Introduction
L’impôt est au centre des rapports qui
lient une société à l’Etat qui la gouverne. L’impôt est en effet un fait social
intimement lié à l’évolution des sociétés et notamment à celle de leurs
institutions politiques, juridiques, économiques. L’article 14 de la
déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 fonde le principe du consentement
de l’impôt, qui, est à l’origine du principe de légalité de l’impôt, règle le transfert
du pouvoir fiscal aux représentants du peuple et assoit la légitimité du
prélèvement. L’impôt « prestation
pécuniaire, requise des particuliers par voie d’autorité, à titre définitif et
sans contrepartie, en vue de la couverture des charges publiques ». La
logique de l’imposition implique donc une notion de contrainte puisque l’impôt
est prélevé par voie d’autorité par l’administration. De même le contribuable qui
ne peut prendre connaissance de l’utilisation précise fait de ces fonds. La
tentation est alors grande de se soustraire au paiement des sommes dues,
reportant ainsi la charge de l’imposition sur les autres contribuables.
La soustraction au paiement de l’impôt
est fréquente, d’autant plus qu’éviter l’impôt est devenu plus facile dans le contexte actuel marqué
par une grande liberté et rapidité de circulation des capitaux et par le développement
du commerce électronique. Elle peut donc revêtir différentes formes :
D’abord, elle peut être passive, c’est à
dire lorsqu’elle demeure le fait du contribuable qui évite l’impôt en
s’abstenant d’accomplir l’acte taxable ou en réduisant sa consommation ou sa
production imposable.
Ensuite, elle peut être déclarée, ou des
groupes plus ou moins organisés ou de puissants lobbies cherchant à préserver
les intérêts de leurs composantes ou encore du contribuable qui conteste une
imposition qu’il estime sans rapport avec ses facultés contributives en
empruntant des voies contentieuses.
Enfin, cette soustraction au paiement de
l’impôt peut tout bonnement être cachée, et l’on se retrouve alors en face de
deux cas : D’une part, le
contribuable (avec ou sans complices) se livre à une exploitation habile des
dispositions fiscales (évasion fiscale), d’autre part, le contribuable se
laisse aller à une transgression ouverte et volontaire de la loi fiscale en vue
d’éluder l’impôt (fraude fiscale). A ce stade, c’est cette dernière qui retient
notre attention.
Malgré la difficile appréhension de ce
concept, il faut par fraude fiscale,
entendre une infraction aux lois et aux règlements fiscaux ayant pour but
d’échapper à l’impôt ou d’en réduire le montant. Il s’agit d’une violation
directe et volontaire de la loi fiscale qui se traduit par la soustraction
frauduleuse ou la tentation de se soustraire frauduleusement à l’établissement
de l’impôt ou au paiement total ou partiel de l’impôt. Par conséquent, et
contrairement à ce que prétendent certains fiscalistes, il ne peut y avoir de
fraude légale, dès lors qu’elle consiste précisément à violer la loi. L’ampleur
de la fraude fiscale est difficilement mesurée. Aussi, les études et réflexions
menées sur le système fiscal marocain n’ont abordé qu’accessoirement
l’évaluation de la fraude fiscale. Au Maroc les statistiques officielles en
2011 faisaient état de 115 000 entités soumises à l’IS déclarent un déficit de
manière répétitive, soit 65% de la population totale d’assujettis. Une
situation d’autant plus anormale que 2% des entreprises paient 80% de l’IS. Les
études et les débats sur la fraude tournent souvent très vite autour des
questions de contrôles ou de sanctions, alors qu’il est surtout important de
bien analyser et cerner le phénomène afin d’y répondre par une stratégie
adaptée dont les contrôles et les sanctions sont un élément nécessaire mais pas
le moteur.
La fraude fiscale est définie par l’OCDE
comme « toute action du contribuable qui implique une violation de la loi,
lorsqu’on peut prouver que l’intéressé a agi dans le dessin délibéré d’échapper
à l’impôt ».
Cette définition conduit à distinguer
dans l’acte frauduleux deux éléments. D’une part l’élément matériel qui
consiste dans l’irrégularité de l’opération et l’élément intentionnel qu’est la
mauvaise foi du contribuable.
La problématique de la fraude fiscale est,
à l’image du phénomène, complexe. Elle apparaît comme une limite au pouvoir
d’imposer et implique dès lors la confrontation des contribuables et de l’Etat.
En contrariant la collecte des ressources étatiques elle constitue un sujet
d’inquiétude pour les gouvernements. Cette inquiétude est de plusieurs ordres.
Elle revêt d’abord une dimension purement financière car la fraude génère une
perte de ressources fiscales. Néanmoins, si la fraude grève les capacités des
gouvernements à faire face à leurs dépenses, elle contraint aussi la
répartition équitable du fardeau du financement public entre les contribuables
en accroissant la charge de ceux qui demeurent honnêtes. En somme, la fraude
contrarie à la fois l’efficacité et l’équité de la collecte des ressources
publiques. Enfin, elle traduit également les lacunes du contrôle qu’exercent
les pouvoirs publics sur les agents privés et témoigne de la méconnaissance des
causes et des schémas par lesquels les contribuables éludent l’impôt. Dès lors,
afin de restaurer l’efficacité de la collecte il devient nécessaire de
s’interroger sur les causes de la fraude fiscale et les manifestations du
problème sous-jacent, avant de nous pencher sur les moyens mis en œuvre pour
l’éradiquer.
Pour ce faire, on suivra le plan
ci-après :
Plan
I.
La
réalité de la fraude fiscale
A.
Les
causes de la fraude fiscale
B.
Les
manifestations de la fraude fiscale
II.
Les
mécanismes de lutte contre la fraude fiscale
A.
Les
moyens de contrôle de la fraude fiscale
B.
Les
impacts du contrôle de la fraude fiscale
Conclusion
I. La réalité de la fraude fiscale
La fraude fiscale est un
phénomène de grande ampleur sur l’économie nationale, elle consiste en une
transgression des dispositions fiscales par recours à des actes illégaux afin
d’éluder l’impôt dû au trésor. Elle comporte un élément matériel et un élément
intentionnel et de ce fait diffère de l’erreur qui est un simple oubli de bonne
foi.
A.
Les
causes de la fraude fiscale
Plusieurs approches ont
été développées pour expliquer et relater les causes de la résistance à
l’impôt, ainsi il est difficile d’affirmer que tel ou tel facteur est
prédominant parmi la longue liste de ceux qui sont traditionnellement avancés
comme, par exemple, l’inadaptation du système fiscal, le refus des contraintes,
l’idéologie, l’antiétatisme, les mentalités, le goût du risque, la conjoncture
économique, et le poids de la pression fiscale D’une manière générale, les
causes de la fraude au Maroc peuvent être regroupées en causes techniques,
politiques et économiques.
Ø Causes techniques
:
Les causes techniques de
la fraude résident dans la complexité du système fiscal et dans la difficulté
d’évaluation de la matière imposable par l’inspecteur des impôts. L’obscurité
du droit fiscal se nourrit effectivement de la multiplication des textes, de la
croissance de leur volume et du caractère incessant de leur modification. A ce
sujet, des recommandations de différents organismes internationaux préconisant
la simplification et la stabilisation de la norme fiscale. Au Maroc, La
problématique de la fraude et de l'évasion fiscale a été facilitée par la
multiplicité des taux d'imposition, l'importance démesurée des exonérations et
la relative complexité de la législation fiscale. Le système fiscal a connu des
aménagements se traduisant par la diminution du nombre d'impôts et de taxes,
par la diminution des taux d'imposition et la réduction progressive des mesures
dérogatoires. Par rapport à la complexité du système fiscal, la D.G.I est
entrée dans un processus de simplification du système actuel autour de trois
principaux impôts (IR, IS, TVA). L'adoption de dispositions communes a permis
l'avènement du code général des impôts en 2007.
Ø Causes politiques :
Pour sa stabilité le
système politique fait recours aux recettes fiscales pour financer les
exigences de son environnement en termes de dépenses publiques. Au Maroc, les
choix politiques d’octroi des avantages fiscaux et le poids fort des groupes de
pression dans la de décision fiscale ont attisé la tendance à la fraude.
Consciente de cet état de fait, l’administration fiscale marocaine œuvre,
depuis quelques années, pour la réduction progressive des dérogations fiscales
et la consolidation d’une certaine l’équité fiscale, à l’instar des actions
menées au niveau international.
Il y a lieu de rappeler
brièvement que l’histoire du Maroc a connu des cas de non consentement à
l’impôt. Ceci justifie le fait que les parlementaires marocains avaient refusé,
en 1982, d’ériger la fraude en un délit pénal comme le proposait le projet de
loi gouvernemental sur la réforme fiscale.
Ø Causes économiques :
La situation économique
du contribuable affectée par la conjoncture économique commande souvent son
comportement en matière fiscale et peut l’inciter à la fraude.
Ainsi, le niveau de
prélèvement constitue un facteur important dans l’incitation à la fraude. Plus
le niveau d’un prélèvement est élevé, plus l’incitation à la fraude sera forte.
Par ailleurs, les coûts
supportés par le contribuable et découlant de la complexité des opérations de
paiement des prélèvements pèsent sur l’attitude du contribuable par rapport à
ses obligations fiscales. Ces coûts comprennent le temps nécessaire pour se
conformer aux formalités, les frais encourus parce qu’il faut, le cas échéant,
faire appel à un comptable et les coûts indirects qui découlent de la
complexité de la réglementation fiscale.
La complexité de
l’imposition est également présentée comme l’une des causes de la fraude
fiscale. La multiplication des déductions, exonérations et autres allègements
fiscaux qui favorisent, dans le cadre d’impôts synthétiques, la
personnalisation de l’imposition en adaptant au cas par cas la base imposable,
sont également moteurs de fraude. En effet, il ne suffit plus pour pouvoir
établir l’impôt de connaître la matière imposable et de la multiplier par le
taux d'imposition. Toute une série de corrections existent, qui comprennent
notamment les déductions à la base imposable brute voire même à l'impôt brut
selon l’imposition. Alors que la déclaration incite à la sous-évaluation de la
base brute, les déductions galvanisent les tentations de majorations dont le
corollaire est une diminution de la base nette. Pour la TVA, qui repose sur le
principe même de déduction, l’impôt dû devant être diminué des montants payés
au stade précédent, l’attrait réside dans le gonflement de la taxe d'amont,
récupérable. La présentation d’une facture justificative ouvre droit à
déduction alors des schémas de fraude à la TVA sont mis en œuvre impliquant des
intermédiaires, appelés « taxis », chargés de fournir les documents fictifs
opposables à l’administration. Pour les entreprises, les bénéfices bruts ne
sont imposés qu’après déduction des dépenses effectuées pour leur acquisition,
leur conservation. Dès lors, il est évident qu'il suffit de majorer les charges
pour diminuer l'impôt. En ce sens, la liquidation de l'impôt sur la base nette
est également source de fraude. Les incitations sont particulièrement
importantes pour les entreprises puisque les frais généraux déductibles sont
multiples, comprenant : les frais d'établissement, les frais financiers, les
loyers, les dépenses d'entretien et de modernisation, les primes d'assurance,
les frais de personnel, les dons ou subventions. En outre, les particuliers disposent
également d’un ensemble de dispositions spéciales qui permettent selon leur
profession d’adapter une stratégie de fraude avantageuse. En l’occurrence, les
contribuables percevant traitements ou salaires, peuvent en déduire des frais
professionnels. La diversité est ici encore une caractéristique inhérente des
allégements. Cela engendre donc autant d’opportunités de minimisation de la
dette fiscale, le particulier étant soumis à la même contrainte de
justification.
B. Les
manifestations et les impacts de la fraude fiscale
S’agissant tout d’abord des
manifestations de la fraude, elles sont diverses. Elle peut prendre la forme
d’une omission volontaire de déclaration, la dissimulation matérielle et
volontaire des marchandises importées pour échapper aux droits de douane, la
dissimulation comptable de la matière imposable, la dissimulation juridique des
donations par des actes de vente, les organisations d’insolvabilité et autres
manœuvres.
Ø La dissimulation
matérielle
Elle est l’image la plus
connue de cette fraude puisqu’il cache la marchandise qu’il ne veut pas
déclarer. De la même manière, le travail au noir illustre ce type de fraude
fiscale puisque le travail sera exécuté sans facture, aucune taxe, aucun impôt
ne sera payé. Enfin l’oubli volontaire de déclaration d’un revenu quelconque
constitue un tel type de fraude. Dans la même logique, un autre procédé de
fraude consiste à minorer ses revenus, c’est-à-dire à ne pas porter en
comptabilité tous les revenus retirés d’une activité. L’opération est assez facile
à réaliser pour les contribuables qui perçoivent une part importante de leurs
revenus en espèces, à l’encontre desquels les moyens de recoupement dont
dispose l’administration sont limités.
De manière générale, le
Conseil des prélèvements obligatoires dans son rapport de 2007, a établi une
classification des dissimulations matérielles. Il y aurait en premier lieu la «
production souterraine », qui correspond au travail au noir, «la production
illégale » qui comme son nom l’indique correspond à des activités interdites
comme le trafic de drogue ou la contrefaçon de différents biens, la «
production des ménages pour leur usage propre » et la « production du secteur
informel » qui correspond à des petites unités de production non déclarées,
ainsi en matière de TVA, certaines entreprises qui réalisent pourtant un
chiffre d’affaires supérieur au seuil de la franchise ne s’enregistrent
délibérément pas.
Dans une société, une partie des bénéfices
pourra être « transformée » en amortissement, les réserves en provisions.
D’autres comportements relèvent également de ce type de fraude : la double
comptabilité, une comptabilité fiscale, une comptabilité commerciale réelle :
le but est de réduire les recettes et d’augmenter les frais, la facturation de
recettes inférieures à la réalité, la vente sans facture pour éviter la TVA,
etc.
Ø La dissimulation
juridique peut prendre deux formes :
o
L’opération
fictive
L’exemple type
d’opération fictive est celui des fausses factures qui juridiquement parlant
retracent des opérations qui matériellement n’ont jamais existé pour en retirer
un bénéfice fiscal. La fraude peut également porter seulement sur une partie de
la rémunération : elle consiste alors à réduire l’assiette de l’impôt en
versant la rémunération du salarié non pas sous forme de salaire imposable mais
à travers des compléments spécifiques de rémunération : frais professionnels,
épargne salariale et intéressement, indemnités de licenciement…
o
La
fausse qualification
Une situation juridique
est transformée en une autre qui est fiscalement plus intéressante. Ou une
situation de fait est improprement qualifiée juridiquement. Ainsi, une mutation
à titre gratuit sera présentée comme une mutation à titre onéreux etc.… Mais
l’administration fiscale n’est pas liée par la qualification juridique donnée
par le contribuable.
Plus généralement, rentre
dans cette catégorie de fraude l’attitude qui consiste à chercher à bénéficier
d’une réduction d’impôt alors même que les règles prévues par la législation
n’y ouvrent pas droit.
En effet, les
comportements illicites caractérisés par un manquement à une obligation fixée
par la loi fiscale peuvent résulter soit d’une fraude caractérisée soit d’une
erreur, ce qui constitue les deux extrêmes du continuum. C’est ici le caractère
intentionnel de l’acte qui permet de dissocier celui de ces comportements qui subira
plus que des pénalités de réparation, des pénalités de sanctions. En effet,
l’erreur est commise en toute bonne foi par le contribuable, alors que le
comportement de fraude inclut une mauvaise foi avérée. Déterminer un fondement
à cette mauvaise foi permet alors de trancher. Ce révélateur objectif est
constitué de la nature même de l’infraction. D’ailleurs le Conseil des impôts
distingue l’acte frauduleux, « acte délictuel délibéré », de l’erreur qui ne
revêt pas, elle est, le caractère conscient et réfléchi de cet acte. L’erreur
trouve sa place entre l’évasion et la fraude fiscale mais « Dans une telle
approche, le droit et la morale s’entendent finalement pour ne condamner qu’une
catégorie de manquements considérés comme particulièrement graves ».
Pour ce qui est de
l’impact (ou les impacts), ils sont néfastes à bien des niveaux, il on
analysera sous deux angles, c’est-à-dire ceux qui sont perceptibles
immédiatement et ceux dont l’observation se fait sur le long terme.
Ø Les impacts
immédiats :
D’abord, la fraude
fiscale se traduit par un manque à gagner pour le trésor public, en effet,
l’Etat subit des pertes de revenus énormes. Ces pertes touchent directement son
niveau d'endettement et influencent sa capacité d'offrir des services et
financer des programmes qui répondent aux besoins d’une société, en constante
évolution. L’Etat pour mener à bien sa mission qui est celle de satisfaire le
besoin d'intérêt général a besoin des moyens et la fraude fiscale constitue un
frein. Elle compromet l'équilibre budgétaire de nombreux Etats en réduisant les
dépenses collectives.
Ensuite, elle constitue
une atteinte à la justice sociale, dans la mesure où il y a des citoyens qui
paient pour d'autres. En effet, les particuliers qui respectent les lois voient
leur charge fiscale injustement alourdie parce qu’ils doivent compenser pour
ceux qui s'adonnent à la fraude. Et cela a pour une autre conséquence le
non-respect du principe de l'égalité devant l'impôt. En plus, la fraude fiscale
augmente la pression fiscale sur les personnes qui paient effectivement
l'impôt.
Ø Les impacts
différés :
Ces impacts ont trait à
l’impôt en tant qu’instrument de politique économique et sociale et en tant que
facteur agissant sur des structures économiques et sociales.
D’abord pour ce qui est
la concurrence, il est établi que les entreprises qui s’adonnent à la fraude,
mènent des concurrences déloyales à celles qui ne fraudent pas. En faussant les
conditions de la concurrence, la fraude permet la survie non pas des plus
aptes, des plus utiles à la collectivité, des mieux équipées et des mieux
organisées, mais des plus frauduleux. Ceci est vrai dans la mesure où toutes
les entreprises appartenant à un même secteur et ayant des dimensions
semblables ne s’adonnent pas à la fraude. Or généralement, lorsqu’il existe au
sein d’un secteur une manie de frauder celle-ci est généralement pratiquée par
toutes les entreprises.
S’agissant du niveau
moral, il est plus difficile de savoir si le manque de rigueur moral est la
cause ou la conséquence de la fraude. En effet, les premiers contribuables à
entreprendre des actes frauduleux, couronnés de succès avec l’assurance d’une
impunité, s’offrent en exemple aux autres contribuables. La voie est alors
facile à la prolifération du phénomène. Et comme on le dit « la fraude appelle
la fraude ». Bien plus, il n’est pas étonnant de constater le renversement des
choses, la morale veut maintenant que tous les contribuables soient un
fraudeur.
C’est au niveau moral que
toutes les répercussions de la fraude se manifestent avec acquitté. En effet,
c’est à ce niveau que les impacts sont les plus graves car bien plus que les
pertes de ressources publiques, l’acte frauduleux, entraine un autre et
constitue de ce fait le premier maillon d’un processus difficile à contenir.
II.
Les mécanismes de lutte contre la fraude fiscale au Maroc :
L’égalité devant l’impôt
et le consentement à l’impôt sont des principes fondateurs garants d’une démocratie.
Aujourd’hui, ce principe se trouve fortement menacer par l’ampleur du phénomène
de la fraude fiscale qui cause un grave préjudice moral et financier à la société
dans son ensemble. C’est alors dans ce sens qu’on trouve dans quasiment tous
les pays du monde, y compris le Maroc, des moyens murement réfléchis par les
pouvoirs publics afin de la combattre.
A. Les
moyens de contrôle de la fraude fiscale :
Pour combattre la fraude
fiscale et éviter qu’elle se développe, la question des moyens est bien
évidemment un point central. Ainsi, au Maroc, ils sont de plus en plus repensés
ou du mois actualisé afin de permettre aux administrations de contrôle de la
fraude fiscale aux rangs desquelles, la direction Générale des impôts dont nous
avons pris comme exemple, de mener à bien ses missions.
Ø La Direction
Générale des Impôts
Pour mener à bien ses
missions et ses rôles la DGI s’est organisée en services centraux et services
régionaux selon un organigramme mis en place depuis le début de l’exécution du
plan d’action découlant des axes de la réforme fiscale entamée en 1984 à nos
jours. Désignés communément par « Administration centrale », les services
centraux sont placés sous l’autorité du Directeur Général, assisté par 4
directeurs centraux et 15 chefs de division et 47 chefs de services.
Dans le cadre de la
déconcentration des missions opérationnelles de la DGI, la structure et
l’organisation actuelle de ses services extérieurs reposent sur 11 Directions
Régionales. 18% des effectifs de la DGI sont déployés au niveau de
l’administration centrale à Rabat, et 82% au niveau des structures
déconcentrées au niveau régional et local.
Ø Répartition des
compétences en matière de contrôle fiscal
La répartition des
compétences territoriales en matière de contrôle fiscal est basée sur deux
critères à savoir le chiffre d’affaires des entreprises et le secteur
d’activité : négoce, industrie et services. Il ressort de cette répartition que
les prérogatives des brigades régionales et des inspecteurs d’assiette sont
délimitées à l’intérieur d’un seuil de chiffres d’affaires. Les affaires
dépassant les seuils fixés relèvent des compétences des brigades nationales. Ce
qui signifie en d’autres termes que la déconcentration des décisions
opérationnelles en matière de contrôle fiscal trouve ses limites en fonction de
l’importance du chiffre d’affaires des entreprises concernées.
Cette repartions
peut-être résumer comme suit :
Chiffre
d’affaires
Brigade
|
Négoce
|
Industrie
|
Services
|
Nationale
|
> 100
|
> 50
|
> 30
|
Régionale
|
De 3 à 100
|
De 2 à 50
|
De 1 à 30
|
Inspecteur
d’assiette
|
< 3
|
<
2
|
< 1
|
Ø Stratégies
d’organisation de la DGI
Afin de s’adapter aux
évolutions de l’environnement, des missions et des réformes successives, la DGI
a revu son organisation à plusieurs reprises et a modifié son mode de
fonctionnement et de travail en passant tour à tour d’une organisation par
impôt à une organisation par processus pour arriver enfin à une organisation
orientée client (contribuable) et centrée « service ».
Cette évolution du mode
de fonctionnement de l’organisation du travail au sein de la DGI traduit
également une évolution du mode de management au sein de cette administration
et l’influence des techniques modernes de gestion qui ont fait leurs preuves
dans les organisations du secteur privé et ont trouvé leur chemin
progressivement au sein d’un certain nombre d’administrations publiques.
B. Les
impacts du contrôle de la fraude fiscale :
Parallèlement à ce que
nous venons de voir dans les lignes précédentes c’est-à-dire les moyens de
contrôles ou de lutte contre la fraude fiscale, les résultats ne sont à ne sont
pas très bon, surtout si on se réfère aux :
Ø Les indicateurs de
performance
Sur le plan
international, les efforts déployés par le Maroc, pour simplifier ses
procédures fiscales et permettre un meilleur paiement des impôts sont jugés
insuffisants comme en témoigne un Rapport de la Banque Mondiale intitulé «
Paying Taxes 2011 », qui signale par exemple que « la TVA occupe 240 heures de
charge de travail en temps nécessaire pour s’acquitter de tous les impôts, et
les entreprises opèrent annuellement 28 paiements pour s’acquitter de l’impôt.
La politique fiscale porte ses fruits en termes de charge d’impôt supportée par
les entreprises, mais les procédures restent perfectibles. Comparé aux pays
concurrents, le classement du Maroc est loin d’être satisfaisant, le pays étant
classé au 145e rang mondial ».
Par ailleurs, ou si l’on
se réfère au plan national, surtout si on se base sur les recettes fiscales, on
peut constater qu’il y a eu des progrès grâce notamment aux stratégie mise en
œuvre par la direction générale des impôts.
Ø Les recettes
fiscales
L’évolution des recettes
fiscales totales montre un accroissement notable des recettes surtout entre
2004 et 2008. En 2009, les recettes fiscales totales ont représenté 20,7% du
PIB malgré la baisse importante enregistrée en 2009 par rapport à l’année 2008.
Les recettes fiscales
générées par la DGI en 2009 étaient de 104 milliards de dirhams soit 14,2% du
PIB et 69% des recettes fiscales totales.
Théoriquement ce résultat
est imputable à une population fiscale constituée de :
§
155 605
sociétés soumises à l’Impôt sur les Sociétés ;
§
256 730 redevables
à la Taxe sur la Valeur Ajoutée ;
§
3 700 937
contribuables à l’Impôt sur le Revenu.
Conclusion
In fine, on peut dire que
depuis quelques années déjà, les efforts fournis pour lutter contre la fraude au
Maroc sont non négligeables. En effet, les mesures adoptées par les pouvoirs
publics visant la réduction de l'informel, l'amélioration de l'efficience du
système fiscal, la modernisation de l'administration fiscale pour améliorer
l'efficacité du contrôle ont eu pour un réel résultat positif sur le système
fiscal malgré les faiblesses évoquées.
En regardant attentivement
ce qui se passe dans la réalité, on comprend vite que le sujet de la fraude
fiscale au Maroc, comme bien d’autres choses, demeure encore tabou, et ce pour
des raisons socio-économiques. Les citoyens (contribuables), bien que
conscients de l’importance de l’impôt, n’ont pas encore confiance en l’Etat en
tant que redistribuer des ressources publiques. Aussi, le niveau de qualité des
prestations publiques fournies par l’Etat et que le citoyen juge en deçà de ses
aspirations, ne fait qu’alimenter la suspicion à l’égard du Fisc. C’est ce qui
explique en partie que la stratégie actuelle en matière de lutte contre la fraude
a montré ses limites. Les conséquences risquent d’être encore plus fâcheuses à
cause de la morosité du contexte et, en cette période de crise, nombreux sont
ceux qui fuient l’impôt pour réduire leurs charges.
Il faudra donc prendre en
considération toutes ces dimensions et accentuer d’avantage les mesures existantes,
les rendre plus adapter aux problèmes en s’inspirant pourquoi pas d’autres pays
notamment occidentaux qui même s’ils n’ont pas pu régler définitivement cette
question, la pratique est quand même faible surtout comparée à nos différents
pays (les pays du tiers-monde). L’idée de convention fiscale qui permettra aux
pays d’exercer ensemble des contrôles fiscaux pourra également contribuer
positivement à la maitrise de la fraude fiscale.
Sources :
v BOUCHAREB
M, « la lutte contre la fraude fiscale au Maroc » éditions Maghrébines, année
2006 ;
v HASSOUNE
Abdelhamid, « L’évasion fiscale en Afrique - cas du Maroc : sortes
d’évasion et comment la maîtriser ? » Séminaire 29 Novembre – 1er Décembre
2010 sur la réforme des politiques fiscales axées sur l’innovation et la
modernisation des institutions en charge de la collecte et de la gestion du
patrimoine public ;
v Mémoire
de fin de cycle, la fraude fiscale et le contrôle des entreprises au Maroc,
E.N.A-2004-2007.
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