.
ü L'écart
croissant, entre le produit et service qui sont offerts au citoyen/client par
une part croissante de ses fournisseurs de la sphèreprivée et ce qu'il obtient
de tout ce qui relève de la compétence de l'état: l'individualisation du
service, l'immédiateté, le juste prix qui prévalentdans la sphère privée, sont
devenus au cœur des attentes du citoyen/usager.
ü Le
nouveau contexte des finances publiques, caractérisé par le niveau de la
fiscalité, le déficitbudgétaire et la datte publique, jugés
excessivementélevés, contraignant les pouvoirs publics à faire mieux avec une
quantité de ressources de moins en moins extensible.
ü L'intervention
des organismes internationaux (Banque Mondiale, Fonds monétaire international,
etc) ainsi que le développement de regroupements régionaux, impliquant la
nécessite de se conformer à des « standards de performance » et la
revue périodique des politiques et des actions des pouvoirs publics nationaux.
ü
Troisième
constat:
De nouvelles pratiques d'évaluation, empruntées au secteur prive, se
développent et s'enracinent dans le secteur public
L'évaluation
est de plus en plus considérée comme un outil de management et d'amélioration
des performances. Des pratiques d'évaluation qui ont fait leurs preuves dans le
secteur privé, telles que le contrôle de gestion et l'audit, sont introduites
dans le secteur public. L'évaluation classique est intégrée dans un système
plus global de gestion de la performance.
1) Le contrôle de gestion
Le contrôle de gestion est
une discipline récente qui a pris naissance dans les grandes entreprises
américaines pour coordonner la décentralisation devenue nécessaire au maintien
de leur efficacité et de leur dynamisme.
Traduction littérale de
l'expression anglaise « management control », cette expression
recouvre un ensemble d'outils et de pratiques dont la finalité est de focaliser
l'attention des acteurs sur les résultats de leur activité. On parle également
de direction par objectifs (DPO), de gestion axée sur les résultats ou contrôle
par les résultats, ou encore de gestion de la performance.
Le contrôle de gestion peut
être schématisé de la manière suivante:
|
Contrôle de gestion
|
PertinenceEfficacité
Moyens
Résultats
Efficience
Schéma 1 : triangle de base
du contrôle de gestion
Comme le suggère le schéma
ci-dessus, la préoccupationpremière de tout dirigeant est de parvenir à
réaliserle meilleur résultat possible compte tenu du potentiel de
ressources dont il dispose et des buts fixés à son entité. Pour y
parvenir, il focalise son attention sur 3 types de relations:
ü La relation moyens/objectifs qui
s'inscrit dans la démarcheprévisionnelle (programmation/budget)et qui
invite à rechercher en permanence les stratégies qui permettent une combinaison
optimale des ressources. Ce qui est recherché à ce niveau est la pertinence
des décisions prises quant à l'identification des voies et moyens permettant la
réalisation de l'objectif.
ü La relation objectifs/résultats qui
s'inscrit dans la démarche de suivi consistant à maintenir le système à
gérer, en permanence, sur la trajectoire conduisant aux objectifs fixes,
en organisant une vigilance permanente pendant l'exécution des activités (
systèmes d'information, indicateurs, tableaux de bord).
ü La relation moyens/résultats qui
permet en fin de parcours de connaitre le cout du résultat réalisé, et qui, sur
la base d’une comparaison avec une norme, les résultats d’entités similaires ou
simplement des données historiques de la même entité permet d’apprécier
l’efficience de celle-ci.
Le contrôle de gestion
considère l’évaluation comme une composante essentielle du système de gestion
et comme source d’amélioration permanente.
Ce concept peut être
schématisé de la manière suivante (roue de DEMING) :
|
Plan
|
|
Check
|
|
Act
|
|
Do
|
Schéma
2 : Processus d’amélioration continue ou d’apprentissage
Plan
(Planifier) : établir les objectifs et les plans d’action nécessaires à
leur réalisation.
Do :
mettre en œuvre les activités.
Check(vérifier) :
surveiller et mesurer les activités et rendre compte des résultats.
Act(agir) :
entreprendre les actions de redressement pour améliorer en permanence les
performances (amélioration des activités, leur extension ou leur remplacement).
L’introduction
du contrôle de gestion dans le secteur public constitue une innovation majeure
des vingt dernières années. Il favorise le recentrage de l’action des
organisations publiques sur les finalités et non plus seulement sur
lesprocédures. Il introduit la transparence, là ou l’opacité est décriée, et
favorise l’apprentissage.
Le
contrôle de gestion occupe une place de plus en plus grande dans le système
d’évaluation du secteur public. Son introduction dans ce secteur a été à
l’origine de grandes réformes des procédures budgétaires qui se sont traduites
notamment par un allégement des contrôles formels, à priori une plus grande autonomie
des gestionnaires des deniers publics et une grande implication de ces derniers
dans le processus d’évaluation (auto-évaluation).
Le
contrôle de gestion a également donné plus d’effectivité au contrôle politique
(exercé sur les managers du secteur public par le gouvernement et sur le
gouvernement par le parlement) grâce à son caractère systématique et à la
rigueur de ses méthodes, permettant d’assurer la disponibilité des informations
sur l’utilisation des deniers publics (pertinence, efficience, efficacité).
2) L’audit dans le secteur public
L’audit peut être défini
comme l’examen d’informations par une tierce personne, autre que celle qui les
prépare ou les utilise, avec l’intention d’établir leur véracité et de faire un
rapport sur le résultat de cet examen avec le désir d’augmenter l’utilité de
l’information pour l’utilisateur.
L’audit met en jeu trois
parties : celle qui produit l’information, celle qui l’utilise et
l’auditeur.
|
Rapport
exprimant une opinion, un avis, des recommandations
|
|
Audit
|
|
Flux d’information
|
|
Entité qui requiert l’information
|
|
Auditeur
|
|
Entité qui doit rendre compte
|
L’audit
qui s’est développé d’abord dans le domaine financier et comptable
(certification des comptes) a été progressivement étendu aux autres fonctions
du management des entreprises : la fonction commerciale, le marketing, la
production, les ressources humaines, le système d’information, etc. On est
passé progressivement de l’audit financier à l’audit de gestion.
L’audit
a également étendu son champ d’intervention par rapport au critère de position
dans le temps. Au départ, l’audit portait sur des informations historiques. Il
s’applique également, aujourd’hui, aux informations actuelles et
prévisionnelles.
Dans
le secteur public, l’audit a suivi le même mouvement. L’extension de son
champ a brouillé les frontières entre l’audit et l’évaluation, d’autant que les
méthodes et critères utilisés sont semblables. Cependant, la convergence de
l’évaluation et de l’audit se heurte à des
obstacles ; « l’identité multiple de l’évaluation, sa culture
basée sur les sciences sociales et la résistance politique à ce que les
institutions d’audit fassent plus d’évaluation ».
Quatrième
constat:
Entrée en scène d’un nouvel acteur de l’évaluation des politiques
publiques : le citoyen
Sous la
pression de la demande des citoyens et de la sociéte civile pour de nouvelles
formes de participation démocratique, les pouvoirs publics ont du mettre en
place des outils qui garantissent une plus grande transparence et une meilleure
information sur l’action publique et qui permettent de prendre en compte le
point de vue des citoyens pour réorienter cette action.
ü Diffusion
large (nouvelles technologies aidant) de toutes les informations concernant les
programmes gouvernementaux.
ü Diffusion
de rapports périodiques sur les réalisations
ü Organisation
de débats publics sur les politiques et programmes gouvernementaux
ü Sondages
d’opinion
ü Enquête
de satisfaction concernant des prestations assurées par le secteur public
ü Charte
des citoyens (ou charte du service public)..etc.
Le
nouveau rôle que le citoyen commence à jouer dans la gestion des affaires
publiques est l’une des manifestations les plus significatives de l’évolution
culturelle qui opère au sein du secteur public. Il s’agit du recentrage du
secteur public sur ses missions de base, après une longue période de dérive
bureaucratique ou il donnait l’impression d’avoir oublié sa raison d’être.
Chapitre 7. La
capitalisation
Ces développements sur la
capitalisation seront centrés sur les cinq axes suivants :
-les raisons de la
capitalisation : pourquoi capitaliser ?
-l’objet et la définition de
la capitalisation : qu’est-ce que la capitalisation ?
-les moments de la
capitalisation : quand capitaliser ?
-les acteurs de la
capitalisation: qui capitalise ?
-la méthodologie de la
capitalisation : comment capitaliser ?
1. Les raisons de la capitalisation
Apprendre par l’expérience.
Permettre aux acteurs de se professionaliser. Permettre aux structures de
devenir plus efficaces.
Une opération naturelle que
nous entreprenons, en tant qu’individus ou groupes, au quotidien, dans l’activité
professionnelle, parfois sans en prendre conscience. On tire les leçons des
pratiques passées afin d’être plus efficace, plus rapide, d’éviter les
conflits, de réduire l’indétermination, de diminuer l’aléatoire. Il s’agit de
mobiliser des savoir-faire déjà développés.
La capitalisation est le
passage des expériences vers des
connaissances partageables. Elle permet de faire un inventaire des acquis de
l’expérience du projet.
Tous les domaines d’action
peuvent être concernés (aptitudes dans un travail, un poste, une fonction, une
expérience professionnelle, une période de l’activité professionnelle, un
secteur d’activité, un programme, une action déterminée, une compétence
technique particulière ou générale).
Un des leit motiv de cette
note sur la capitalisation est que celle-ci porte sur ce que l’on a fait. Elle
suit l’action. Elle ne la précède jamais.
A ce stade de l’analyse, il
peut être déjà distingué entre une capitalisation individuelle (essayer
d’améliorer sa pratique personnelle), collective (améliorer les compétences
collectives), institutionnelle (conservation de la mémoire des savoir-faire).
Les motivations institutionnelles à la capitalisation sont
nombreuses. En la pratiquant on cherche à :
-améliorer l’activité,
progresser, se perfectionner ;
-s’adapter à l’évolution des activités,
faire évoluer les pratiques, innover à partir de l’acquis, à partir des
savoir-faire existant
-lutter contre l’évaporation
des expériences : il est difficile de garder les compétences, les
expatriés ne sont par définition que de passage..
-préserver la notoriété,
faire diffuser son savoir faire avant qu’il soit piraté par d’autres, protéger
en quelque sorte le droit de propriété intellectuelle ;
-assurer la promotion de
l’institution dans un contexte de concurrence pour accéder aux ressources des
bailleurs de fonds. C’est alors un moyen de promotion de l’institution en
valorisant son savoir-faire. Il s’affirme au Nord as au Sud as une tendance des
assoc à devenir des bureaux d’études.
-participer à la construction
collective des savoirs, partager le savoir, prendre distance avec la valeur
marchande de l’information..
-Optimisation de la ressource humaine/ moyen
de révéler les compétences de membres d’une équipe et d’assurer un travail
transversal
2. Objet et définition de la capitalisation
Qu’est-ce que
capitaliser ?c’est acquérir de nouvelles connaissances à partir de ses
expériences et tirer des leçons à partir de ses expériences. On peut
capitaliser un grand nombre d’éléments : des compétences, des pratiques,
des savoir-faire, des expériences, des ressources..Tout est capitalisable..
Les sens du terme
capitalisation sont divers selon les contextes. Ils varient selon les besoins
des acteurs du développement.
Il est une définition que
l’on peut considérer comme historique : la capitalisation est la transformation
du savoir en connaissance partageable. Elle se fonde sur capacité à
identifier, formaliser, organiser les savoir-faire, à les formuler afin qu’ils
soient utilisables pour les autres.
Le savoir-faire se trouve
auprès des acteurs de l’action, mais ce savoir peut être utile aux autres dans
un contexte de concurrence et de recherche de meilleure productivité.
Capitaliser, c’est valoriser
ce que l’on sait faire. Elle concerne les savoir-faire créés et mobilisés. Elle
consiste à lister les conditions dans lesquelles une action a été menée avec
succès et dire comment ces conditions ont été atteintes et quelle est la
manière qui a permis d’atteindre le but, sans juger de la qualité du but ou du
résultat ;
Capitaliser, c’est théoriser
les savoir-faire pour ne pas les perdre, ce qui signifie codifier, unifier les
acquis et les connaissances, les rendre utilisables pour soi et pour les
autres. C’est aussi, dans ce sens là, les
modéliser ;
Capitaliser, c’est par
ailleurs transformer la connaissance tacite en connaissance explicite, une
plus-value de savoir-faire ;
Capitaliser, c’est se donner
les clefs d’une démarche prospective, immortaliser des actions. Cela n’est
surtout pas archiver.
La capitalisation permet de récupérer ce que
l’on sait faire et d’éviter de perdre son savoir. Le savoir capitalisé permet
d’aborder les activités à venir. On passe d’un savoir potentiel,
implicite, à un savoir réel, explicite.
Celui-ci sert à ses acteurs et aux autres. Il est diffusable.
Du coup, on peut dire ce que
la capitalisation n’est pas :
-ce n’est pas une évaluation,
-ce n’est pas l’établissement
d’un historique,
-ce n’est pas une
modélisation de références en systèmes,
-ce n’est pas une étude
externe
- ce n’est pas une recherche
action
-ce n’est pas un bilan de compétences
-elle est différente de la
systématisation, qui consiste aussi à expliquer ce qui s’est passé sur la base
d’une chronologie
Dans la systématisation,
l’explication fait intervenir des acteurs, des acteurs, des connaissances
externes en analysant le rôle des leaders comme dans la sociologie des groupes.
On analyse une réalité complexe en séparant des éléments qui chacun est
décortiqué à partir des références externes. L’angle de vue est celui de
l’observateur : exemple de l’analyse de la stratégie des acteurs, leur
organisation, l’interaction, le fonctionnement du groupe qui a accompli les
actions objet de la systématisation. L’action est un prétexte d’apprentissage
en réponse à une préoccupation intellectuelle.
La systématisation des expériences
semble être une pratique théorique propre à l’Amérique Latine. Elle a connu une
trajectoire politique depuis longtemps liée aux expériences de Cuba, du Chili
de l’Unité populaire, à la Révolution sandiniste… Le retour actuel des gauches
au pouvoir dans différents pays de ce continent lui donne une nouvelle
actualité.
A travers un travail
théorique, des pratiques sociales sont reconstruites conceptuellement,
l’éducation des adultes, l’éducation populaire, la théorie de la dépendance, la
recherche, l’action, la participation..
Au cours des années 70 on
s’est mis à produire des connaissances à partir de la pratique. Il s’agit d’un
rapport de la théorie à la pratique, la pratique est définie comme source de
connaissance. La recherche est pourvoyeuse de statut scientifique à la pratique
sociale.
Les années 80 et 90 a permis
une dissémination de la systématisation des expériences : là travers les
expériences de l’éducation des adultes, l’éducation populaire, le travail
social, la promotion de l’école pour le développement…
Au 21iéme siècle, davantage
d’organismes latino-américains pratiquent la systématisation. Nombre
d’initiatives nationales dans de nombreux pays de l’Amérique latine
l’intègrent. Certaines agences de coopération l’utilisent..
La systématisation combine
des dimensions objectives et subjectives, des actions et des perceptions, des
connaissances produites d’une réflexion critique sur la pratique. La
systématisation prétend expliciter ce qui a été pratiqué.
Points de convergence des
principales propositions de la systématisation :
-des processus de réflexion
individuelle ou collective
-autour d’une pratique
vivante
-un concept en construction
-la pratique même de systématiser
-le dialogue avec d’autres
producteurs de connaissances
-la reconstruction et la
réflexion analytique sur une expérience
Aujourd’hui, la
systématisation est pratiquée dans les institutions, les Etats, les
universités, les agences de coopération, les Nations-Unies, et ce dans
différentes régions du monde.
Les risques que court la
systématisation est sa conversion en une nouvelle mode. Sa généralisation peut
se traduire en une pratique qui ne donne pas lieu à la production de nouvelles
connaissances
-renforcement des acteurs
-articulation avec les incidences
sur les politiques publiques
-organisations apprenantes
-établir des dialogues avec
des réflexions théoriques et méthodologiques qui partage intérêt pour apprendre
de l’expérience de capitalisation, gestion de la connaissance.
Une systématisation
est une modélisation de références en systémes transposables dans d’autres
contextes.
3. Les moments de la capitalisation
Les méthodologues distinguent
deux moments possibles de capitalisation:
-la capitalisation in
vivo, qui se fait en cours d’action. Elle peut profiter de
l’exploitation de la mémoire encore vive et de l’accès aux informations.
-La capitalisation a
posteriori elle-même dépend du temps qui sépare l’action de la
capitalisation. Si le délai est court, il est difficile d’identifier les
savoirs fondamentaux avec certitude, mais cela donne un accès complet à
l’information. Si le délai est long, les savoirs fondamentaux apparaissent
clairement, mais la mémoire vive s’altère, car la rétrospection devient
difficile et incertaine. Il faut s’assurer que la mémoire existe et qu’elle est
accessible.
4. Les acteurs de la capitalisation
Qui capitalise et pour
qui ? La capitalisation ne trouve pas son âme véritable dans la large
communication et diffusion. Capitalisent principalement les producteurs de savoirs
faire. D’ailleurs, le savoir n’est repérable que par celui qui a conduit
l’action ou géré l’action.
Celui qui sait, c’est celui
qui fait. De plus, on capitalise pour soi et à partir de son savoir pratique.
Une capitalisation menée par un intervenant externe aux acteurs directement
concernés par l’action semble difficile même si il connaît les détails intimes
de l’action à capitaliser. Une capitalisation ne peut être un descriptif
détaillé.
Si la capitalisation implique
une démarche personnelle, cela ne signifie pas qu’elle soit un acte solitaire.
Une tierce partie peut prendre le rôle d’incitateur, de propulseur de la
démarche. Une interaction se produit entre elle et les acteurs. La partie
tierce facilite le dialogue. Elle accompagne les personnes dans le travail
d’introspection en créant une intimité, une culture de confiance, une situation
d’accouchement...
5. Méthodologie de la capitalisation
Elle ne relève pas d’une
démarche méthodologique structurée comme on la trouve dans les logiques de
planification.
Elle exige cependant un
minimum de méthode à adapter au contexte
dans lequel elle s’exerce. Les principes d’action seront choisis en fonction de
deux principaux facteurs:
1. Le moment de la
capitalisation en tenant compte de l’accessibilité des informations, corrélées
à l’espace temps
2. Les acteurs
impliqués : s’agit-il d’une capitalisation interne individuelle ou
collective ? D’une capitalisation assistée ou interne où un opérateur est
chargé de repérer et d’extraire les savoirs utiles à l’action ?
5.1. Le cadre de
référence
Créer un cadre permettant de
recueillir la matière en prenant pour point de départ l’objet de capitalisation
(action, secteur, période d’activité professionnelle..).
La première étape consiste à
créer un cadre de référence à partir de l’objet de capitalisation (une action
déterminée, thématique, démarche). Il s’agit de collecter l’information
nécessaire à la capitalisation. La réflexion sur la capitalisation passe
d’abord par la mobilisation de la mémoire des acteurs.
Les informations se trouvent
aussi dans divers documents (rapports d’activités, notes méthodologiques,
rapports d’évaluation, études..). Cependant ces derniers se rapportent
davantage à la l’inventaire des actions plutôt que sur le comment
de leur réalisation. Ils constituent des compléments, des
éléments d’appoint
La démarche chronologique est
le cadre de référence le plus simple pour mobiliser la mémoire, individuelle ou
collective, plus les autres sources.
A partir de cette succession
de faits repérés dans le temps d’éléments pertinents relatifs à l’action, il
s’agira d’identifier les acteurs impliqués et les résultats atteints.
On reconstitue l’histoire de
l’action :
-ce que l’on a fait : il
s’agit de décrire l’action
-dans quel ordre l’action
est-elle faite :organiser chronologiquement la description
-avec qui l’action a été
faite : inventaire des acteurs personnes, groupes, institutions qui ont
contribué à l’action
La référence descriptive
chronologique permet de repérer les points d’inflexion internes ou externes qui
ont fait évoluer l’action de manière significative. A quel moment l’action
objet de capitalisation, a connu des sauts qualitatifs, a avancé de manière
significative ?
Si la référence chronologique
ne peut être établie directement, deux méthodes sont possibles :
1) Demander
à chaque acteur de reconstituer individuellement sa propre chronologie, puis
créer une référence commune au groupe à partir des travaux de chacun ;
2) Initier
dés le début le cheminement collectif par une collecte des histoires de vie.
Ces dernières ne se déroulent pas toujours au même espace temps, mais elles
s’appuient sur des éléments jugés importants par les acteurs. Il s’agira de
construire une lecture transversale des récits.
Les
matériaux ainsi collectés sont classés
en vue de constituer un cadre de référence, on appelle cela « la vider
classer »
5.2.Le repérage des
points d’inflexion
Le repérage des points
d’inflexion, c’est à dire les changements significatifs, les faits internes(par
exemple la distribution des tâches), ou externes(éléments non maîtrisables par
les acteurs de l’action), qui ont influencé structurellement l’action, les
sauts qualificatifs, les périodes où l’action a avancé de manière
exponentielle. Il s’agit d’identifier les moments de facilitation qui ont fait
évoluer l’action de manière significative.
Cette approche permet de
dépasser la vision de l’action sous forme d’un déroulement linéaire des
actions. Elle la montre avec des arrêts
et des activités, des arrêts et des bonds. Elle permet de dépasser et de cantonner les obstacles, des
sauts pertinents, les boosters d’action.
Ainsi évite-t-on d’être noyé
dans les informations. Il s’agit donc d’un processus dynamique, qui ne se
confond pas avec la notion d’archivage.
La recherche des points d’inflexion
permet de préparer le travail de capitalisation.
5.3. Identification et
classement des savoir faire/extraction des savoir faire
La troisième étape d’une
capitalisation consiste à chercher à répondre à la question : à partir des
points d’inflexion dégagés, quelles sont les compétences créées, celles qui me
sont propres et qui doivent être conservées ?
Comprendre comment on a
construit ces éléments jugés indispensables à l’action, les facteurs de
réussite, de connaître comment les difficultés, les obstacles, ont été
contournés, dépassés, résolus. La question du comment ne se réduit pas à un
rappel des conditions préalables, ou la justification de l’action menée.
Ces changements, ces
boosters, sont la manifestation de compétences et de savoirs. La reconstitution
des méthodes d’actions va faciliter le repérage des savoir-faire : quelles
ont été les autres méthodes disponibles ? Existait-il d’autres
alternatives ? Pourquoi ne les ai-je pas choisies ? Qu’est-ce que
j’ai essayé et qui n’a pas abouti ?Qu’est ce quia motivé le choix des
actions ?
Au quotidien ces
questionnements sont fréquents. Comment a-t-on fait ? L’enjeu est de
repérer dans l’ensemble des acquis, les savoirs transposables, fondamentaux et
endogènes, différents de ceux déjà connus par d’autres acteurs, ou d’autres
structures, et qui recélent une plus-value.
D’abord, ces savoir faire
doivent être classés en savoir faire spécifiques
(utilisables uniquement dans certaines circonstances ou utilisable par la
personne qui les a mis en œuvre) et en savoir faire transposables
(fondamentaux).
Ensuite dans un second temps,
les éléments empruntés et connus, c’est à dire classiques
et externes, rattachés à d’autres sources, d’autres acteurs, et les savoirs endogènes
créés par le projet, l’action. Ces derniers révèlent la capacité des acteurs à
créer de nouveaux savoir-faire.
Pour faire cette
classification, il faut connaître la pratique des autres. Tous les savoir faire
sont pertinents pour l’auteur. Mais dans la capitalisation seuls les savoir
faire transposables et endogènes pourront être mis en œuvre par d’autres
praticiens et pourront donc être partagés et diffusés.
5.4.
La modélisation.
Elle vise les objectifs
suivants :
-rendre le savoir
réutilisable pour des actions ultérieures, en sachant que les situations à
venir ne seront jamais totalement identiques à celle ayant permis d’alimenter
la capitalisation.
-identifier les alternatives,
dégager de nouvelles perspectives, innover..
-rendre les savoirs
transposables, mettre les utilisateurs qui n’ont pas fait le même cheminement
et n’ont pas eu la même expérience que les acteurs dans un même état d’esprit
-se donner les moyens de la
diffusion
A ce niveau il importe de
distinguer modélisation et théorisation..
Chapitre 8. Exemples de
politiques publiques sociales inclusives
1. Cadre légal
1.1. La CRDPH :
Présentation d’aspects essentiels de la Convention
Elle énumère et définit les
principes : dignité, non discrimination, participation, inclusion,
accessibilité, équité,
Obligations pesant sur les autorités publiques issues de
leurs engagements vis-à-vis de la CRDP :
-Empêcher que l’on fasse
obstruction à la jouissance d’un droit
-Prévenir que les autres portent atteinte à la jouissance
d’un droit
-Adopter les mesures appropriées
pour la pleine réalisation d’un droit
Cadre référentiel majeur
aujourd’hui incontournable.
1.2. Cadres légaux nationaux
au Maroc, en Algérie et en Tunisie
Dispositions constitutionnelles : constitution de juillet
2011 au Maroc, constitution tunisienne de 2014
Instruments juridiques : lois
organiques et lois ordinaires, les textes d’application, décrets et arretés.
Dispositifs institutionnels :
au carrefour de plusieurs institutions dont commissions, conseils, délégations interministériel,
comités..
Le mouvement de production
des textes juridiques est relativement nouveau. Il semble devenir plus dense au
cours des dernières années. La phase actuelle des réformes politiques semblent
l’impulser.
2. 2- Politique publique/
approche droit
En insistant sur une
représentation des politiques publiques en termes d’approche droit, on ne paart
pas d’un constat des besoins exprimés, de maniére ponctuelle pour y
répondre par des actions ponctuelles,
mais de ce qui devrait être, dans la durée dans le cadre référentiel constitué
par les principes des droits humains et les obligations des Etats de protéger,
respecter et réaliser les droits de
citoyens .
La politique publique désigne
l’action ou l’ensemble d’actions menées par une autorité publique, définie
comme une institution centrale de l’Etat (l’Exécutif, le Législatif, le
Judiciaire, etc..), ou autres prolongements représentations de l’Etat central, en partenariat des
organisations publiques et/ou privées
seule ou autres. Les politiques
publiques peuvent concerner toute la population ou un plusieurs sous
groupes qui la composent, à la suite d’une prise de conscience collective.
Il faut :
1) disposer d’informations
sur le problème et d’une grille de lecture ;
2) disposer de normes
sociales et légales au regard desquelles une situation est définie comme
problématique.
3) disposer de la possibilité
de mobiliser les acteurs pour que le problème devienne public ;
Retenons une définition
plutôt large : « Une politique publique
se présente sous la forme d’un programme d’action gouvernemental dans un
secteur de la société ou un espace géographique ».
La politique publique
concerne ce que des acteurs décident de placer dans le champ de l’intervention
publique, variable dans le temps et l’espace, et dépend du rôle attribué ici ou
là à l’Etat, fruit d’acteurs aux intérêts multiples, divergents, voire opposés.
Les politiques publiques
nationales ont nombre de points communs avec les politiques publiques locales.
Parmi leurs divergences, les politiques publiques nationales sont soit
thématiques, soit territoriales tandis que les politiques publiques locales
sont liées à un territoire
3- Politique publique
inclusive
Sur le contenu, une politique
dite inclusive met l’accent sur les principes d'accessibilité, de dignité, de
non-discrimination, de participation d'équité,
d’inclusion, d’égalité et de compréhension de handicap comme une
continuité entre l’individu et l’environnement, pendant l’ensemble des cycles
de vie. Elle implique que l’on vérifie qu’elle ne comporte pas d’éléments
d’exclusion mais la nécessité permanente d'évaluer le risque d’exclusion. Elle
relève de l’ordre de la prévention, peut être faut-il dire de l’anticipation,
et en termes de management, elle consiste dans le traitement de l’existant (le
cadre légal disponible, les ressources humaines et matérielles existantes, les
formations disponibles.., ne se contentant pas d’y apporter des correctifs
valables pour des situations particulières, mais en produisant des normes universelles, en prenant en considération les éléments
facilitateurs et les obstacles. Une politique publique inclusive s’inscrit
d’emblée contre la discrimination directe et celle indirecte.
En amont, chaque étape de la
politique publique est une opportunité de participation pour l’ensemble des
acteurs, sollicitant une interaction entre pouvoirs publics et organismes non
gouvernementaux, dont le partage de la connaissance, un cadre méthodologique
reposant sur du dialogue, de la consultation, de l’information, de la
concertation, du partenariat, etc..et pouvant prendre la forme d’une
co-construction/ ou d’une cogestion.. avec des niveaux de participation variés.
La prise en considération de
l’accessibilité a été posé par la CRDPH comme devant « permettre aux personnes
handicapées de vivre de » façon indépendante et de participer pleinement à tous
les aspects de la vie ».
4. Outils et instruments de
gouvernance : accessibilité, éducation/emploi / élections
Cela renvoie à la question de la vision d’ensemble et à ses
déclinaisons territoriales, au plan d’action opérationnel national et local.
Une attention particuliére
doit être accordée au respect des standards de PERTINENCE,
d’ACCESSIBILITE, d’ADHESION. La perspective recherchée ici est de réduire les
inégalités.
Concernant les outils, on soulignera l’existence de
plusieurs éléments :
-ce sont pour partie des outils juridiques,
principalement des textes, des lois..
-Il faut disposer aussi d’une
carte de données rendant compte de manière aussi précise que possible de la situation des handicaps sur un
territoire donné (une commune, une municipalité, une région), sachant qu’il n’
y a pas une catégorie unique de handicap, mais plusieurs types des
handicaps(selon le genre, selon les tranches d’âge, selon la nature…
-La réponse doit être
concertée avec pour but de réduire les inégalités et à cette fin le recours
aux différentes formes de participation
est nécessaire, notamment celle active
des organisations des personnes handicapées, tant au niveau national qu'au
niveau local.
-Cette dimension "outils et instruments
de gouvernance" impose en outre de
s’arrêter sur la politique publique
nationale, dans ses rapports avec la politique publique locale, sa place et son rôle dans le processus de
développement local, sur la base d’une approche partenariale, concernant aussi
bien la mise en œuvre, le suivi et évaluation.
Ainsi sur la base de ce qui
précède, il convient de procéder à l’élaboration des plans de manière
participative en tenant compte des personnes handicapées, des jeunes, du genre,
mais chaque fois l’inclusion est formulé
en termes d’exigence déterminante.
5. Trois exemples de mise en
œuvre à partir dans les expériences du
pays du Maghreb
On observe qu'il est peu
d'exemples dont les textes des institutions et ceux de la société civile
rendent compte. les cas d'illustration restent donc rares alors que
certainement les expériences vécues sont plus nombreuses. Il faudra fournir de
grands efforts pour capter des politiques publiques inclusives menées sur le
terrain, les consigner par écrit et y réfléchir. Un devoir de mémoire s'impose
ici, afin de faciliter leur exploitation à différents niveaux (théorique,
conceptuel, en termes d'action publique..), et en vue d'une capitalisation
ultérieure fructueuse. Sur la base des témoignages disponibles, un exemple par
pays sera mentionné ici. Aujourd'hui la présentation de l'expérience choisie
reste globale. Nous y reviendrons chaque fois lors des deux prochaines séances
5.1. Exemple de mise en
œuvre au Maroc
La premiére présentation
globale concerne l’expérience vécue
par le Club Bouregreg des Handicapés.
Aprés l'annonce de la décision de mettre en place le tramway de Rabat,
l'organisation civile a pris contact avec l'autorité chargée de la mise
oeuvre. Celle-ci sensibilisée perçut la
portée du probléme. L'organisation civile élabora un memorandum qui en fit
une force de proposition audible et
crédible. Un dialogue continu et
régulier eut lieu dans un contexte
participatif par excellence. L’Agence Bouregreg autorité publique,
chargée de mettre en place le tramway de Rabat, à travers le responsable de
l’ensemble des projets, les ingénieurs, les techniciens, voire même les
controleurs, s'impliqua fortement dans cette politique publique. Le degré
d'inclusion réalisé à cette occasion s'avéra remarquable et semble avoir ouvert
de grandes perspectives.
5.2. Exemple de mise en
œuvre en Algérie
Concernant l'Algérie, nous disposons de davantage de témoignages écrits que dans les autres
situations.
L'exemple algérien de
politique publique inclusive choisi,se rapporte à l' action menée dans la commune de Beni Izgen (Ghardaia) à 600km au sud d'Alger, par l’Association locale des Handicapés, membre de la Fédération Algérienne des
Personnes Handicapées. il s'agissait pour l'essentiel de remédier aux problèmes d’accessibilité dans
les lieux publics: principalement les écoles, les mosquées, la poste. ce
faisant, la démarche constitue une
expérience de politique publique inclusive de lutte contre l’exclusion des personnes en situation
d’Handicap. Le problème a été d'emblée
reconnu comme un problème public, et considéré comme tel par la collectivité
territoriale concernée avec affectation des ressources financières nécessaires.
Le faisceau des acteurs
impliqué semble assez large, impliquant
l'association locale des handicapés, la Fédération Algérienne des
Personnes Handicapées, l'Assemblée populaire locale, donc à la fois les élus
locaux, le personnel administratif, divers acteurs associatifs, et en relation
avec un projet de l'Union Européenne de développement local inclusif.
Les phases successives de la mise en œuvre de
cette politique publique mettent en relief un
niveau élevé de recherche d'inclusion
de la part des différents acteurs, en particulier les personnes
handicapées, et les résultats réalisés à l'arrivée semblent significatifs au
regard des objectifs.
La voie de la concertation et
du dialogue adoptée a dans l'ensemble
revêtu ici une valeur exemplaire.
Notons la place prise dans le
contexte algérien le cadre de référence que constitue la CRDPH.
5.3. Exemple de mise en
œuvre Tunisie
Après le 14/01/2011, les
Personnes handicapées, à l'instar des autres Tunisiens se sont mobilisées pour
défendre pleinement leurs droits et tenter de les promouvoir. Cela concernait
évidemment aussi les droits politiques.
Il importait que les personnes handicapées n'aient plus à revivre des situations d’exclusion et de
marginalisation, dans des moments aussi privilégiés et aussi significatifs
que ceux des premières élections après
les événements révolutionnaires que la Tunisie venait de connaitre.
Pour les élections d’octobre
2011, considérées comme la première étape du processus de transition
démocratique en Tunisie, il y avait le risque que rien ne change par rapport au
passé particulièrement concernant l’accès aux lieux du scrutin, et concernant
la participation politique elle-même. il
n'y avait pas initialement de mesures
spécifiques prises ou prévues par l’Instance Supérieure Indépendante pour les
Elections(ISIE) concernant cette catégorie de la population.
Le contact fut pris par l'Organisation
Tunisienne de Défense des Personnes Handicapées avec l'Instance en vue
d' assurer la pleine participation des Personne Handicapées. A cet
effet, l’Organisation s'est engagée dans
un processus de plaidoyer auprès de l'Instance
pour assurer la modification de la loi électorale et la mise en place de
mesures assurant l'accessibilité aux
élections.
L’expérience s’avéra exemplaire
et riche en enseignements, dans le sens des politiques publiques inclusives qui nous intéressent ici , en
dépit des contraintes de temps et de moyens, et des grandes difficultés sur
lesquelles nous reviendrons ultérieurement. La disponibilité montrée par
l'autorité publique chargée des élections semble remarquable. Le sens du
dialogue dont fit preuve également par l'association de défense des personnes
handicapées semble revêtir une grande portée. Le degré d'inclusion réalisé est
apparue aux yeux des acteurs comme incontestable.
Section 2 Politiques
publiques locales inclusives
1.
Les outils et instruments de gouvernance des
politiques publiques
Il s’agit d’étudier le cadre
légal, ainsi que les autres outils et
instruments de gouvernance pour les politiques publiques aussi bien pour leur
élaboration que pour leur réalisation ,
dont par exemple la concertation, , les moyens nécessaires pour influencer les politiques publiques locales. Dans ce dispositif, les
plans locaux de développement revêtent une importance particulière.
Connaitre les approches
pratiques pour inciter les acteurs publics et associatifs à se concerter et à
coordonner leurs efforts. Le cycle des politiques publiques locales diffère
peu de celui des politiques publiques nationales :
a.
Choix
de la problématique à traiter ; comment un enjeu fait l’objet d’un intérêt
public
Il s’agit ici des problèmes à
résoudre, les projets à soutenir, les
bonnes pratiques à adapter, les opportunités à saisir, les éléments des expériences à tenter, les données à
libérer (open data) , pour assurer davantage de transparence et de
participation. L’établissement d’un diagnostic : expression des besoins,
introduction dans l’agenda local, collecte et analyse des données, examen des
scénarii et prise de décision
b.
L’élaboration
de la politique publique
Cette
phase comporte deux phases :
-une
prospection des solutions
-le
choix d’une solution
1.cela
commence par une prospection des solutions
Ce second moment est celui de
la compréhension de la situation et de ses enjeux et des idées à mettre en
relief de manière collaborative. Il s’agit de proposer des réponses, de
concevoir différents scénarios possibles. fixation des objectifs, définition
des résultats attendus, en déterminant les activités et les livrables
2.
Cela
est consacré par le choix d’une solution La validation et
approbation : programmation de l’activité et validation budgétaire
c.Le passage à l’acte. Concrétisation d’une
solution : il concerne celui de la réalisation pratique
des décisions
L’exécution
et mise en œuvre : gestion des stocks (services, études, nombre de jours
de travail, préparation des termes de référence, des dossiers d’appel d’offre,
procédures de gestion, recrutements,
pour les contractants, formalisation des conventions..). Démarrage des
chantiers.
d.Enfin la surveillance des résultats, c'est-à-dire
de la vérification de la mise en œuvre, du bon fonctionnement de la politique en question. Avec élaboration
d’un système de suivi visant à établir
l’état d’avancement des activités, et à gérer les dimensions financières.
Elaboration des indicateurs de suivi et du système de collecte de
l’information, d’organisation, du traitement de l’information
Plutôt que de budget
participatif, il a été plus question dans les trois pays de budget citoyen,
c'est-à-dire de la vulgarisation du budget, ce qui signifie simplement rendre
plus facile sa lecture. Dans d’autres contrées, le budget participatif a fait
son apparition au niveau local. La population participe à la budgétisation au niveau
d’une portion, jamais de la totalité, ou des secteurs comme par exemple, par
exemple les secteurs sociaux. Ces pratiques commencent à peine à voir le jour
au Maghreb.
3.
Récit
de la politique publique inclusive au Maroc
Le Club Bouregreg des
Handicapés a pris contact avec l’Agence
du Bouregreg, autorité publique chargée de mettre en place le tramway de Rabat.
Pour les premiers, il s’agissait de persuader les décideurs, de sensibiliser
les ingénieurs et les techniciens à travers des échanges, un dialogue
construit, continu, régulier.. L’intervention du Club lui a conféré la posture
d’une force de proposition.
a.
Il en résulté la
reception du probléme, comme probléme public à résoudre. L’autorité chargée de
mettre sur pied le tramway de Rabat l’a intégré
dans son agenda. Il s’agit là de la reconnaissance de l’existence d’un
problème public. Le problème est ainsi introduit dans le champs public
b.
/On peut considérer
que les échanges entre le Club et les ingénieurs, les techniciens, les
administratifs participe à la fois du diagnostic et de l’élaboration d’une
solution du probléme posé
c.
Il ressort clairement
des données accessibles qu’un examen des solutions possibles et des scénarions
a été effectué et qu’une démarche a été définie, des mesures, des correctifs apportés
au premier concept
d.
La mise en œuvre/
l’expérimentation/ l’administration est même allée très loin en demandant au
Club de prendre en charge . L’autolimitation du Club parait appréciable
Enfin
il nous reste toutefois à examiner, dans la troisième leçon, la surveillance
des résultats, la vérification de la mise en œuvre, le bon
fonctionnement de la politique en
question)...
4.
Récit
de la politique publique inclusive en Algérie.
Après l’Identification de nb
de problèmes d’accessibilité dans des lieux publics comme la poste, la mosquée,
l’école, un Dialogue fut mené avec Assemblées Populaires Communales de Béni Izguen.Il s’agissait de lutter contre
l’exclusion des personnes en situation d’Handicap en passant par trois phases
successives :
a. Choix de la problématique à traiter ; comment un enjeu
fait l’objet d’un intérêt public
Il y a en amont , peut être
m^me à la base , le travail de sensibilisation de la société civile. J’imagine
tout le travail opéré par la FAPH
b. Proposition de solution
Ce second moment est celui de
la compréhension de la situation et de ses enjeux et des idées à mettre en
relief de manière collaborative. Il s’agit de proposer des réponses, de
concevoir différents scénarios possibles. Comme la première phase, elle est
conçue avec l’ Assemblée Populaire Communale
de Béni Izguen, d’un diagnostic,
c. Choix d’une solution, on est devant plusieurs
scénarios : le choix de certains lieux publics
(mosquées, écoles, poste)avec les élus, dans les limites du budget disponible,
sur la base d’un partenariat,
d. Concrétisation d’une solution : ce
moment concerne la phase opérationnelle,
celui de la réalisation pratique des décisions. Dans une durée dûment
circonscrite, il fut procédé à la mise en œuvre de la politique publique
inclusive concernée en associant les efforts de la société civile, à ceux des
élus, du personnel technicien et administratif, et des autorités publiques.
e. Enfin il restera à examiner plus tard, dans la troisième
leçon, la surveillance des résultats, la vérification de la mise en
œuvre, du bon fonctionnement de la
politique en question)...
5.
Récit
de la politique publique inclusive en Tunisie
A la suite de la révolution
du 14/1/11, les Tunisiens se sont mobilisés pour défendre pleinement leurs
droits et ne plus revivre la marginalisation, et comme il a été dit en
présentant la derniére fois cet exemple, il en est de même des personnes
handicapées. Les élections d’octobre 2011 ont constitué une première étape du
processus de transition démocratique. Pour les personnes handicapées, le risque
était grand qu’il n’ y ait pas beaucoup de changement. Aux moments des élections, l'ISIE qui n’aat
ren prévu au départ comme mesures sur
l’accessibilité aux lieux de vote pour les personnes handicapées. L’instance
Supérieure indépendante pour les élections montra une grande réactivité aux
demandes du collectif tunisien des Personnes Handicapées. Au bout d’un
processus de concertation, et sur la
base d’un mémorandum présenté par le collectif, où était défini le probléme à
résoudre, elle finit par produire un texte juridique contraignant (un décret),
permettant à l’handicap de voter. Le texte disposait aussi, notamment, dans son article 3 le recours obligatoire à
un interprète en langue des signes pour les émissions télévisées de la campagne
électorale. Un projet de diffusion télévisée en langue des signes fut adopté
permettant d’assurer de l’interprétation. Cette démarche entraina un ensemble
d’initiatives dont un travail particulier sur le langage des signes, le recrutement, et la formation des interprètes.
La section 3 que nous allons
étudier maintenant est centrée sur les Méthodes d’analyse des
politiques publiques et les enseignements, en particulier au regard du suivi et
de l’évaluation
I.
Nous
allons d’abord procéder à une cadrage conceptuel autour de la question du suivi et de l’évaluation, en passant en
revue quelques définitions clés
Le monitoring
permet de savoir ce qui se passe, de vérifier les faits, de divulguer les
informations, de collecter les données, d’utiliser des indicateurs pour mesurer
des progrès, vers la réalisation effective des droits, d’identifier les
violations ou les lacunes de l’application des droits. En l’occurrence, le
monitoring est une collecte efficace d’informations vérifiées dont
l’utilisation permet de traiter les problèmes de violation les droits des
personnes handicapées. Il permet de dégager les données précises, factuelles,
les faits et des chiffres utiles pour le lobbying et le plaidoyer, avec comme
objectif le changement, l’amélioration. Ce n’est pas un mécanisme de sanction
Le suivi
marque un stade plus avancé, en ce sens qu’elle ne se limite pas au relevé des
données. Le suivi fait partie de la gestion. Il s’agit de mesurer l’état
d’avancement de la politique publique concernée. Le suivi est le fait du
personnel concerné, acteur de la politique
publique en question.
L’évaluation n’est
pas continue, elle est limitée dans le temps, elle peut avoir à la fin d’une
politique publique comme elle peut avoir lieu en cours, exercée par une
expertise externe, elle vérifie la pertinence, l’efficacité, l’efficience, la
durabilité. A pour objet d’apprécier l’efficacité de la politique concernée en
comparant les résultats aux objectifs assignés et aux moyens mis en œuvre
Evaluer, c’est élaborer un
référentiel (un ensemble de critères opératoires et politiquement légitimes de
l’efficacité et de la réussite d’une politique, formuler des questions de recherche adossées à ce
référentiel et pertinentes du point de vue de l’action et de la décision, et y
répondre en puisant dans la boite à outils des sciences sociales et du
management
L’importance acquise par le
suivi et surtout l’évaluation tient au
fait que l’obligation de rendre compte s’enracine profondément dans la culture
politique.
Il s’agit de mesurer, améliorer, mettre en valeur les performances sur la base
de standards [sl1] de
perfectionnement, avec le souci d’améliorer la qualité et l’utilité, de
dépasser l’opacité et la complexité des systèmes, en s’octroyant une marge de
prévision. En l’occurrence, l’évaluation revet une importance particuliére du
fait qu’elle doit suivre le respect sur le terrain d’un certain nombre de
standards comme ceux de l’accessibilité, de la participation..
Deux modalités majeures
doivent être mises en relief : le contrôle de gestion et l’audit.
Le contrôle de gestion
d’abord : traduction de l’expression « management », focalise
l’attention des acteurs sur les résultats de leur activité, direct par
objectifs, gestion axé sur les résultats,
le controle des résultats, de la
performance. Il met l’accent sur la prévision, et sur la pertinence des
décisions prises.
Cette modalité favorise le
recentrage de l’action des organisations publiques sur les finalités et non
plus seulement sur les procédures. Le
contrôle de gestion introduit la transparence et favorise l’apprentissage
Le contrôle de gestion donne
également plus d’effectivité au contrôle politique (exercé sur les managers du
secteur public par le gouvernement et sur le gouvernement par le parlement,
(pertinence, efficience, efficacité)
L’audit se définit comme l’examen d’informations par
une tierce personne, autre que celle qui les prépare ou les utilise avec
intention d’établir leur véracité et de faire un rapport sur le résultat de cet
examen en vue d’augmenter l’utilité de
l’information pour l’utilisateur. Elle s’est développée d’abord dans le domaine
financier et s’est étendu à la gestion, concernant la fonction commerciale, le
marketing, la production, les ressources humaines, le système
d’information..L’extension de son champ a brouillé les frontières entre l’audit
et l’évaluation
2. La participation
Dans un contexte où la
démocratie participative devient
importante aux cotés de la démocratie représentative, les citoyens, la société
civile, pèsent grandement dans l’évaluation des politiques publiques.
La conduite des politiques
publique implique la prise en considération du point de vue des citoyens afin
de légitimer les politiques publiques, mais aussi pour réorienter l’action. Une
politique publique devient plus légitime lorsqu’elle repose sur une large délibération.
La participation est une donnée majeure de la vie des politiques publiques qui
ont cours dans un contexte où la culture numérique se déploie pleinement,
contexte marqué aussi par la diffusion
de l’information, la production de rapports périodiques sur les réalisations,
l’organisation de débats publics, l’usage fréquent des sondages d’opinion, des
enquêtes de satisfaction concernant les
prestations assurées par le service public, la charte des citoyens..
3. Etapes de l’évaluation
l’ [sl3] évaluation des politiques publiques inclusives
parait encore plus pertinente dans ce domaine particulier en raison du cadre
d’analyse utilisé et des principes transversaux qu’il véhicule : Respect
de la dignité et de l’autonomie individuelle ; Non-discrimination, participation et
inclusion ; Respect de la
différence et diversité ; Accessibilité ; Egalité d’opportunité ; Egalité entre femme et home;
Respect des capacités des enfants handicapés et leur
droit de retenir leur identité
les
étapes d’évaluations sont
a. Redéfinir,
délimiter les objectifs et les plans
d’action nécessaires à leur réalisation au départ
b. Passer
en revue les activités menées
c. Vérifier,
surveiller et mesurer les activités et rendre compte des résultats
d. Montrer
les actions de redressement pour améliorer en permanence les performances
(amélioration des activités, leur extension, ou leur remplacement). Ici évaluer
renvoie à agir et entreprendre..
II.
Après cette visite aux
aspects théoriques revenons maintenant au terrain. Dans les etudes d’ exemples
pratiques que nous allons examiner maintenant, exemples que nous avons déjà
exposés dans les deux chapitres précédents, trois niveaux vont être
sollicités : le décryptage de la démarche, objectifs et
réalisations, facteurs de succès et limites
1. Revenons sur l’exemple de politique publique inclusive que nous avons choisi pour
le Maroc, celui du tramway de Rabat, mais cette fois du point de vue de la problématique du suivi et de l’évaluation
a.
Décryptage de la démarche
Le Club Bouregreg des
Handicapés a pris contact avec l’Agence
chargée de mettre en place le tramway de Rabat. Pour l’association des
personnes handicapées, il s’agissait de persuader les décideurs, de
sensibiliser les ingénieurs et les techniciens de prendre en considération les
intérêts de la population handicapée. La méthode adoptée est celle du dialogue.
1) Entrée en contact
directement avec le responsable de l’ensemble du projet, le décideur central,
travail de persuasion auprès del’autorité chargée du projet de mise en place du
tramway de Rabat. . Ce lobbying et plaidoyer repose sur l’idéeque
l’organisation défenseur des handicapées est une force de proposition
2) L’apport de cette force de
proposition est à la fois technique et théorique( l’association des personnes
handicapées insiste sur le fait qu’elle développe un discours et un
comportement technique, et non
idéologique ou moraliste). Elle adopte
aussi une posture pratique « en effectuant
des visites des projets en réel et avec (les) fauteuils en testant tous les
quais de toutes les station ».
4) Elle faire valoir les avantages , notamment
économiques des demandes de la population handicapée
b. Objectifs et
réalisations
-conduire une démarche de
lobbying et de plaidoyer
-faire en sorte que des
centaines de Personnes Handicapées prennent le tramway, en tenant compté de
tous les types de déficience,
-former des employés du tramway pour qu’ils sachent
communiquer avec les personnes handicapées
c. Facteurs de succès et
limites
Après avoir dressé un bilan favorable de cette
politique publique, ’évaluation permet en outre de mesurer les raisons de
succès et les difficultés qui se sontrévélées:
-le succès tient à la
stratégie de concertation effectivement
adoptée, au dialogue constructif, régulier mené sur la durée
Les auteurs de cette
expérience estiment avoir eu de la chance de trouver des interlocuteurs
disponibles, d’avoir trouvé de bonnes entrées pour ce faire..
-La disponibilité des
partenaires de l’organisation des handicapées à travailler sur la question de
l’accessibilité,
-cependant le plaidoyer doit continuer à divers niveaux
et un guide simple adapté sur l’accessibilité doit être adopté.
4. Pour l’Algérie, revisitons une nouvelle fois la politique
pubique inclusivise menée dans la commune d’Bni Izguen , mais cette fois depuis
l’angle du suivi et de l’évaluation (5mn)
a. Décryptage de la démarche
Après l’Identification de
nombreux problèmes d’accessibilité dans des lieux publics de Beni Izguen, dépendant de Bounoura, un
dialogue fut mené avec l’Assemblées Populaires Communale du territoire concerné.Il s’agissait de
lutter contre l’exclusion des personnes en situation de handicap en passant par
trois phases successives : «élaboration d’un diagnostic, démarrage d’une
phase opérationnelle, le tout sur la base d’un partenariatentre plusieurs
acteurs
Il fut procédé à
l’identification des problèmes d’accessibilité dans les principaux lieux
publics (la poste, la mosquée, l’école) à travers un dialogue de l’association
locale des Personnes Handicapées avec
l’Assemblée Populaire Communale et d’autres acteurs concernés, des réunions
eurent lieu de juin à décembre 2011(six
mois), une démarche fut mise au point avec fixation des délais pour les actions
à mener , et les ressources utilisables
b. Objectifs et réalisations furent définis comme suit
Réaliser des progrès en
matiére d’accessibilité
Rendre plus visibles les
personnes handicapées, faire mieux connaitre les problèmes de l’accessibilité
Prendre en considération les
différentes situations de handicap
Renforcement du lien social,
participer à un processus de développement local inclusif intégrant le handicap
c. Facteurs de succès et limites
Le
bilan dressé est évalué comme positif par les acteurs
De nombreux facteurs ont joué
en faveur de l’expérience. Citons parmi eux :
-les formations dont ont
bénéficié les associations en matière de développement local
-L’accueil favorable des élus
qui se sont appropriée la politique publique
-L’approche droit a prévalu
ainsi qu’une conception universelle des droits : « tous les citoyens,
à tout moment.. », et non un droit catégoriel
- L’intérêt économique d’une
telle entreprise est incontestable
- L’’appui de la
Fédération Algérienne des Personnes
Handicapées et des autres associations
Cependant, à l’inverse, des difficultés ont contrarié
cette démarche :
- la différence de culture
entre l’autorité locale, plutôt de
culture moderne et le
« Conseil des notables » gardien des anciennes traditions
-
une connaissance souvent insuffisante des normes d’accessibilité par les services techniques du territoire ont
-Les
ressources financières affectées à cette
politique publique paraissent limitées au vu de tout ce qui pourrait être
entrepris s’il y avait plus de moyens
5. Exemple de suivi évaluation la Tunisie
a.
Décryptage
de la démarche
Lors des élections d’octobre
2011, première étape du processus de transition démocratique, l'ISIE ne prévoyait pas de mesures sur
l’accessibilité aux espaces de débat publics et aux lieux de vote pour les
personnes handicapées. Elle montra cependant une grande réactivité aux demandes
du collectif tunisien des Personnes Handicapées formulées dans un mémorandum.
Au bout d’un processus de concertation, elle finit par produire un décret permettant à l’handicap de
voter, énonçant le recours obligatoire à
un interprète en langue des signes pour les émissions télévisées de la campagne
électorale.
Objectifs et
réalisations tels que définis par les partenaires se déclinaient comme
suit :
Inclure des groupes et
associations dans la décision politique à un moment aussi important que l’est celui des élections.
Favoriser la participation
politique des personnes handicapées
Mener un dialogue constructif concerté avec
l’Instance Supérieure Indépendante pour les
élections, les partis politiques et les décideurs
Faire de la question de l’accessibilité politique une question importante de l’agenda politique
à ce moment particulier de la vie politique que constituent les élections
b. Facteurs de succès et limites
L’évaluation
faite fait prévaloir les aspects positifs
Parmi
les facteurs favorables on cite :
-l’Importance
du travail de l’Organisation Tunisienne des Droits des Personnes Handicapées
sur la base du droit et des engagements internationaux
-la
bonne volonté de l’Instance Supérieure Indépendante pour les Elections
-Bonne
collaboration de la télévision tunisienne prise en charge du cout de
l’interprétation, des centaines de spots enregistrés, etc..
Parmi
les difficultés on cite :
-l’absence
de personnes formées pour effectuer le travail de communication adapté pour les
personnes handicapées,
-des
mots manquaient au langage des
signes : constitution, démocratie, assemblée constituante, communisme,
droite, gauche..
-absence
de langue des signes unifiée..
Quelques
remarques conclusives
1° Il
existe plusieurs approches théoriques
-
Un modèle appartenant
à la famille technocratique de rationalité et de rendement, loin des désirs des
acteurs et de leurs aspirations subjectives. Ce modèle se base sur des choix et
des critères objectifs constants et suppose des études approfondies des options
pour aboutir à des meilleures solutions (approche Tayloriste).
-
Un modèle où le
politique est lourdement présent, c’est un contexte très politisé où les
enjeux, les défis, les risques sont fort dominants. Dans ce modèle, les
tensions sont aigues, on peut même parler d’une dramatisation des politiques
publiques : « si on ne fait pas ça, la situation sera
catastrophique ». Ce modèle se rapproche du précèdent dans le sens qu’il
cherche la plus grande rationalité, mais se trouve relié à des enjeux. Le
décideur se trouve confronté à des situations d’intérêts, sinon divergents du
moins distincts. Mais on est dans une situation caractérisée par une
articulation et une interdépendance des actions les unes par rapport aux
autres. C’est le cas par exemple du « gentlemen’s agreement » ayant
réuni l’Etat, le patronat et les syndicats, dans une situation qui, au départ,
était très divergente, voire conflictuelle et où les intérêts s’opposaient
fortement, pour aboutir grâce à un esprit de rationalisme, à une situation de
synthèse, c’est-à-dire aux dialogues sociaux. Mais cette situation ne peut être
envisagée que dans un cadre imprégné par les principes démocratiques.
-
Un modèle d’interaction
dans lequel le décideur glisse une décision et attend les réactions. Il procède
par la suite au réajustement de sa décision à la lumière desdites réactions. Il
s’agit d’une gestion des interactions par l’introduction des redressements
nécessaires. La politique publique est menée donc dans un cadre d’interactions
même lorsque les intérêts restent divergents. Cette tâche est difficile,
l’analyse devient phénoménologique ; la politique publique est alors une
trajectoire de mesures jamais achevée.
-
Un modèle systémique
(système d’in put/ out put), basé sur le comportement (le behaviourisme). Ce
modèle consiste en l’introduction des mesures, les acteurs réagissent de
différentes manières et on aura des sorties qui permettent des rétroactions.
2°.Autres remarques..
Table des matiéres
Chapitre I : Naissance
et développement de l’analyse des politiques publiques
1.
Délimitation
introductive du domaine
2. Problématique de l’analyse des politiques
publiques
3. Histoire du développement des Policy
sciences
Chapitre 2. Définitions des
politiques publiques
Chapitre 3. Le technique et
le politique
Chapitre 4. Caractéristiques
des politiques publiques
Chapitre 5. De la typologie
des politiques publiques
Chapitre 6. L'évaluation des politiques publiques
Chapitre 7. La capitalisation
dans les politiques publiques
Chapitre 8. Variété
d’exemples
Conclusions
Bibliographie
[1]Les
politiques publiques sont des questions techniques et donc peuvent être
appréhendées scientifiquement.
[2] Pour
approfondissement de ce point, voir article de M. Abdallah SAAF, « La
part du technique et du politique dans les finances publiques actuelles ».
[sl1]Je
propose de rajouter ici les standards en regard d’inclusion pendant la
monitoring, suivi et évaluation. Je pense par exemple aux principes clés
(accessibilité, participation ….) de la
CRDPH et comment ils peuvent être inclut.. VU/OK
[sl2]Concernant
la finalité il est important aussi donner preuve qu’il y a une évidence qu’une politique a un impact comme prévu. OK/vu
[sl3]Ici
je pense il sera possible d’introduire OPERA par exemple. Le problème est
l’anglais. Sinon déjà les principes seront pas mal pour avoir la notion
d’inclusion comme un aspect transversalOK. VU/OK Mais Opera pourrait être joint
aux documents.
[sl4]C’est
effectivement un élément important pour assurer que les groupes cibles peuvent
participer et comprendre les résultats..OUI/ VU
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