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11/22/2019

Cours : Introduction aux sciences politiques


Introduction aux sciences politiques

Chapitre préliminaire : La science politique
        I.            Définition de la science politique
La science politique est la discipline qui étudie les phénomènes politiques. Elle est le résultat de l’institutionnalisation progressive d’un ensemble de champs du savoir (droit, économie, histoire, sociologie) lorsque ceux-ci s’intéressent plus spécifiquement à l’étude du pouvoir, si bien que l’on a pu parler pendant longtemps de sciences politiques au pluriel. Il s’agit donc d’une discipline se situant au carrefour de plusieurs autres et dont les méthodes d’analyse sont les mêmes que celles utilisées par les sciences sociales.
      II.            Objet de la science politique
L’objet de la science politique est l’étude des phénomènes politiques. Cette définition nécessite cependant d’être explicitée. Les phénomènes politiques se caractérisent par une extrême diversité comme le montre la multiplicité des acceptions du mot politique. L’anglais permet de faire des distinctions difficilement audibles en français.
Il faut distinguer :
La politique (politics) : désigne la vie politique, l’arène où les responsables politiques s’affrontent pour la conquête du pouvoir (par exemple, s’engager en politique, faire de la politique) ;
La politique (policy) : renvoie aux programmes d’action mis en place par une institution pour atteindre des objectifs donnés (par exemple, l’Etat qui met en œuvre des politiques sociales ou encore une entreprise qui définit une politique des ressources humaines) ;
Le politique (polity) : l’emploi du masculin renvoie à celui qui gouverne, qui exerce des responsabilités dans la cité (polis en grec), qui détient le pouvoir.
La science politique étudie les phénomènes politiques compris comme ceux qui relèvent de ce troisième sens. L’existence de conflits réels ou supposés au sein d’une société est envisagée comme l’origine de l’intervention d’un tiers, le juge ou l’Etat, chargé d’arbitrer afin de garantir la cohésion sociale. Cette régulation des conflits inhérents à la société explique la reconnaissance progressive d’un pouvoir détenteur du monopole du recours à “la violence légitime” (pour reprendre la définition de l’Etat donnée par Max Weber).
L’objet de la science politique est donc le conflit et sa régulation par l’utilisation du pouvoir. Cela signifie qu’aucun problème de société n’est par nature politique mais que n’importe lequel est susceptible de le devenir pourvu qu’un groupe s’en saisisse. La question de l’avortement dans les années 1970 ou celle du droit opposable au logement dans les années 2000 sont des exemples de problèmes de sociétés qui ont émergé grâce à la mobilisation d’acteurs. Mais encore faut-il que ces groupes acquièrent une visibilité suffisante. C’est là tout l’enjeu du politique. La reprise de ces questions sociales par les pouvoirs publics est l’objet d’une traduction au politique qui implique un certain codage visant à identifier des victimes et des responsables, à traduire les problèmes catégoriels en problèmes d’intérêt général, à interpeller la classe politique (celle qui gouverne et l’opposition de manière à les faire prendre position) et à surestimer les capacités d’action gouvernementale en demandant plus que ce qu’elle faisait avant la mobilisation.
Dans La Science politique, Philippe Braud distingue quatre sous-disciplines propres à la science politique
La Théorie politique : elle porte sur divers concepts tels que le pouvoir, la nation, l’État, la mobilisation et cherche à formuler des théories, des modèles interprétatifs de la réalité politique, et à s’interroger sur les méthodologies employées. Elle renvoie également à l’histoire des idées politiques qui désigne l’étude des idéologies justifiant l’action politique ;
La Sociologie politique : elle désigne l’étude des acteurs de la vie politique (institutions, partis, groupes d’intérêt, personnel politique, forces sociales), l’analyse des élections, des processus de socialisation, de communication et d’action collective et des modes de construction des idéologies et des univers de représentations symboliques ;
La Gouvernance et les politiques publiques : il s’agit de l’étude du fait administratif, compartiment de la sociologie politique, mais dont la largeur justifie une certaine autonomie (la gouvernance désigne l’étude comparée des processus décisionnels dans toutes les institutions et pas seulement dans les administrations) ;
Les Relations internationales : c’est l’étude des rapports inter-étatiques, mais aussi des activités des organisations internationales.
    III.            Les méthodes de la science politique
La science politique partage avec les sciences sociales des méthodes d’investigation similaires qui se sont affinées au fil du temps.
L’histoire de la science politique montre une évolution des méthodes utilisées qui s’inscrit néanmoins dans une certaine continuité du point de vue de la rigueur de l’analyse. Les premiers penseurs politiques tels que Thucydide, Platon ou Aristote adoptent une attitude visant à établir les faits et à définir les concepts avec un souci de rigueur significatif. A la Renaissance, Machiavel réalise une distinction fondamentale de la politique et de la morale, et ouvre ainsi la voie à une réflexion sur les phénomènes politiques affranchie de considérations éthiques ou philosophiques.
Plus tard, Montesquieu et Tocqueville réalisent des voyages qui seront la source d’inspiration à des comparaisons entre les différents régimes politiques. Dans L’Esprit des lois (1749), Montesquieu met au point sa célèbre théorie sur la séparation des pouvoirs qui repose sur l’observation des mœurs politiques. Quant à Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique (1835-1840), il décrit et analyse le système politique américain, puis expose les possibles dérives liberticides de la passion de l’égalité chez les hommes.
Les fondateurs de la science politique moderne apparaissent au début du XXe siècle, en même temps qu’émergent les sciences sociales. Emile Durkheim définit les bases du raisonnement scientifique en sciences sociales dans Les Règles de la méthode sociologique (1885). Dans Le savant et le politique, Max Weber se préoccupe de la neutralité axiologique, désignant par là, la nécessité pour le chercheur de se défaire de ses jugements de valeurs dans son travail de recherche. Weber mène également plusieurs travaux sur les modes de légitimation du pouvoir (il est à l’origine d’une théorie sur les différentes formes de domination) ou encore sur le fonctionnement de la rationalité bureaucratique dans les Etats modernes. Il ne faut pas oublier non plus les travaux précurseurs de sociologie électorale menés par André Siegfried dans son Tableau politique de la France de l’Ouest (1913) où il recueille des données et les analyse en adoptant un raisonnement rigoureux.
Le fait majeur dans l’apparition des sciences politiques reste toutefois l’influence des chercheurs américains. Ces derniers, sous l’influence de la tradition empiriste et utilitariste, réalisent d’importantes études de terrain qui contribuent à populariser la discipline et à l’ancrer dans le paysage des sciences sociales. Ils n’hésitent pas non plus à recourir aux statistiques et à l’usage des mathématiques. La tradition française des sciences politiques a toujours favorisé les travaux plus qualitatifs, ce qui peut s’expliquer par le fait que les facultés de science politique ont émergé des facultés de droit. Mais l’Ecole libre des Sciences politiques (ancêtre de Sciences Po) créée en 1872 par Emile Boutmy, école dont l’objectif est de former des praticiens de la chose publique (fonctionnaires, gouvernants, etc.), a pu servir de porte d’entrée à la science politique américaine et ainsi contribué à la formation d’un champ scientifique avec ses propres règles de fonctionnement (il existe une agrégation de science politique depuis 1988, des revues, des chairs universitaires, des centres de recherche, etc.). 

Chapitre 1 : L’Etat
        I.            La notion de l’Etat
L'Etat désigne la personne morale de droit public qui, sur le plan juridique, représente une collectivité, un peuple ou une nation, à l'intérieur ou à l'extérieur d'un territoire déterminé sur lequel elle exerce le pouvoir suprême, la souveraineté.
L'Etat est la forme la plus élaborée de la vie commune d'une société humaine. Il exerce son pouvoir par le biais du gouvernement. L'Etat dispose d'un certain nombre de monopoles comme l'utilisation légitimée de la contrainte physique (pour faire respecter le loi), la collecte des impôts...
Par extension, l'Etat désigne l'ensemble des institutions et des services qui permettent de gouverner et d'administrer un pays : ministères, directions, préfectures, délégations, administrations déconcentrées ou décentralisées.
Etat-nation : L'Etat coïncide avec la nation définie en fonction d'une identité commune et qui lui confère sa légitimité.
Etat-Providence : conception de l'Etat qui met l'accent sur le rôle particulièrement important de celui-ci en matière de redistribution des richesses, de régulation de l'Economie, d'assistance aux plus défavorisés et de fourniture de biens collectifs.
Etat de droit : est un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit. Il est fondé sur le principe essentiel du respect ses normes juridiques (ou "primauté du droit"), chacun étant soumis au même droit, que ce soit l'individu ou bien la puissance publique.


      II.            Les éléments constitutifs de l’Etat
La population :
Il n'y a pas d'État sans population. Cette population est composée de personnes rattachées à l'État par le lien juridique de la nationalité. Cette population peut n'être pas homogène. Un État peut englober plusieurs nations dont les membres auront pourtant la même nationalité (par exemple : la Russie).
Le territoire :
Posséder un territoire est essentiel pour qu'un État existe. L’État disparaît avec la perte totale de son territoire. Peu importe la taille du territoire, il existe des micro-Etats, son intégrité est protégée par l'article deux de la Charte des Nations-Unies. Ce territoire est composé du territoire terrestre, des cours d'eau, des espaces maritimes, de l'espace aérien surplombant le territoire. Les ambassades et consulats à l'étranger font aussi partie du territoire d'un état. De plus, l'État exerce sa juridiction sur le plateau continental, les zones de pêche, les zones économiques exclusives reconnues en droit international.
Le gouvernement :
Enfin, l'État doit posséder un organe capable de le représenter. C'est par l'intermédiaire d'un gouvernement que l'État exerce ses compétences. L'État a pour mission de satisfaire aux besoins de sa population (fonction de maintien de l'ordre, de sécurité, d'exécution des engagements extérieurs, etc.). On parle d'effectivité gouvernementale. La reconnaissance d'États ou de gouvernements n'influe pas sur l'existence de cet État ou de ce gouvernement. Quand un nouveau gouvernement succède à un régime ancien, l'État demeure. La reconnaissance de l'État en droit international est fondée sur l'effectivité et non sur la légalité. Ainsi, un coup d'État n'empêche pas la participation de l'État aux organisations internationales.
    III.            Les formes de l’Etat
La principale distinction est facile à percevoir. Elle est entre l'Etat simple ou l'Etat les Etats composés formés de plusieurs entités de niveau étatique (un Etat formé de plusieurs Etats) avec une forme plus complexe dont la forme la plus achevée est donc l'Etat fédéral.
1° L’Etat unitaire
On veut dire par là qu'il n'y a qu'un seul pouvoir politique qui s'applique à tous les citoyens. C'est ce qu'on appelle le principe d'immédiateté, c'est-à-dire que le pouvoir est immédiat sans intermédiaire : relation directe entre le pouvoir central et le citoyen. Et que même s'il y a des pouvoir locaux, ce qui est assez indispensable dans des Etats-nation de grande taille, ces pouvoirs locaux n'ont qu'un rôle partiel et n'ont ce rôle que par décision/délégation du pouvoir central. C'est lui qui décide qu'une partie du pouvoir sera exercé au niveau local.
La déconcentration est une technique d'organisation des administrations qui consiste à distribuer les agents et les compétences au sein d'une même personne morale, depuis une administration centrale vers ses services déconcentrés. C'est le cas de la déconcentration administrative de l'État, personne morale de droit public où l'administration centrale incombe à des agents qu'il nomme, un domaine de compétences spécifique lui permettant un pouvoir lié ou un pouvoir discrétionnaire sur les administrés.
La décentralisation consiste en un transfert de pouvoirs de l'État vers des personnes morales de droit public distinctes de lui. Elles disposent d'une autonomie plus ou moins grande, selon le degré de décentralisation et d'un budget propre.
Et elles restent sous la surveillance de l'État, autorité de tutelle. La décentralisation est un système d’administration dans lequel le pouvoir de décision est exercé à la fois par l’État et par des personnes morales autonomes soumises au contrôle, au principe de légalité, des autorités étatiques. Autrement dit, la décentralisation consiste dans le transfert d’attributions de l’État à des collectivités ou institutions différentes de lui et bénéficiant, sous sa surveillance, d’une certaine autonomie de gestion. Ces conditions sont au nombre de trois :
-          Autonomie matérielle : la structure décentralisée jouit de la personnalité morale ; elle dispose d'un patrimoine et d'affaires propres — qualifiées le plus souvent d'affaires locales par opposition aux affaires nationales gérées par l'État ;
-          Autonomie organique : les affaires de la structure décentralisée sont gérées par des organes qui sont propres à cette structure décentralisée ;
-          Autonomie fonctionnelle : la structure décentralisée gère ses affaires plus ou moins librement.
 2° L’Etat Composé
La confédération est une association d'Etats qui décident de mettre en commun un certain nombre de domaines tout en en gardant d'autres qui soient spécifiques à chacun. On va plus loin encore dans la mise en commun, dans le rapprochement, avec la définition d'un secteur commun qui sera géré en simple et d'autres secteurs qui resteront séparés et seront géré par chaque état pour son propre compte.
L'Etat fédéral est un État habituellement souverain, composé de plusieurs entités autonomes dotées de leur propre gouvernement, nommées Etats fédérés. Le statut de ces entités est généralement garanti par la Constitution, et ne peut être remis en cause par une décision unilatérale du gouvernement central fédéral. La forme de gouvernement de l'État fédéral, ou sa structure constitutionnelle, est nommée fédéralisme. C'est un ensemble d'États qui se sont unis et qui ont une certaine autonomie tout en reconnaissant une autorité supérieure commune.
Les Etats fédérés disposent d’une relative autonomie, mais l’Etat fédéral qui se superpose à eux n’est que le produit de la participation des Etats fédérés.
-          L’autonomie : Il s’agit de la liberté laissée aux Etats fédérés qui disposent alors de compétences propres dans lesquelles la fédération ne doit pas intervenir. Ils tiennent ces compétences de la constitution fédérale et pas de la loi c'est à dire qu’ils ne dépendent pas de la bonne volonté du pouvoir central car la révision de la constitution nécessite l’accord des Etats fédérés. La constitution fixe et énumère la liste des compétences attribuées à un Etat fédéral.
-          La participation : Ce principe est reconnu aux Etat fédérés en contre partie de la perte de leur souveraineté. C’est le droit de participer à la politique de l’Etat fédéral qui va s’exercer par le biais des représentants d’Etats fédérés au sein des instances fédérales. Ils sont représentés par une des 2 chambres parlementaires (Aux Etats-Unis chaque Etat fédéré est représenté par deux sénateurs au Sénat) La seconde représentant la population de l’Etat.



Chapitre 2 : Le pouvoir politique
        I.            La notion du pouvoir politique
Le pouvoir politique est un type de pouvoir qu'une personne ou un groupe de personnes exerce dans une société. C'est la souveraineté, soit le pouvoir de fixer les règles qui s'appliquent à la population sur un territoire donné.
C’est le pouvoir de prévision, d’impulsion, de décision et de coordination qui appartient à l’appareil dirigeant du pays, en principe de l’Etat, c’est-à-dire aux gouvernants (organes exécutifs essentiellement) et qui permet de déterminer et de conduire la politique nationale.
ü  C’est un phénomène d’autorité. Donc, il nécessite une double relation : commandement et obéissance. C’est pourquoi on distingue les gouvernants (à qui le pouvoir est dévolu) qui commandent des gouvernés qui obéissent.
ü  Il est contraignant. La contrainte matérielle sert, non pas à fonder le pouvoir, mais à le maintenir.
ü  Il est initial car tout part des dirigeants.
ü  Il a une vocation globale. L’autorité du pouvoir politique s’applique à tous et peut porter sur tous les domaines. Ex : économie, social, enseignement, … c’est ce qui permet de le distinguer d’autres phénomènes d’autorité.
Aujourd’hui, le pouvoir politique est institutionnalisé c’est-à-dire qu’il s’est dissocié de la personne des gouvernants pour se porter sur une entité qui lui sert de support, soit l’Etat (depuis le XVe siècle). Cette évolution est capitale car les dirigeants n’ont de compétences qu’en raison de leurs fonctions, ils ne sont que dépositaires provisoires du pouvoir. La légitimité les dépasse et leur survie.
Selon Max Weber : "Le pouvoir politique, c'est le monopole de la violence légitime". La violence légitime, c'est la violence qui est reconnue par tous comme légitime, c'est à dire nécessaire au bon fonctionnement de la communauté. S'il n'y avait pas de violence dite "légitime", n'importe qui pourrait se faire justice soi-même et la loi du plus fort, ou encore du "chacun pour soi" règnerait. Par "violence", il ne s'agit pas que d'agression physique, mais aussi et surtout de violence symbolique (exemple : un redressement fiscal ne se règle pas avec des coups de bâton...).
      II.            La légitimité du pouvoir politique
Dans une démocratie ou dans un parti fonctionnant démocratiquement, un responsable politique tire sa légitimité de son élection.
La légitimité est la capacité d'une personne ou d'un groupe à faire admettre sa domination, son autorité sur les membres d'une communauté ou d'une société. La légitimité ne se fonde pas uniquement sur le droit, mais peut mettre en œuvre différents critères comme le sexe, l'âge, les origines, la tradition, la richesse, le statut, les titres, les appuis, la force, la connaissance, l'expertise….
La légitimité a donc un sens plus large que la légalité. La légitimité d'actions politiques sortant de la légalité (désobéissance civile, tyrannicide, révolution, terrorisme, coup d'Etat…) peut devenir l'un des enjeux du débat politique.
L'économiste et sociologue allemand Max Weber (1864-1920) distingue plusieurs types de dominations légitimes :

La légitimité charismatique liée à une autorité exceptionnelle.
Exemples : héros, demi-dieu, prophète, grand tribun….
La légitimité traditionnelle fondée sur une tradition considérée comme immémoriale et incontestable.
Exemples : dynastie monarchique ou féodale, patriarches….
La légitimité rationnelle-légale qui s'appuie sur des règles impersonnelles et universelles. Dans ce cas, l'autorité qui est reconnue est liée à la fonction et non à la personne qui la représente.
Exemples : gendarme, fonctionnaire, préfet…
    III.            Les régimes politiques
Le régime politique désigne l’organisation des pouvoirs et leur exercice au sein d’une entité politique donnée. Ce terme renvoie donc à la forme institutionnelle du pouvoir mais aussi à la pratique découlant de cette forme institutionnelle. Il dépasse l'étude constitutionnelle (qui analyse les structures formelles d'un État) mais n’est pas non plus à confondre avec l'étude des systèmes politiques (qui est le mode d'organisation d'un État).
L'exercice du pouvoir est très important, car tout en ayant la même forme institutionnelle, des régimes politiques peuvent se distinguer en fonction de la pratique de l'exercice du pouvoir
Selon Maurice Duverger :
À la base de tout régime politique se trouve le phénomène essentiel de l'autorité, du pouvoir, de la distinction entre gouvernants et gouvernés. Tout régime politique peut être défini comme l'ensemble des réponses apportées à quatre ordres principaux de problèmes :
Autorité des gouvernants et droits et devoirs des citoyens : Quels sont les fondements du pouvoir politique qui définissent les valeurs fondamentales du régime ?
Choix des gouvernants et des représentants des citoyens : Comment sont désignées les personnes qui reçoivent la charge et le pouvoir de gouverner une collectivité publique ?
Structures des gouvernants : Celles-ci sont rarement uniques ou monolithiques. Qui sont-elles, quelles sont leurs formes d'organisation et quels rapports les réunissent les unes aux autres ?
Évaluation, Contrôle et Limitation des gouvernants : Comment s'articulent les droits et devoirs des gouvernants avec ceux des citoyens ? Comment se garantissent-ils réciproquement ? Comment réguler et éventuellement forcer au respect des attributions, responsabilités et zones de liberté respectives ?
Le régime totalitaire :
Les travaux d'Hannah Arendt, Carl Joachim Friedrich et Raymond Aron définissent les caractéristiques du régime totalitaire :
·         Existence d'une idéologie infaillible et totalisante ;
·         Vie politique, sociale et économique régentée au niveau privé et public ;
·         Existence d'un parti unique (parti-État) qui a le monopole des moyens internes de communication de masse ;
·         Une répression violente de l'opposition via une police secrète, le but étant d'incarner la terreur.
Les régimes fascistes, nazis et soviétique peuvent être considérés comme des exemples de régimes politiques totalitaires1, même si Arendt considère l'Italie fasciste de Mussolini comme un « totalitarisme non abouti »
Le régime autoritaire :
Dans les années 1960, certains régimes sont apparus, notamment au Chili (dictature du Chili) et en Espagne (régime franquiste), qu'il n'était pas possible de classifier comme régime totalitaire. Mais il ne s'agissait pas non plus de démocraties libérales. La science politique moderne a donc établi une catégorie intermédiaire, par défaut.
Les différences avec les régimes totalitaires sont les suivantes :
·         Absence d'idéologie totalisante et infaillible ;
·         Tolérance vis-à-vis de pouvoirs externes au parti unique sur lesquels ce dernier s'appuie : l'Église, l'armée, le patronat, la bureaucratie, etc. ;
·         Indépendance de certains pans de la vie sociale et économique, non contrôlée complètement par le pouvoir ;
·         Caractère moins systématique de l'extermination violente des opposants.
Les différences avec les démocraties libérales sont les suivantes :
·         Absence d'élection réelle (c'est une façade démocratique) ;
·         Refus de l'alternance au pouvoir ;
·         Absence de pluralisme politique ;
·         Limitation des libertés publiques ;
·         Non-respect de l'État de droit.
Les démocraties libérales ou modernes :
Les principales caractéristiques de ce type de régime sont :
·         Compétitions électorales : les élections sont régulières, se font au suffrage universel et le pluralisme politique est reconnu ;
·         État de droit : les libertés fondamentales sont garanties, il y a une constitution définissant les pouvoirs des différentes branches de l'État, il y a également une séparation entre la sphère publique et la sphère privée ;
·         Division en trois pouvoirs séparés : le législatif, l'exécutif et le judiciaire sont séparés et se contrôlent mutuellement ;
·         Gouvernement de la majorité : la majorité est au pouvoir, la protection de l'opposition (minorité) est assurée, l'alternance est possible ;
·         Séparation entre l'Église et l'État : neutralité confessionnelle de l'État, égalité de traitement entre les différents régimes religieux, pas de prise en charge totale par l'État des frais et activités des confessions religieuses.
Il s'agit d'un idéal-type et il est possible de trouver certaines exceptions comme en Grande-Bretagne où le Chef de l'État (actuellement la Reine) incarne aussi le chef de l'Église anglicane, ou bien comme en Belgique où l'enseignement catholique est financé par l'État Belge.
La démocratie marxiste :
Dans la théorie marxiste, une nouvelle société démocratique surgira à travers les actions organisées d’une classe ouvrière internationale, affranchissant toute la population, libérant l’homme pour qu’il agisse sans être lié par le marché du travail. Dans un tel monde utopique il y aurait aussi peu ou pas besoin d’un Etat, dont le but était d’imposer l’aliénation. Karl Marx et Friedrich Engels ont déclaré que « le premier pas dans la révolution par la classe ouvrière, est d’élever le prolétariat à la position de la classe dirigeante, de gagner la bataille pour la démocratie » et le suffrage universel, étant « une des tâches premières et le prolétariat militant ».
Les démocraties classiques :
Dès l’Antiquité grec, Aristote propose une classification empirique des différentes constitutions pour les juger d’un point de vue moral. Dans La Politique (- 340 av. J.C.), il met au point une typologie qui repose sur deux critères :
·         Un critère empirique sur le nombre de gouvernants appelés à exercer l’autorité ;
·         Un jugement de valeur sur le bon gouvernement.
Ce jugement de valeur permet de distinguer deux catégories de constitution :
·         Les constitutions normales : elles ont pour but la justice, c’est-à-dire pour Aristote, l’intérêt commun ;
·         Les constitutions déviantes : elles ne servent que l’intérêt personnel des gouvernants.
Ces deux critères permettent de dresser le tableau suivant.

Un
Plusieurs
Multitude
Bon gouvernement
Monarchie
Aristocratie
République
Mauvais gouvernement
Tyrannie
Oligarchie
Démocratie

Si l’on détaille le tableau, on constate que pour Aristote, peu importe le nombre des gouvernés, le seul critère qui compte pour définir le bon gouvernement, c’est lorsque les gouvernants agissent dans l’intérêt commun :

·         Dans une monarchie, le gouvernement d’un roi est un bon gouvernement s’il gouverne pour le bien commun des gouvernés. Si ce roi recherche son seul profit personnel, alors son régime devient une tyrannie ;
·         L’aristocratie est à entendre en son sens étymologique de “gouvernement des meilleurs”, des mieux dotés par la nature. Elle dévie en oligarchie lorsque ces meilleurs, peu nombreux, détournent le pouvoir pour le seul profit de leur groupe ;
·         Quant à la république, elle consiste dans le gouvernement du grand nombre pour l’intérêt commun. Si ce grand nombre se sert du gouvernement contre les minorités, alors elle devient un mauvais gouvernement.

   IV.            La séparation des pouvoirs
Élaborée par Locke (1632-1704) et Montesquieu (1689-1755), la théorie de la séparation des pouvoirs vise à séparer les différentes fonctions de l’État, afin de limiter l’arbitraire et d’empêcher les abus liés à l’exercice de missions souveraines. Si cette théorie est souvent invoquée dans les régimes démocratiques, elle a été plus ou moins rigoureusement mise en pratique.
1° La théorie classique
La théorie classique de la séparation des pouvoirs distingue trois fonctions principales au sein des différents régimes politiques :
– la fonction d’édiction des règles générales constitue la fonction législative ;
– la fonction d’exécution de ces règles relève de la fonction exécutive ;
– la fonction de règlement des litiges constitue la fonction juridictionnelle.
Partant du constat que, dans le régime de la monarchie absolue, ces trois fonctions sont le plus souvent confondues et détenues par une seule et même personne, la théorie de séparation des pouvoirs plaide pour que chacune d’entre elles soit exercée par des organes distincts, indépendants les uns des autres, tant par leur mode de désignation que par leur fonctionnement. Chacun de ces organes devient ainsi l’un des trois pouvoirs : le pouvoir législatif est exercé par des assemblées représentatives, le pouvoir exécutif est détenu par le chef de l’État et les membres du Gouvernement, le pouvoir judiciaire, enfin, revient aux juridictions.
L’objectif assigné par Montesquieu à cette théorie est d’aboutir à l’équilibre des différents pouvoirs : "Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir."
2° De la séparation stricte à la collaboration des pouvoirs
Toutefois, cette théorie n’a pas toujours été strictement mise en œuvre par les différents régimes démocratiques. En effet, une séparation trop stricte des pouvoirs peut aboutir à la paralysie des institutions. Aussi de nombreux régimes préfèrent-ils le principe de la collaboration des différents pouvoirs à celui de leur stricte séparation : la distinction entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire demeure, mais ces pouvoirs disposent de moyens d’action les uns à l’égard des autres. La faculté pour le chef de l’État de dissoudre l’une des chambres composant le Parlement, la possibilité pour le pouvoir législatif de renverser le Gouvernement, la soumission des magistrats du parquet à l’autorité hiérarchique du Gouvernement en sont autant d’exemples.












Chapitre 3 : Les interactions politiques
        I.            La politisation, la mobilisation et les élections :
La politisation :
La politisation est le processus de socialisation par lequel un individu ou une association est amené à s'intéresser à la politique et à développer des réflexions et des pratiques qui en relèvent. Par extension, la politisation d'un groupe ou d'une société est le mouvement sociohistorique par lequel les questions politiques les pénètrent ainsi que le quotidien de leurs membres. Pour Daniel Gaxie, reprenant Weber, la politisation est « l'attention accordée au fonctionnement de l’espace des prises de position politique ». La politisation peut se baser sur une compétence objective, c'est-à-dire les ressources qu'un individu a effectivement en matière de politique, ainsi que son attention au jeu politique (connaître des noms de ministres, des programmes politiques en cours, etc.) ; mais aussi sur une compétence subjective, c'est-à-dire sa perception de la politique, et de sa légitimité politique, qui l'incitera ou non à participer à la vie politique. C'est ainsi que Daniel Gaxie parle de "cens caché", pour évoquer ceux dont les compétences subjectives concernant la politique incitent à s'autocensurer lors des sollicitations électorales.
Pour Jacques Lagroye, la politisation est « la prise de conscience chez des acteurs étrangers aux jeux ordinaires de l’espace politique de ce qu’ils appellent la dimension ou la portée politique de leurs activités ». Ainsi, on peut élargir très largement la définition classique de la politisation (c'est-à-dire l'attention au jeu politique) à d’autres dimensions qui, chez les citoyens ordinaires, constituent des façons d’agir, d’intervenir ou encore de protester dans des débats politiques. Cette définition n’est pas qu’extérieure : elle intègre la perception par les agents de ce qui est politique
La mobilisation :
La mobilisation est l'acte d'assembler les citoyens, les partis politiques et les organisations de la société civile afin de préparer une action politique ou publique commune généralement en réponse à une crise ou à un problème public.
Les élections :
L'élection est la désignation, par le vote d'électeurs, de représentants (une personne, un groupe, un parti politique ou une option) destinés à les représenter ou occuper une fonction en leur nom.
La population concernée transfère par le vote de sa majorité à des représentants ou mandants choisis, la légitimité requise pour exercer le pouvoir attribué (fonction censée être par ailleurs définie et orientée par le biais d'un programme politique).

      II.            La démocratie directe, participative et représentative :
La démocratie représentative :
La démocratie représentative, appelée aussi démocratie délégative, est l’une des formes de démocratie dans laquelle les citoyens expriment leur volonté par l’intermédiaire de représentants élus à qui ils délèguent leurs pouvoirs. Ces élus, qui représentent la volonté générale, votent la loi et contrôlent éventuellement le gouvernement. C’est la forme contemporaine de démocratie la plus répandue.
La démocratie directe :
La démocratie représentative s’oppose à la démocratie directe, dans laquelle c’est le peuple qui prend lui-même les décisions. Exemples d’institutions ou de mécanismes qui relèvent de la démocratie directe : référendum, initiatives populaires, pétitions…
La démocratie directe est donc un régime politique dans lequel les citoyens exercent ainsi directement le pouvoir, sans l’intermédiaire de représentants. Initialement équivalente au concept de démocratie depuis l’antiquité grecque, la qualification progressive des régimes représentatifs comme démocraties a conduit parfois à l’usage du qualificatif « direct » pour distinguer techniquement les pratiques qui se rapprochent de l’expérience du siècle de Périclès. Appliquée au seul secteur économique, la démocratie directe est souvent appelée autogestion.
La démocratie participative :
La démocratie participative désigne l’ensemble des dispositifs et des procédures qui permettent d’augmenter l’implication des citoyens dans la vie politique et d’accroître leur rôle dans les prises de décision. Elle trouve son fondement dans les lacunes que certains attribuent à la démocratie représentative (entre autres Parlement non représentatif de la diversité de la société, éloignement des élus du terrain et de la réalité quotidienne, sentiment pour les citoyens de ne pas être compris des politiciens, méfiance envers la personne politique, faiblesse des contre-pouvoirs, augmentation de l’abstention…).
La démocratie participative invite à s’interroger sur la représentativité des citoyens participant aux débats et témoigne de la nécessité de réfléchir sur l’avenir de la démocratie. Cependant, attention au populisme ! Pour le philosophe Yves Charles Zarka, « le populisme, dans sa forme actuelle, n’est rien d’autre que cette politique qui compense la technicisation biaisée du pouvoir par une prise sur les humeurs du peuple ».

    III.            Les acteurs politiques
L’Etat :
L’Etat est l’acteur politique principal, il élabore les politiques publiques et il est au centre des interactions politiques.
Les partis politiques :
Un parti politique est une organisation politique qui cherche à influencer une politique gouvernementale, en nommant ses propres candidats et en tentant d'obtenir des mandats politiques.
Plus généralement, la notion de parti politique possède deux définitions. La première, d'ordre idéologique, est presque synonyme de faction : il s'agit, pour reprendre les termes de Benjamin Constant, d'une « réunion d'hommes qui professent la même doctrine politique ». La seconde, d'ordre institutionnel, le tient pour un élément essentiel du jeu démocratique : « elle consiste à saisir le parti politique en tant que forme politique, structure d'organisation de la démocratie ».
La société civile :
La société civile désigne le large éventail d'organisations non gouvernementales et à but non lucratif qui animent la vie publique, et défendent les intérêts et les valeurs de leurs membres ou autres, basés sur les considérations d'ordre éthique, culturel, politique, scientifique, religieux ou philanthropique : groupements communautaires, organisations non gouvernementales (ONG), syndicats, organisations de populations autochtones, organisations caritatives, groupements d'obédience religieuse, associations professionnelles et fondations privées.
L’opinion publique :
L’opinion publique est l'ensemble des convictions et des valeurs plus ou moins partagées, des jugements, des préjugés et des croyances de la population d'une société donnée. On évoque l'« opinion publique » en général au niveau d'un pays, mais on parle aussi d'« opinion publique locale » pour désigner des sensibilités identifiables au niveau régional, et d'« opinion publique internationale » à la faveur des prises de position simultanées d'acteurs internationaux (ONG, organismes de régulation inter-étatiques, leaders d'opinion...).
Les médias :
Les médias sont souvent qualifiés de quatrième pouvoir, par allusion aux trois pouvoirs constitutionnels, dans le processus de la formation de l'opinion publique et dans l'influence que la révélation de ces faits peut avoir dans les prises de position des citoyens. Les faits, analyses ou commentaires qu'ils rapportent sont porteurs de sens, par exemple dans le domaine de la politique.
Les groupes d’intérêts ou Lobby :
Un groupe d'intérêt (également groupe d'intérêt particulier) est un groupe de personnes ou une organisation qui cherche à influencer les décisions des autorités de manière à défendre collectivement un intérêt spécifique (à l'inverse des partis politiques qui ont pour but la conquête du pouvoir).

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