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11/29/2019

La nouvelle gestion publique


La nouvelle gestion publique

SOUMAIRE



Introduction
              I.      Désengagement de l’Etat
1.   Décentralisation
2.  Privatisation
           II.      Gouvernance
1.   Participation et transparence
2. Responsabilité et reddition des comptes
Conclusion












Introduction
L’administration peut être définie dans deux sens, un sens matériel ou fonctionnel et un sens organique. Fonctionnellement l’administration a un sens plus large, elle désigne la gestion comme activité qu’elle soit dans le secteur public ou privé[1]. En revanche, l’administration au sens organique est plus restreinte et désigne une personne morale de droit public qui relève essentiellement du pouvoir exécutif. Par conséquent, le parlement ou une juridiction ne seraient être considérés comme administration.
Il n’en demeure pas moins que pendant le siècle dernier, l’administration a subi un nombre important des changements et des évolutions dues essentiellement à la mondialisation[2]. En fait, cette dernière donne la possibilité aux pays en voie de développement, et parmi eux le Maroc, de changer leurs systèmes de la gestion publique[3]. Par conséquent, elle a rendu le concept de « Administration » plus complexe puisque dorénavant elle n’est plus forcément une institution publique, centralisée, discrète...  
Autrement dit, l’administration du siècle présent se voit appliquer plusieurs réformes, ou transitions, dont l’objet aurait essentiellement son amélioration vers une nouvelle gestion publique et une transition d’une modèle bureaucratique vers un modèle managérial[4].
Au Maroc, depuis l’indépendance l’administration n’a jamais cessé de se reformer à travers l’incarnation des nouveaux principes régissant les services et les pouvoirs publics, à travers une évolution de l’administration territoriale décentralisée et à travers la création, en dehors des trois pouvoirs classiques, de nouvelles institutions spécialisées dans des domaines déterminés.
Sous la nomination « bonne gouvernances », la Constitution de 29 juillet à introduit, dans la scène administrative marocaine, un ensemble de principes et d’institutions qui constituent la synthèse des réformes continues depuis l’indépendance, mais aussi elle englobe des rénovations toute à fait nouvelles.
La question que l’on se pose à cet effet et de savoir les caractéristiques de la nouvelle gestion publique dans une conception générale puis particulièrement au Maroc.
Il est évident que la nouvelle gestion publique de l’administration est caractérisée par deux principes essentiels ; un principe organisationnel et un autre conceptuel : le désengagement de l’Etat (I), et la gouvernance (II).
               I.      Désengagement de l’Etat
D’une manière générale, le rôle de l’Etat moderne a été toujours objet de plusieurs évolutions. Premièrement, avec la théorie libérale classique l’Etat devait se contenter de la régulation et ne doit pas influencer le marché qui est, automatiquement, déterminé par les lois de de l’offre et de la demande (la main invisible). Deuxièmement, avec la crise mondiale de 1929 l’Etat s’est rendu compte de l’obligation d’intervenir et influencer le marché par le biais des finances publiques. Pour ainsi dire, l’Etat du siècle dernier est devenu un « entrepreneur ».
En revanche, dernièrement aves l’influence de la mondialisation, l’Etat s’est rendu compte de la difficulté voire de l’impossibilité de subvenir seul à tous les besoins de la société[5]. C’est ainsi que la décentralisation s’impose ; d’abord une décentralisation administrative (1) puis une décentralisation technique des services publiques qui nécessite la privatisation (2)
1.     Décentralisation
Il est évident que la décentralisation reste la plus importante des réformes administratives[6], elle consiste en une délégation de pouvoirs à des collectivités jouissant de la personnalité morale, de la libre administration et de l’autonomie financière.
Ainsi, dans un Etat fédéral il y a un transfert de pouvoirs étendus aux Etats fédérés qui disposent des organes législatifs et exécutifs propres. En autre la compétence de l’Etat fédéré est la règle (L’Etat fédéral se charge uniquement des missions régaliennes).
En revanche, dans un Etat unitaire décentralisé, la décentralisation consiste à déléguer un ensemble d’attributions, énumérées par la loi dans une liste exhaustive, aux collectivités territoriales dotées de budgets propres et de ressources plus ou moins propres (Dans le cas marocain il existe des ressources partagées avec l’Etat : IR, IS et TVA).
En effet, la délégation des pouvoirs se fait au profit des organes élus directement par les citoyens, ce qui nécessite souvent un contrôle de tutelle par l’Etat.
Au Maroc, la réforme constitutionnelle de 2011 a suscité une réorganisation territoriale renforçant le statut des collectivités territoriales qui sont dotées désormais de compétences très importantes. Du même, cette réforme implique que les membres des conseils des communes et des régions sont dorénavant élus au suffrage universel direct et les présidents de toutes les collectivités territoriales en sont des ordonnateurs.
2.    Privatisation
La privatisation est un transfert de la propriété d'une grosse partie, voire de la totalité, du capital d'une entreprise du secteur public au secteur privé. Après une privatisation, une entreprise peut rester sous le contrôle partiel ou complet de l'État si ce dernier choisit de rester actionnaire.
En fait, une accélération du processus de la réforme administrative et de la gestion publique ne peut se faire que par la privatisation des services publics[7]. Désormais, l’administré est devenu un « usager-client »[8], en effet, afin de mieux maitriser ses dépenses et de bien équilibrer les finances publiques, l’Etat doit déléguer la gestion de ses services au secteur privé[9].
Au Maroc, la privatisation des entreprises publiques est justifiée par trois raisons[10] :
Ø  Obtenir un financement privé de certaines activités auxquelles l’Etat ne peut plus faire face ;
Ø  Bénéficier dans le même temps des progrès d’une gestion fondée sur des technologies et des méthodes modernes dont l’implantation n’avait pas été permise dans la plupart des services et entreprises publiques ;
Ø  Abandonner le statut de l’organisme public au profit de société anonyme pour pouvoir bénéficier complètement des possibilités d’une gestion commerciale relevant des techniques du droit privé.
Dans le but de développement des performances et d'efficience de la gestion publique, et parallèlement à la privatisation, on a introduit la notion du management public. En fait, ce dernier permet de réduire les ambivalences, chasser les paradoxes, identifier les dysfonctionnements et réunir les conditions d'épanouissement pour greffer la gestion publique des concepts et pratiques du management[11].
Enfin il est à signaler que pour certains juristes la constitutionnalisation de service public est un véritable empêchement à la privatisation de certains domaines dits régaliens[12].

             II.      Gouvernance

Selon la banque mondiale, la gouvernance signifie « la manière par laquelle le pouvoir est exercé  dans  la  gestion  des  ressources  économiques  et  sociales  d’un  pays  au  service  de développement ».
La gouvernance, ou la bonne gouvernance repose sur huit caractéristiques majeures. Elle repose sur la participation, recherche  le  consensus  et  se  montre  responsable,  transparente,  réactive,  efficace,  équitable, inclusive et respecte la force de la loi. Elle veille à ce que la corruption soit minimisée, les vues des  minorités  prises  en  compte  et  les  voies  des  membres  les  plus  vulnérables  de  la  société entendues lors des prises de décision. De même, elle doit répondre aux besoins actuels et futurs de la société.
Ainsi, la gouvernance est un ensemble de principes modernes qui s’imposent à l’administration, aux services publics et à tous les organismes publics. Parmi les principes fondamentaux de la gouvernance prévus la participation et la transparence et la responsabilité et la reddition des comptes.
Depuis des années, l’administration publique s’est montrée toujours discrète envers ses administrés. Dans ce sens l’accès aux informations était réservé aux seuls administrateurs eux même. Il n’en demeure pas moins que la nouvelle conception de l’Etat a fait de la participation de citoyens une priorité pour une meilleure gestion publique (1).
Dans la même logique, la gouvernance implique une certaine responsabilité des agents de l’administration (2).
1.     Participation et transparence
La participation tant des hommes que des femmes est une pierre angulaire de la bonne gouvernance. La participation peut être directe ou passer par l'intermédiaire d'institutions ou de représentants légitimes. Il est important de  souligner que la démocratie représentative ne signifie  pas  nécessairement  que  les  préoccupations  des  membres  les  plus  vulnérables  de  la société  seraient  prises  en  considération  lors  des  prises  de  décisions.  La  participation  exige  la circulation des informations et une certaine organisation. Ce qui revient à respecter d'une part la liberté d'association et d'expression et d'autre part une société civile organisée.
« Les services publics sont à l’écoute de leurs usagers et assurent le suivi de leurs observations, propositions et doléances »[13]. Ainsi, désormais le constituant marocain oblige les autorités chargées des prestations publiques de faire participer les  usagers, prendre en considération leurs propositions et les consulter.
La transparence implique que la prise de décisions et leur application obéissent aux  règles  et  aux  réglementations.  Elle  signifie  aussi  que  l'information  est  disponible  et accessible à tous ceux qui seront affectés par de telles décisions et leur application.
Par ailleurs, le terme paraît avoir une double acceptation[14] :
·         Assurer une meilleure protection des droits individuels face aux décisions administratives, en facilitant une meilleure information du citoyen.
·         Permettre la  collectivité toute entière de mieux connaître, donc de mieux contrôler, les conditions de fonctionnement et de gestion des services publics.
Enfin, la transparence nécessite une évaluation des décisions publiques qui fait aussi partie des conceptions nouvelles de la gestion publique, il s’agit d’une « recherche continue pour apprécier l’efficacité des politiques et des décisions publiques »[15].
2.    Responsabilité et reddition des comptes
La responsabilité est une exigence clé de la bonne gouvernance. Non seulement les  institutions  gouvernementales  mais  aussi  le  secteur  privé  et  les  organisations  de  la  société civile doivent être responsables vis-à-vis du public mais aussi vis-à-vis de leurs parties prenantes institutionnelles. Selon que les décisions et les actions soient prises en interne ou en externe à une organisation ou une institution l'on définira qui a des comptes à rendre à qui. En général, une organisation ou une institution est responsable devant ceux qui sont affectés par ses décisions ou ses actions.
C’est une relation fondée sur l’obligation de faire la preuve du rendement, de l’examiner et d’en assumer la responsabilité, sur la base des résultats obtenus à la lumière des attentes convenues et des moyens employés.
Elle est compatible avec la gestion axée sur les résultats, elle met en lumière l’importance de rendre compte des résultats et des moyens employés.
Elle ne se limite pas à faire état du rendement mais elle exige aussi un examen, l’application des mesures correctives, et le cas échéant, des sanctions aux responsables.









Conclusion

Généralement, le secteur public n'arrive pas à satisfaire les besoins de ses utilisateurs dans les conditions normales d'efficacité et de qualité en comparaison avec le secteur privé. L’administration publique reste accablée de contraintes et de difficultés procédurales, comportementales et bureaucratiques limitant de ses capacités d'adaptation aux changements de son environnement et aux attentes des partenaires internes et externes[16].
Ainsi donc, la privatisation n’est plus un choix mais une nécessité imposée par les circonstances économiques, sociales et culturelles. Néanmoins, il existe encore des résistances exprimées explicitement aux changements mais qui n’arrive pas à l’arrêter[17].
Néanmoins, au Maroc la gestion publique souffre encore des insuffisances et des imperfections ; au niveau de l’éducation et de l’enseignement qui nécessité une certaine laïcisation afin de permettre la formation des cadres et des dirigeant à la hauteur. Dans le même ordre d’idées le doit de la fonction publique semble être vieilli dans la mesure où il est encore régis par un dahir qui date des années cinquante[18].
Enfin, en matière de la gestion des services publics, dès 1999 le professeur SEDJARI parlait de la nécessité d’une charte de service public[19], la charte qui a été prévue par la nouvelle Constitution de 2011 (Article 157) mais qui n’est pas encore élaborée.







BIBLIOGRAPHIE

ALLALI (R), « Le refonte du statut général de la fonction publique, une nécessité pour la modernisation de l’administration publique », REMALD n° 115, Mars-Avril 2014, p-p.91-101.
BENABDALLAH (M.A) et ROUSSET (M), « Actualité du droit administratif 2003-2009 », Editions La Porte, 2010.
DE BELLESCIZE (R), « La constitution comme obstacle à la privatisation des services publics », in DE GOFFE (M) ROUVILLOIS (F), « La privatisation de l’Etat », CNRS EDITIONS, Paris 2012, p-p.89.115, p-p.59-115.
EL ACHAAB (M), «  La gestion publique au Maroc entre l’administration et le management », REMALD n° 109-110, Mars-Juin 2013, p-p.167-187.
GROUD(H), « Grands principes et régimes du service public : performance et évolutions », in GROUD(H) (sous la direction de), « mutations du service public et territoires », L'Harmattan, 1999, p.62.
RIVERO (J) et WALINE (J), Droit administratif, Editions Dalloz, éd. 17è, 1998, p.11.
SEDJARI (A), « De l’adaptation de la gestion privée au secteur public marocain », in SEDJAI (A) (Sous la direction de), « Partenariat public-privé est gouvernance future », L’Harmattan, 2005, p.180.
SEDJARI (A), « Importance de l’évaluation de la décision publique et rôle de l’Etat », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « Administration, gouvernance et décision publique », L’Harmattan, 2004, p-p.295- 316.
SEDJARI (A), « La mise à niveau de l’administration et la mondialisation, quel lien ? », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « La mise à niveau de l’administration face à la mondialisation », L’Harmattan, 1999, p-p.7- 16.
SEDJARI (A), « La réforme de l’administration au Maroc entre le conservatisme d’hier et le changement d’aujourd’hui », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « La mise à niveau de l’administration face à la mondialisation », L’Harmattan, 1999, p-p.119- 150.
TROSA (S), «  Vers un management poste bureaucratique, la réforme de l’Etat : une réforme de la société », L’Hramattan, Paris 2006.
WINICKI (P), « Réussir une réforme publique ; ces peurs et croyances qui bloquent le changement, Management public», DUNOD, Paris 2006.


[1] RIVERO (J) et WALINE (J), Droit administratif, Editions Dalloz, éd. 17è, 1998, p.11.
[2] TROSA (S), «  Vers un management poste bureaucratique, la réforme de l’Etat : une réforme de la société », L’Hramattan, Paris 2006, p.48.
[3] SEDJARI (A), « La mise à niveau de l’administration et la mondialisation, quel lien ? », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « La mise à niveau de l’administration face à la mondialisation », L’Harmattan, 1999, p.9.
[4] EL ACHAAB (M), «  La gestion publique au Maroc entre l’administration et le management », REMALD n° 109-110, Mars-juin 2013, p.170.

[5] TROSA (S), «  Vers un management poste bureaucratique, la réforme de l’Etat : une réforme de la société », L’Hramattan, Paris 2006, p.229.
[6] SEDJARI (A), « La réforme de l’administration au Maroc entre le conservatisme d’hier et le changement d’aujourd’hui », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « La mise à niveau de l’administration face à la mondialisation », L’Harmattan, 1999, p.126.
[7] SEDJARI (A), « La réforme de l’administration au Maroc entre le conservatisme d’hier et le changement d’aujourd’hui », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « La mise à niveau de l’administration face à la mondialisation », L’Harmattan, 1999, p128.
[8] SEDJARI (A), « De l’adaptation de la gestion privée au secteur public marocain », in SEDJAI (A) (Sous la direction de), « Partenariat public-privé est gouvernance future », L’Harmattan, 2005, p.180.
[9] SEDJARI (A), « De l’adaptation de la gestion privée au secteur public marocain », in SEDJAI (A) (Sous la direction de), « Partenariat public-privé est gouvernance future », L’Harmattan, 2005, p.176.
[10] BENABDALLAH (M.A) et ROUSSET (M), « Actualité du droit administratif 2003-2009 », Editions La Porte, 2010, p.95.
[11] EL ACHAAB (M), «  La gestion publique au Maroc entre l’administration et le management », REMALD n° 109-110, Mars-juin 2013, p.171.
[12] DE BELLESCIZE (R), « La constitution comme obstacle à la privatisation des services publics », in DE GOFFE (M) ROUVILLOIS (F), « La privatisation de l’Etat », CNRS EDITIONS, Paris 2012, p-p.89.115, p.92.
[13] Article 156 de la Constitution de 29 juillet 2011.
[14] GROUD(H), « Grands principes et régimes du service public : performance et évolutions », in GROUD(H) (sous la direction de), « mutations du service public et territoires », L'Harmattan, 1999, p.62.
[15] SEDJARI (A), « Importance de l’évaluation de la décision publique et rôle de l’Etat », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « Administration, gouvernance et décision publiques », L’Harmattan, 2004, p.314.
[16] EL ACHAAB (M), «  La gestion publique au Maroc entre l’administration et le management », REMALD n° 109-110, Mars-juin 2013, p.168.
[17] WINICKI (P), « Réussir une réforme publique ; ces peurs et croyances qui bloquent le changement, Management public», DUNOD, Paris 2006, p.73.
[18] Voir ALLALI (R), « Le refonte du statut général de la fonction publique, une nécessité pour la modernisation de l’administration publique », REMALD n° 115, Mars-Avril 2014, p-p.91-101.
[19] SEDJARI (A), « La réforme de l’administration au Maroc entre le conservatisme d’hier et le changement d’aujourd’hui », in SEDJAR (A) (sous la direction de), « La mise à niveau de l’administration face à la mondialisation », L’Harmattan, 1999, p.146.

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