INTRODUCTION
La mise en
place par le législateur d’un commissariat aux comptes obligatoire repose sur l’idée
de confier à des professionnels indépendants une mission générale et permanente
de vérification des comptes et de contrôle du fonctionnement de certaines
personnes morales, en particulier les sociétés commerciales faisant appel
public à l’épargne. Le commissaire aux comptes est dans une situation
particulière vis-à-vis de la société puisqu’il est à la fois désigné et rémunéré
par elle, alors même qu’il est chargé d’une mission de contrôle légal et de
pouvoirs d’investigation très étendus.
Le commissaire aux
comptes est un professionnel investi d’une mission générale et permanente de
contrôle, de vérification comptable et de contrôle du fonctionnement régulier
des personnes morales de droit public ou privé. C’est une profession libérale
soumise cependant à une réglementation très stricte. Pour dire autrement, sa
mission tourne autour de deux volets :
D’abord, la
mission du commissaire aux comptes présente un caractère permanent, il doit
chaque année se prononcer sur la sincérité et la régularité des comptes et
présenter un rapport à l'assemblée des actionnaires;
Ensuite, le
commissaire aux comptes intervient essentiellement pour garantir la qualité de
l'information comptable et financière et engage à ce titre sa responsabilité.
Il ne lui appartient pas de porter un jugement sur les choix stratégiques des
dirigeants et il ne doit pas s'immiscer dans leur gestion. La meilleure
façon d'appréhender concrètement le travail du commissaire aux comptes paraît
être de suivre le déroulement de sa mission.
Au début, En
Europe, le contrôle effectué par les commissaires aux comptes était limité aux
seules sociétés anonymes. Il était destiné à protéger les actionnaires, mais
est demeuré illusoire en l’absence de garantie d’indépendance et de compétence
des commissaires. Ils disposaient de très peu de pouvoirs et se trouvait sous
la coupe des conseils d’administration. C’est par une loi du 24 juillet 1996
que le contrôle des sociétés en France a été modernisé. Elle porte sur les
points essentiels de la pratique du commissaire aux comptes et les
incompatibilités liées au métier.
Il faut
attendre le début des années 80 pour voir les nouveaux textes relatifs au
commissariat aux comptes, modifiant plus ou moins profondément la loi du 24
juillet 1996 afin de parvenir à une unité de la mission de vérification des
comptes et de faire du commissaire aux comptes une institution dont le rôle va
bien au-delà de la protection des associés ; l’indépendance des
commissaires est renforcé, en même qu’est souligné l’intérêt général de leur
mission.
Cette évolution
montre que le commissariat aux comptes constitue une pièce maitresse, indispensable
au bon fonctionnement de l’entreprise.
Conscient de
l’opportunité de cette pratique pour le développement des entreprises, elle a
été insaturée au Maroc. C’est ainsi que
la loi 15-89 promulguée par le Dahir n°1-92-139 du 8 janvier 1993 réglementant
la profession d'expert-comptable, stipule dans son article premier que seul
l'expert-comptable inscrit à l'Ordre national des experts-comptables est
habilité à:
-
attester
de la régularité et de la sincérité des bilans, des comptes de résultats et des
états comptables et financiers;
-
délivrer
toute autre attestation donnant une opinion sur un ou plusieurs comptes des
entreprises ou des organismes;
-
exercer
la mission de commissariat aux comptes.
Cela dit,
l’audit étant l’examen d’information par une tierce personne autre que celles
qui les utilisent avec l’intention d’établir leur véracité par référence à un
critère de qualité et faire un rapport sur les résultats de cet examen avec le désir
d’augmenter l’unité d’information.
Dans les
entreprises ou des organismes, les responsables ont un droit d’information un
droit de communication, un droit de poser des questions écrites, etc. En d’autres
termes, ils ont un droit de regard sur la gestion de leur structure. Les
examens de comptabilités et d’organisation interne sont confiés au personnel
interne (auditeurs internes) ou à des professionnels à l’extérieur. Celui-ci se
trouve alors dans la position de juge et partie. Par contre, lorsque ces
missions sont effectuées par des commissaires aux comptes, leurs observations
et opinions revêtent une base légale.
A ce stade, la
question substantielle à la quelle il faudrait répondre est la suivante :
Quelles sont les contours de cette mission ? Ou encore quels sont les mécanismes
et les techniques usités par les commissaires aux comptes en vue d’assurer une
meilleure exécution de leurs missions ?
Dans le souci
de développer cette problématique, nous allons adopter le plan ci-joint.
I.
L'orientation
et la planification de la mission
A.
La prise de
connaissance de l'entreprise
B.
L'identification
des risques
C.
L'établissement
du plan de mission
II.
L'appréciation
du contrôle interne
A.
Etude des
procédures
B.
Phase des tests
et sondages
C.
Evaluation
définitive
I.
L'orientation et la planification de la mission
La tâche du
commissaire aux comptes ne consiste pas à précéder à un contrôle exhaustif des
écritures comptables de l'entreprise, ce qui serait à l'évidence une mission
matériellement impossible. Il ne peut pas non plus utiliser un programme de
contrôle standard et banalisé quelles que soient la taille et la nature de la
société. Pour parvenir à se forger une opinion raisonnable sur les comptes, il
va être amené à mettre au point un programme de travail tenant compte de
l'importance des services, de leur degré d'organisation, de la qualité des
procédures et d'une série de paramètres économiques et financiers lui permettant
d'orienter ses contrôles de façon à obtenir le maximum d'efficacité dans les
délais prescrits.
On peut dire
que la planification de la mission constitue la "clé de voûte" de la
démarche d'audit du commissaire aux comptes. La prise de connaissance générale
de l'entreprise sera complétée par une identification des risques qui permettra
d'aboutir au plan de mission.
A.
La prise de connaissance de l'entreprise
La prise de
connaissance générale de l'entreprise ne doit pas être négligée dans la
démarche du commissaire aux comptes, car c'est elle qui permet d'orienter les
travaux plus efficacement et mieux apprécier les zones de risques. Il
appartient au commissaire, en fonction de la nature de l'activité, de
sélectionner les informations lui permettant d'avoir une vue aussi précise que
possible du fonctionnement de la société.
Il travaillera
en lien étroit et permanent avec le dirigeant et ses conseils, dont son
expert-comptable, situé plus en amont du processus de production d’informations
comptables et financières.
B.
L'identification des risques
L'approche par
les risques est une notion fondamentale de la méthodologie de l'audit. Dans
l'impossibilité de contrôler toutes les opérations, le commissaire aux comptes
s'efforce d'identifier les domaines présentant les risques les plus importants
afin de déterminer la nature et l'étendue de ses contrôles.
Par ailleurs, le
commissaire aux comptes envisage sa mission dans une perspective de long terme,
il contribue à la prévention des difficultés des entreprises. S’il ne peut
conseiller un dirigeant, il se doit de dialoguer avec lui sur la nature des
décisions prises qui peuvent avoir une incidence sur la continuité d’exploitation.
Dès lors qu’il perçoit des incertitudes ou des difficultés économiques, il fait
preuve d’une vigilance accrue et demande, si besoin, des informations
complémentaires à l’expert-comptable ou au dirigeant. Il éclaire les dirigeants
sur les moyens de prévention. Ce dialogue a également un rôle pédagogique : il
permet au dirigeant de prendre conscience de ses responsabilités financière,
juridique, sociale et environnementale.
Par contre, il
ne peut cependant s’immiscer dans la gestion de l’entreprise. À ce titre, il a
un devoir d’alerte auprès des dirigeants des entités contrôlées.
C.
L'établissement du plan de mission
La prise de
connaissance de l'entreprise et l'évaluation des risques permettent au
commissaire aux comptes d'identifier les domaines nécessitant une attention
particulière. Ceux-ci sont en général fonction de l'activité exercée par la société.
L'objectif du programme général de travail est de synthétiser les informations obtenues au cours de la prise de connaissance et les décisions prises sur l'orientation de la mission. Ce plan de mission indiquant la nature et l'étendue des contrôles à effectuer aura aussi le mérite de permettre au commissaire aux comptes de déléguer un certain nombre de tâches à ses collaborateurs qui lui rendront compte du résultat de leurs investigations. Il comporte entre autres :
L'objectif du programme général de travail est de synthétiser les informations obtenues au cours de la prise de connaissance et les décisions prises sur l'orientation de la mission. Ce plan de mission indiquant la nature et l'étendue des contrôles à effectuer aura aussi le mérite de permettre au commissaire aux comptes de déléguer un certain nombre de tâches à ses collaborateurs qui lui rendront compte du résultat de leurs investigations. Il comporte entre autres :
Ø Un programme de travail, qui consiste à :
-
Fixer
les contenus des interventions ;
-
Négocier
les taches entre les collaborateurs et fixé le temps pour chacun ;
-
Coordonner
le planning de la mission et le plan de charge du cabinet ;
-
Repartir
l’intervention dans le temps de manière à respecter les délais.
Ø Les dossiers de travails, qui peuvent contenir :
-
Le
dossier permanent qui est un ensemble de documents contenant des informations
d’intérêt durable et susceptible d’avoir une incidence sur les audits
successifs. Il doit être tenu à jour. Il
contient tous les documents de présentations générale de l’entreprise, de son
activité, son organisation etc. ; la documentation sur le contrôle
interne ; les comptes annuels des trois dernières exercices ; les
analyses permanentes ; le dossier fiscal et juridique ; etc.
-
le
dossier de l’exercice comprend les documents sur la planification de la
mission ; la supervision des travaux ; l’appréciation du contrôle
interne ; la collecte des éléments probants (contrôle des comptes)
Ø Délégation et supervision de la
mission, l’audit étant un travail
d’équipe, par conséquent, le commissaire
aux comptes peut se faire assister ou représenter par ses collaborateurs Il ne
peut cependant déléguer tous ses travaux et doit exercer un contrôle a priori
des travaux qu’il a délégués.
II.
L'appréciation du contrôle interne
Outre son rôle
en matière de gestion, le contrôle de gestion permet d'assurer la sincérité et
la fiabilité des informations enregistrées dans les comptes et donc la qualité
des comptes. Alors qu'une pièce justificative apporte la preuve directe de la
réalité d'une opération, le contrôle interne apporte une preuve indirecte de
l'enregistrement correct de toutes les opérations.
A.
Etude des procédures
Si la direction
a mis en place des procédures de travail codifiées et des contrôles internes
permettant de déceler et corriger les erreurs et anomalies susceptibles de se
produire, le contrôle analytique des comptes sera alors simplifié lors des
premières années d'intervention, le commissaire aux comptes consacrera une
partie de son temps à examiner l'organisation des services et le contrôle interne
mis en place.
Par ailleurs, il
ouvre de ce fait un dossier permanent ou il classe tous les documents et
informations à caractère permanant collecté dans l’entreprise. Il cherche à
collecter in maximum d’informations utiles dans un minimum de temps. Il lui
faut comprendre l’entité et ses particularités, identifier les transactions
significatives ainsi que les zones à risque. Ensuite il prévoit enfin son plan
de mission. Pour comprendre l’entité et ses particularités, le commissaire aux
comptes dispose de divers moyens :
-
un
examen analytique des comptes de l’entreprise ;
-
un
questionnaire adressé au personnel de l’entreprise ;
-
un
entretien avec les dirigeants, les cadres, responsables de l’entreprise ;
un
recueil de document de l’entreprise tels que les rapports des commissaires aux
comptes et d’audit, les budgets, les plans de développement etc. ;
-
une
visite des lieux.
B.
Phase des tests et sondages
Après avoir
pris connaissance des procédures en place, et afin de s'assurer de la
compréhension et de la réalité du système, deux types de tests sont appliqués,
à savoir:
- tests de conformité ayant pour objet de confirmer que la description des procédures a été correctement appréhendée et correspond bien aux procédures appliquées dans l'entreprise;
- tests de permanence ayant pour objet de vérifier que les procédures constituant des points forts du système comptable font l'objet d'une application effective et constante.
Donc à ce
stade, le commissaire aux comptes réalise ses contrôles en fonction de son
évaluation des systèmes comptables et de contrôle interne de l’entreprise. Le
commissaire aux comptes a une obligation de moyens, non de résultat. Il n’a
donc pas à vérifier toutes les opérations, ni à rechercher systématiquement
toutes les erreurs et irrégularités que les comptes pourraient contenir. Son
objectif est d’obtenir l’assurance raisonnable qu’aucune anomalie significative
ne figure dans les comptes.
En certifiant
les comptes des entreprises, le commissaire aux comptes contribue à entretenir
la confiance dans le système économique et favorise la croissance.
C. Evaluation
définitive
Cette phase de
la mission est d'autant plus utile qu'elle permettra au commissaire aux comptes
de faire des recommandations en ce qui concerne l'organisation du travail et la
qualité des procédures. Il pourra en résulter une amélioration des performances
de l'entreprise sur les plans administratif, comptable et financier. Le
commissaire aux comptes apparaîtra ainsi, non pas comme un censeur, mais bien
comme un partenaire, susceptible d'aider, par ses avis et conseils, les
dirigeants à améliorer la qualité de l'information comptable et financière de
la société. Pour cela, il procède à :
Ø Un contrôle sur les comptes
L'étude des
risques et l'examen de contrôle interne permettent d'organiser les contrôles afin qu'ils soient
aussi efficaces que possible. Le programme de vérification des comptes en
découlant va mettre en œuvre un certain nombre de techniques dans la
perspective de pouvoir émettre une opinion sur la situation patrimoniale de la
société et apprécier la régularité des comptes. Le commissaire aux comptes, au
terme de ses investigations, recensera les écarts ayant une importance
significative afin d'apprécier s'ils sont de nature à fausser l'interprétation
des documents par l'utilisateur des comptes.
L'examen d'ensemble des comptes annuels a pour objet de vérifier que le bilan, le compte de produits et charges sont:
L'examen d'ensemble des comptes annuels a pour objet de vérifier que le bilan, le compte de produits et charges sont:
- cohérents,
compte tenu de la connaissance générale de l'entreprise, de son secteur d'activité
et du contexte économique;
- concordants
avec les données de la comptabilité;
- présentés
selon les principes comptables et la réglementation en vigueur.
L’essentiel de
son travail ici consiste en l’expression d’une opinion sur la régularité, la
sincérité et l’image fidèle des comptes annuels et/ou consolidés. Dans le droit
fil de ce type d’interventions, il vérifie la sincérité et la concordance avec
les comptes annuels des informations financières fournies à l’assemblée
générale.
Ø Etablir un rapport
Le commissaire
aux comptes établit au terme de sa mission de contrôle des comptes un rapport
dans lequel il formule son opinion sur la régularité et la sincérité des
comptes arrêtés, d'où la certification, qui en d’autre termes porte sur les
compte annuels (bilan, compte de résultat, annexes). Elle est l’expression de
la conviction du ou des signataires en matière de régularité et de sincérité
des comptes et de fidélité de l’image fidèle que cet état reflète. Elle est
exempte de toute ambiguïté. Elle peut revêtir trois formes:
- la
certification sans réserve ;
- la certification
avec réserve intervient lorsque le commissaire aux comptes n’a pu mettre en
œuvre les diligences qu’il estimait nécessaire sans que les difficultés
d’investigation qu’il a rencontré lui paraisse suffisante pour justifier un
refus de certification;
- le refus de
certifier, suppose que des vices plus graves conduisent à douter de la
sincérité des comptes et de la fidélité de l’image qu’il donne des résultats de
la situation financière et du patrimoine de l’entreprise.
Quelle que soit
la situation, il doit, entre autres, préciser clairement dans son rapport la nature
des erreurs ou des limitations qui l'ont conduit à formuler des réserves.
Bien entendu, lorsque les erreurs, anomalies ou incertitudes ont des incidences importantes sur les comptes présentés, le commissaire aux comptes exprime clairement son refus de certifier.
Bien entendu, lorsque les erreurs, anomalies ou incertitudes ont des incidences importantes sur les comptes présentés, le commissaire aux comptes exprime clairement son refus de certifier.
Conclusion
Il est bon de
relever que le commissaire aux comptes, malgré toutes les investigations qu'il
est amené à effectuer dans le cadre de ses diligences, ne doit en aucune
manière s'immiscer dans la gestion de la société contrôlée, ni même substituer
son jugement à celui des actionnaires qui restent seuls maîtres de leur
appréciation. Mais il arrive très souvent que son avis soit sollicité sur les
problèmes auxquels se trouve confrontée la direction, ce qui lui permet
d'éclairer utilement les dirigeants sur les solutions les plus adéquates.
Les moyens dont il dispose ne lui permettent bien évidemment pas de tout contrôler et sa mission relève d'une obligation de moyens et non de résultat. Mais c'est néanmoins un réducteur d'incertitudes dont les diligences permettent de limiter les risques de dérapage et donnent une assurance raisonnable de la régularité et de la sincérité des comptes. C'est dire combien la tâche du commissaire aux comptes revêt-elle une importance toute particulière et exige de celui-ci un professionnalisme sans reproche.
Les moyens dont il dispose ne lui permettent bien évidemment pas de tout contrôler et sa mission relève d'une obligation de moyens et non de résultat. Mais c'est néanmoins un réducteur d'incertitudes dont les diligences permettent de limiter les risques de dérapage et donnent une assurance raisonnable de la régularité et de la sincérité des comptes. C'est dire combien la tâche du commissaire aux comptes revêt-elle une importance toute particulière et exige de celui-ci un professionnalisme sans reproche.
Les
références :
-« La
mission des commissaires aux comptes dans les partis et groupements politiques
entrant dans le champ d’application de la loi n° 88-227 du 11 mars 1988 modifiée
» ;
-Expert-comptable
et commissaire aux comptes : quelles différences ? ;
-Commissaires
aux comptes et surveillance prudentielle des établissements du secteur bancaire
et financier ;
-Mémoire
de fin de formation en maitrise, Principe objectifs et pratique du commissariat
aux comptes ;
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